Ariège | Un chef d’entreprise a été reconnu coupable d’attouchements.

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J’avais du mal à croire mon fils au début… J’ai honte
Un chef d’entreprise de Mirepoix âgé de 51 ans, a été reconnu coupable d’attouchements sur deux de ses stagiaires, mineurs au moment des faits. Il est condamné à trois ans de prison ferme.

Lucas* allait simplement à son stage dans le cadre de sa seconde pro en 2023. Une expérience anodine, qui aurait pu rester comme ça. Pourtant, Pierre*, 51 ans, en a décidé autrement. Pendant des mois, le jeune garçon subit des attouchements, jusqu’à son départ début 2024.

Grâce à son dépôt de plainte, l’affaire révélera d’autres victimes du chef d’entreprise, dont Milan*. Ce 9 juin, le tribunal traite alors leurs affaires, bien que seul Lucas soit présent à l’audience, entouré de toute sa famille.

Le 25 septembre 2025, le jeune homme prend son courage à deux mains. Il pousse la porte de la gendarmerie de Mirepoix et retrace ses sévices, alors âgé de 16 ans au moment des faits. Pierre est décrit comme l’homme à tout faire. Le genre de personne qui rend service. Alors qu’il répare un appareil dans la famille du garçon, il leur propose de prendre ce dernier dans son entreprise d’électricité. L’adolescent, d’abord intéressé par des études de plomberie, accepte cette expérience.

10 000 messages et 1 700 appels en trois mois 

Très vite, les gestes deviennent déplacés. Pierre lui fait des bisous dans le cou, des câlins, des massages… Une proximité qui dépasse largement la relation professionnelle. Il lui envoie des messages à toute heure :

“Je t’aime mon chéri”, “je pense à toi.”

10 000 messages et 1 700 appels en l’espace de trois mois seront évoqués à l’audience. Il lui donne aussi des cadeaux. D’abord des cartouches de cigarettes, des bouteilles d’alcool… jusqu’à une moto. Il lui dit alors de ne pas en parler à ses parents et lui propose de se changer dans son bureau, filmé par des caméras.

C’est là où est le mécanisme. Pierre connaît la famille depuis des années. Il s’est rendu indispensable. Et c’est précisément cette confiance qu’il utilise pour isoler Lucas, pour le soustraire au regard de ses proches. Quand le jeune homme ne répond pas assez vite, Pierre s’emporte. Quand Lucas évoque sa petite amie, il lui reproche de ne pas venir “boire un coup” avec lui. Lorsque le garçon commence à trouver la situation “bizarre”, Pierre le menace d’arrêter son contrat d’apprentissage.

Les faits ne s’arrêtent pas aux messages. Dans le dossier, Lucas décrit plusieurs scènes de chatouilles dans un véhicule professionnel, dont une devant un témoin. Les mains du tuteur dérivent vers ses fesses, parties intimes, avant d’être repoussées par l’adolescent. Il témoigne aussi de plusieurs scènes où Pierre le prendrait en photo.

L’enquête montrera une quarantaine de photos du derrière de Pierre, mais aussi d’autres stagiaires de l’entreprise. Les gendarmes trouvent aussi des photos prises dans des maisons de personnes, depuis l’extérieur.

Lucas finit par confronter Pierre. Celui-ci pleure, s’excuse et lui fait un bisou sur la joue. L’adolescent se confiera à ses parents ce soir-là. Entendus par les enquêteurs, le père et la mère confirment ne pas avoir été au courant des cadeaux, dont la moto. Ils avaient remarqué, en revanche, que leur fils était devenu irritable et éteint.

Personne n’a cru la première victime 

Lucas n’est pas le seul. Milan, lui, a été victime de Pierre quelques années auparavant. La différence : personne ne l’a cru. Lui décrit plusieurs scènes similaires. Des bisous, câlins, chatouilles… jusqu’à une scène. Il se trouve à genoux, en train de travailler. Pierre arrive alors derrière lui, baisse son pantalon et colle son pénis sur la joue de l’adolescent.

