Caen | Un ancien gendarme condamné à 2 ans de sursis pour consommation de pédopornographie

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Une note Tracfin à l’origine de l’enquête
Lors de son jugement, l’ancien gendarme de la Manche a décrit une consommation de pornographie devenue quotidienne avant de dériver vers des contenus pédopornographiques.

Lors de son jugement, l'(désormais) ancien gendarme de la Manche, et père de trois enfants, a décrit une consommation de pornographie devenue quotidienne avant de dériver vers des contenus pédocriminels et zoophiles.

Les révélations, par la cellule d’investigation de Radio France, avaient profondément choqué le village de Saint-Vaast-la-Hougue (Manche) en avril 2026.

L’affaire du gendarme de 38 ans, poursuivi pour détention de près de 6 500 images pédocriminelles, était jugée ce jeudi 4 juin 2026 au tribunal correctionnel de Caen (Calvados).

Une note Tracfin à l’origine de l’enquête

C’est par une note du service de renseignement financier Tracfin, en août 2025, que les soupçons ont commencé à peser sur ce père de trois enfants.

Des achats en cryptomonnaies de photos et de vidéos pédocriminelles ont mis les enquêteurs sur sa piste.

L’enquête, confiée à la Section de recherches de Caen, va permettre l’interpellation le 10 décembre 2025 de ce gendarme de Saint-Vaast-la-Hougue, ainsi que la saisie de son téléphone et de son matériel informatique.

Face aux enquêteurs, il nie toute consultation d’images pédocriminelles et affirme ne consommer que des contenus pornographiques impliquant des adultes.

L’exploitation de son téléphone va révéler une autre réalité, sur une période allant du 1er janvier 2020 au 9 décembre 2025.

Des milliers de recherches explicites

Dans l’historique de ses recherches ainsi que sur la carte mémoire, les enquêteurs vont retrouver 7 634 images, 6 469 sans les doublons dont 1 930 images déjà connues des services de lutte contre la pornographie des enfants.

Ils mettront également la main sur 1 124 images à caractère pédocriminel supprimées, ainsi que des fichiers vidéo effacés.

L’homme utilisait quotidiennement le dark web, via le réseau Tor, pour rechercher des termes explicites, fréquemment utilisés par les réseaux pédocriminels : « Alice in the wonderland », « Teen chat », ou encore « Pre teen hardcore ».

Les investigations révèlent qu’il classait les fichiers dans deux catégories « Nude » et « PPP » pour « pornographie prépubère ».

Une consommation quotidienne

Placé en garde à vue le 6 janvier 2026, il reconnaît finalement avoir regardé ces images.

Il explique avoir découvert le dark web et la pornographie à l’adolescence, puis avoir fait une « pause » lorsqu’il rencontre son épouse actuelle, en 2008, avant de reprendre sa consommation à partir des années 2020 jusqu’à en devenir addict.

Du porno pour adultes légal, il dérive vers des images pédocriminelles.

Il est attiré par celles montrant des jeunes filles prépubères, âgées de 9 à 12 ans, parfois moins.

L’homme ira jusqu’à consommer des images zoophiles.

Des images qu’il consulte quotidiennement, à son domicile, dans la salle de bains, à l’abri des regards de ses enfants aujourd’hui âgés de 11 et 14 ans, et de sa femme.

Cette ancienne assistante maternelle à domicile dit « tomber des nues » lorsqu’elle est entendue par les enquêteurs.

Elle confie avoir des relations sexuelles normales avec lui. Et fait savoir qu’il avait traversé un épisode de dépression en 2025 et qu’il souhaitait changer de travail à cause d’un « ras-le-bol ».

« Cette addiction, je ne peux pas encore l’expliquer »

À la barre, l’ancien gendarme, brun aux cheveux courts, est calme. Il écoute le déroulement des faits et répond timidement quand il est interrogé.

Il déclare :

J’ai conscience d’avoir un problème. Cette addiction, je ne peux pas encore l’expliquer. J’ai commencé un suivi psychologique qui ne fait que débuter.

Il nie toute attirance envers les enfants (ndlr : il “dénie”plutôt….) :

« Je reconnais la consommation quotidienne de porno qui a dévié vers la pédopornographie. »

À la question :

Pourquoi ne pas avoir consulté de psychologue avant ?

Il répond :

« Il faut accepter de se dire qu’on a un problème et ce n’est pas la partie la plus simple. »

Des attirances « paraphiliques »

L’expert psychiatre, mandaté dans ce dossier, conclut à l’absence de maladie mentale ou d’altération du discernement.

Il relève toutefois une immaturité psychologique, une addiction à la pornographie et des attirances qualifiées de paraphiliques (intérêts ou comportements sexuels persistants centrés sur des situations, objets ou personnes jugés atypiques par rapport aux pratiques sexuelles conventionnelles).

L’expertise évoque également une forme d’objectalisation de la sexualité et une vulnérabilité affective, sans retenir de dangerosité psychiatrique particulière.

Un risque de passage à l’acte

Dans ses réquisitions, la procureure a rappelé la gravité des faits.

« Monsieur n’est pas poursuivi pour des agressions sexuelles. Cela ne signifie pas que les faits sont moins graves », a-t-elle souligné.

La magistrate a insisté sur le risque de passage à l’acte et de réitération, sans oublier la violence subie par les enfants exploités sexuellement sur les images.

« Vous imaginez que ces enfants ont le même âge que les vôtres ? », a-t-elle souligné.

Les chiffres montrent que 44 % des personnes qui ont une activité en ligne de la sorte passent à l’acte, déclare la Procureure de la République

L’ancien militaire, suspendu puis démissionnaire de la gendarmerie, est désormais employé dans l’agroalimentaire.

Il suit actuellement des soins psychologiques et addictologiques. Il est soutenu par sa famille dans ses démarches de soin et a déménagé de Saint-Vaast-la-Hougue.

« Il doit porter sa croix, mais uniquement sa croix », a plaidé son avocat Me Sibout, estimant que son client avait engagé un travail thérapeutique « rassurant ».

Il décrit une addiction arrivée par étapes :

« Cela commence par de petits arrangements avec sa conscience, puis les frontières se déplacent progressivement. Monsieur ne s’est pas jeté à corps perdu dans ce gouffre. »

Le verdict

À l’issue des débats, le tribunal a condamné l’ancien gendarme à deux ans d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire de trois ans.

Durant cette période, il devra se soumettre à une injonction de soins psychologiques et addictologiques, justifier d’une activité professionnelle ou d’une formation et s’acquitter des sommes dues au Trésor public.

Le tribunal a également prononcé son inscription au Fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV), la confiscation du matériel saisi et l’interdiction pendant dix ans d’exercer toute activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs.

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