Toulouse | Une ado échappe aux griffes de son proxénète grâce à une courageuse voisine
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
non
- 17/04/2026
- 15:46
Catégories :
Mots clés :
Lola*, mineure en fugue, tient tête à celui qu’elle pensait être son petit ami.
“Tu vas faire des clients”
, lui ordonne-t-il froidement.
Elle refuse ; une bagarre éclate. De toutes ses forces, le “lover boy” lui assène un coup violent au torse. Une voisine vole alors au secours de la jeune fille.
Cette héroïne du quotidien s’appelle Mathilde, elle a 19 ans et habite au-dessus :
“Je prenais l’escalier, j’ai entendu des cris dans l’appartement, j’ai sonné, mais ça n’a pas répondu”
, témoigne-t-elle.
Dans un élan de courage et de sororité, elle entre par la porte déverrouillée, prend Lola par le bras et la met à l’abri chez elle :
“J’avais des amis à la maison, on s’est occupé d’elle et on a composé le 17. La police nous a expliqué qu’il s’agissait d’une affaire de prostitution et non seulement de violences.”
Profitant de la confusion, l’apprenti proxénète a pris la fuite avant l’arrivée des forces de l’ordre.
De la drogue au proxénétisme : la stratégie des “lover boys”
Le cas de Lola, mineure placée par l’Aide sociale à l’enfance, n’est pas isolé.
Le Dr Aziz Essadek, maître de conférences à l’université de Lorraine, estimait en 2022 à 15 000 le nombre de mineurs victimes de prostitution au sein de l’ASE (NDWP: il y en aurait 20 000 à l’heure actuelle).
Un véritable fléau social. Tels des prédateurs, les proxénètes rôdent depuis longtemps autour des foyers d’accueil pour envoyer au “tapin” ces adolescentes en perte de repères.
Le processus est rodé : séduction, promesse d’une vie luxueuse, puis basculement sous emprise via la consommation de stupéfiants.
“Ce ne sont pas toujours des réseaux structurés type Europe de l’Est ou Amérique du Sud”
, explique un enquêteur, fin connaisseur de ces dossiers.
“Il s’agit souvent de petits proxénètes des cités, des ‘loosers’ du trafic de stups qui se diversifient. Tenir une jeune fille de 14 ou 15 ans dans une location est plus simple et moins risqué que de gérer un point de deal.”
Ces petits gangs calquent toutefois l’organisation du trafic de stupéfiants :
“l’un surveille, un autre compte le pognon, un autre s’occupe de l’intendance : ramener à manger et de quoi fumer”.
“C’est terrible à dire, mais s’ils ne sont pas violents et que les filles perçoivent un peu d’argent, les proxénètes rencontrent peu de résistance”, confie le policier spécialisé.
Le revenu moyen d’une prostituée de rue peut atteindre jusqu’à 4 000 euros mensuels. Dans ces conditions, l’appât du gain achève de piéger les mineures de l’ASE, qui se préfèrent hypersexualisées sur des sites de charme, que promises à des emplois précaires.
À Toulouse, ce fléau a atteint un niveau paroxystique. En novembre dernier, le veilleur de nuit du CDEF, un foyer pour mineurs, a été attaqué à la machette en tentant de protéger deux jeunes femmes ; les agresseurs lui ont sectionné les doigts.
“Ce phénomène est parfaitement identifié et observé”
, explique Sébastien Vincini, le président du département et chef de file de la protection de l’enfance.
Il a fait adopter au début du mois un plan départemental de lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs.
“Je ne serai pas un président qui ferme les yeux sur un tel problème. Ce plan vise à mieux prévenir, mieux identifier, mieux accompagner et, finalement, mieux lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs.”
* Le prénom a été modifié
Source(s):