Traumatisé, il en parlera à sa mère, puis à son père, qui ne le croient pas. Il ira même porter plainte aux gendarmes, qui minimisent. Tous se sont laissés berner par Pierre, qui joue des services rendus et de ses amitiés. Milan finira par ne plus supporter l’ignorance : comportements violents, hospitalisation… Un syndrome de stress post-traumatique est alors diagnostiqué.

À la barre, libre, Pierre écoute le résumé des faits. Il admet à demi-mots le voyeurisme, mais nie tout caractère sexuel.

“Sur le moment je ne pensais pas à ça. Je ne pensais pas que ça allait atteindre autant Lucas et sa famille”, répétera-t-il tout le long de l’audience. Mais les propos deviennent vite confus lorsque le tribunal essaie de creuser. Pour la moto, il dit qu’elle est à son neveu. Mais entendu durant l’enquête, ce dernier affirmera ne pas être au courant du véhicule. S’il a touché les fesses de ses stagiaires, c’était “simplement pour les dépoussiérer.”

Pour les caméras dans le bureau, il dira d’abord qu’elles ne fonctionnaient pas à Lucas, mais affirmera aux enquêteurs qu’elles servaient “à attraper un voleur”.

Dans le public, ils sont nombreux à être venus soutenir Lucas, aujourd’hui âgé de 19 ans. Mais seul le père prendra la parole à la barre.

“Ça fait 25 ans que je le connais, il s’est servi de nous, lâche-t-il, la voix brisée. J’avais même du mal à croire mon fils au début… J’ai honte. Ça me fait très mal. Je veux qu’il dise qu’il était amoureux de mon fils.”

Depuis la plainte, le jeune homme est encore suivi par une psychologue. Et depuis les faits, il ferme toujours les volets de sa chambre, pour ne pas être vu de l’extérieur.

L’audience durera près de quatre heures avant que le prévenu cède sous les questions de la cour, de la substitut du procureur de la République, de l’avocat de la famille et même de la défense. Il admet d’abord des sentiments entre “amoureux et amical”, avant de céder. Toutefois, il continue de nier le caractère sexuel de son comportement. Pourtant, les recherches retrouvées sur son téléphone montrent une navigation pornographique orientée vers des contenus mettant en scène des hommes jeunes.

Interrogé sur ses intentions, il finit par admettre que ces contenus l’excitaient. “Est-ce que Lucas vous plaît ?”, l’interroge la substitut du procureur de la République. “Il ne me déplaît pas”, finit par lâcher Pierre. 

Dans sa réquisition, le parquet replace les faits dans un contexte plus large.

“En France, 5,5 millions d’enfants sont victimes de violences sexuelles.”

Des chiffres, pour elle, sous-estimés en raison du conflit de loyauté qui paralyse les victimes. Comme c’est le cas dans l’affaire. Elle requiert cinq ans de prison.

L’avocat de la partie civile, Maître Dunac, rappelle que personne ne croyait Milan à l’époque. Que Lucas a dû établir une stratégie pour être entendu. “Je ne pense pas qu’il était amoureux, je pense qu’il voulait simplement satisfaire sa sexualité.” 

L’expert psychiatre décrit un homme qui “profite des relations asymétriques, qui minimise les faits et qui a du mal à se mettre à la place de l’autre.”

La défense de Maître Parra-Bruguière plaide un homme “maladroit”, qui a du mal à assumer son homosexualité. Des mots qui font réagir quelques membres de la famille, qui sortent immédiatement de la salle. 

Pierre est finalement condamné à 3 ans de prison ferme. Il lui est interdit de se rendre à Mirepoix, d’exercer une profession en contact avec des mineurs, et une obligation de soins lui est imposée. Lucas obtient 10 000 euros au titre du préjudice moral, et ses parents 6 000 euros. À l’énoncé du verdict, la salle est silencieuse. Pierre reste les bras croisés. Lucas, lui, repart entouré de sa famille, bras dessus-dessous.

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