Nanteuil-lès-Meaux | Il prostitue une mineure et s’en sort avec sept ans de prison
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 15/05/2026
- 11:31
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« C’était une petite fille adorable. Elle était dans les premières de sa classe. Elle jouait du piano, elle aimait le dessin. Aujourd’hui, elle reste enfermée dans sa chambre. Elle est déscolarisée et n’a plus aucune vie sociale. Elle fait des cauchemars. C’est très dur pour elle. »
Il a fallu beaucoup de courage à la maman de Charline (tous les prénoms ont été changés) pour s’exprimer devant la cour criminelle départementale de Seine-et-Marne. Ses mots, prononcés d’une voix faible, ont donné vie à Charline, tombée à l’âge de 14 ans dans les filets d’un proxénète.
L’adolescente n’assistait pas à l’audience. Trop détruite pour témoigner de ces trois jours passés dans une chambre de l’hôtel Kyriad, à Nanteuil-lès-Meaux, en décembre 2023.
À l’époque, la collégienne était placée dans un foyer de l’enfance. C’est qu’à la suite du décès de son père, elle avait commencé à désobéir et à sécher les cours, multipliant les fugues. « J’ai mal pour ma fille, j’ai peur pour son avenir, j’ai des visions horribles de ce qui a pu lui arriver. »
Les propos lunaires de l’accusé
Dans le box : David, jugé pour proxénétisme aggravé. Si cet habitant de Meaux de 22 ans, surnommé « Choco », a reconnu avoir « réservé la chambre » et « assuré un semblant de sécurité sur le parking », il a contesté avoir contraint Charline à se livrer à la prostitution.
Ce mercredi, les cinq juges l’ont condamné à sept ans d’emprisonnement.
C’est peu de dire que l’accusé s’est emmêlé dans ses explications. Comment Charline et Célia, une jeune fille alors âgée de 18 ans, se sont-elles retrouvées dans cet hôtel ? Qui mettait la pression sur les victimes ? Où est passé l’argent des passes ? Chaque réponse de David rendait les débats de plus en plus obscurs.
Jusqu’à ce moment lunaire, où il a soudain raconté « avoir eu les yeux bandés et avoir été menotté pendant dix minutes » dans la chambre. Par on ne sait qui… parce qu’il voulait dénoncer les faits de prostitution… sous les yeux des filles… qui n’en ont jamais parlé. David a fini par lâcher que Célia mentait, tout simplement, qu’elle « gérait la petite » et que les jeunes filles étaient « libres de partir ».
Me Emmanuel Giordana portait la voix de Célia, qu’il a assistée en garde à vue en décembre 2023, au commissariat de Meaux : elle avait été, dans un premier temps, soupçonnée d’avoir forcé Charline à se prostituer :
« Elle n’était coupable et complice de rien. Elle était en fait la première victime. »
Et l’avocat de citer les propos tenus par sa cliente en audition, à propos de Charline :
« J’ai vu qu’elle était mineure à 10 km. On pleurait mais on savait que cela ne servait à rien. »
Quand la petite souffrait trop, Célia effectuait les passes à sa place. Me Giordana a tenu à rappeler le décor, à savoir une « chambre minable, dans une zone industrielle absolument déprimante ».
Pas question pour Me Giordana de dédouaner ces clients, qui ont imposé une fellation « à une enfant de 14 ans » en échange de 50 euros. Avant peut-être de retrouver leur compagne ou de récupérer leur fille à la sortie du collège. L’un d’eux, revenu après une première prestation sexuelle, avait fait demi-tour « car elles avaient eu le culot d’augmenter leur tarif ».
Bien qu’elle soit son avocate, Me Estelle Margerie n’a pas été en mesure de rencontrer Charline, qui refusait tout contact. Elle ne lui a même jamais parlé au téléphone.
« Il est regrettable que le client auditionné par la police n’ait pas été poursuivi par la justice et que les autres n’aient pas été entendus. Ces jeunes filles n’ont pas seulement été prostituées, elles ont été violées ! »
Des zones d’ombre, selon la défense
La maman de Charline était défendue par Me Kenza Aggar, qui représentait également l’association EACP (Équipes d’action contre le proxénétisme). Elle a insisté sur le caractère lucratif de cette activité criminelle, soulignant que les victimes n’étaient jamais perçues comme des personnes.
À l’issue de l’instruction, le parquet de Meaux avait requis le renvoi de cette affaire devant un tribunal correctionnel, l’accusé prétendant ignorer que Charline avait 14 ans. Une justification rejetée à l’audience par l’avocate générale, Louise Sahali, l’âge réel de la victime engendrant de fait un renvoi devant une juridiction criminelle.
Tout en reconnaissant que les procureurs « correctionnalisaient » certaines affaires, en raison du flux de dossiers. La magistrate a requis douze ans de réclusion criminelle.
« La justice, ce n’est pas combler les vides d’un dossier. Il reste des zones d’ombre, la vidéosurveillance n’a pas été exploitée entièrement », a plaidé Me Kamran Ansar, l’avocat de la défense.
Allusion aux personnes jamais identifiées par la police, qui surveillaient la chambre d’hôtel.
Allusion aussi à l’agression dont son client a été victime en décembre dernier, au sein de la prison de Meaux-Chauconin. Me Ansar a enjoint la cour à ne pas céder à « la tentation de punir » l’accusé « pour tous les autres ». Et de marteler que David, qui a admis sa participation, ignorait l’âge précis de Charline :
« On ne condamne pas quelqu’un sur ce qu’il pouvait deviner. »
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