Moulins-Engilbert | Il y a 20 ans Mathias âgé de 4 ans était retrouvé mort et violé

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Le meurtrier de Mathias peut demander une libération conditionnelle dès cette année, en 2026
Il y a 20 ans, le corps de Mathias Duchemin était retrouvé à Moulins-Engilbert, dans la Nièvre. Violé puis enfoui dans la boue encore en vie, son bourreau Christian Beaulieu, déjà connu de la justice pour des agressions sexuelles sur mineurs, est arrêté en mai 2006.

Une histoire tristement similaire au destin tragique de Lyhanna, retrouvée morte le 4 juin 2026.

Nous sommes le samedi 6 mai 2006, à Moulins-Engilbert. Cette commune de 1 600 âmes se trouve à 15 kilomètres au sud-ouest de Château-Chinon, dans la Nièvre.

C’était un soir de fête. Un grand dîner dansant était organisé par le comité des foires et les jeunes agriculteurs pour le traditionnel banquet de printemps.

Parmi les personnes conviées se trouvaient Philippe et Bérengère Duchemin, éleveurs de bovins installés depuis 35 ans à Moulins-Engilbert.

Il est 23 heures, quand le père de famille remarque l’absence de son fils, Mathias Duchemin, âgé de 4 ans et demi.

Philippe quitte le banquet et part à sa recherche. À quelques centaines de mètres, il trouve le chapeau de Robin des bois de l’enfant.

“Jamais Mathias n’aurait continué son chemin sans le ramasser. Il l’aimait trop. J’ai compris à ce moment-là qu’il lui était arrivé un malheur.”

Nous étions en train de danser et un musicien a annoncé qu’un petit gamin s’était perdu, déclare une habitante du village

Très vite, il lance l’alerte et la soirée prend un tout autre tournant.

“Les recherches ont été organisées par les gens qui étaient présents. Chacun a essayé de retrouver le petit Mathias. Le maître chien est intervenu et l’équipe de plongeurs a commencé son travail de recherche dans la rivière”, raconte le maire de l’époque, Jacques Guillemain.

Appelés en renfort, les gendarmes découvrent les vêtements du garçon sur la berge.

Peu après sept heures du matin, le corps de Mathias Duchemin est retrouvé, entièrement dénudé, près d’une berge, sous un amas de branches et de feuilles à 500 mètres de la salle.

Les rapports légistes confieront plus tard que l’enfant a été violé puis enfoui dans la boue alors qu’il était encore vivant.

Les débuts de l’enquête

Pour les habitants de Moulins-Engilbert, c’est le choc. Une cellule d’urgence médico-psychologique est ouverte.

“Je suis très touchée parce que j’ai une petite fille de l’âge de Mathias, je le connais très bien et ses parents. On est tous bouleversés, je pense qu’on a tous eu une nuit blanche à Moulins”, confie une habitante.

Derrière, dans le noir comme ça, je pense qu’il fallait connaître. La passerelle, la rivière, le fil de fer, ce n’est pas éclairé… pour moi et mes amis, je pense que c’est quelqu’un d’ici, déclare Patricia, une habitante du village

Un dispositif est mis en place avec les forces de l’ordre présentes autour des établissements scolaires. D’après les premiers éléments, le responsable connaissait bien les lieux.

Les habitants qui ont participé à la soirée sont également entendus.

“Ça a duré 1h15”, raconte un ami proche de la famille. 

On nous a posé pas mal de questions en rapport avec la soirée. Par exemple, savoir à quel endroit nous étions placés au niveau des tables, savoir s’il y a eu des va et vient de différentes personnes…”

Des prélèvements biologiques sont également effectués par les enquêteurs sur quelques témoins de sexe masculin.

Les obsèques du jeune Mathias ont lieu le 12 mai. Fleurs sur les portes, commerces fermées, rues désertes… le village ne donne aucun signe de vie.

À l’arrivée du corbillard, des centaines de personnes sont présentes, mais le silence est total.

Quelques kilomètres plus loin, Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur, atterrit en hélicoptère à Saint-Honoré. Il rencontre les enquêteurs puis la famille de Mathias pour témoigner de son soutien.

“Je dirais à la famille que ce n’est pas le ministre qui vient les voir, c’est le père de famille. J’admire leur dignité. C’est un drame abominable”, déclare-t-il à la presse.

Depuis la découverte du corps, l’enquête a avancé. En six jours, 230 auditions ont été menées et quatre personnes ont été placées en gardes à vue.

La justice met la main sur le coupable ?

Le 13 mai, la justice tient enfin un suspect. Il s’appelle Christian Beaulieu.

“Au cours de sa garde à vue, il a reconnu l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Il a fourni le scénario détaillé de son passage à l’acte qui confirme les conclusions des enquêteurs”, énonce Christian Gongora, procureur de la République de Nevers.

L’homme aurait avoué avoir agi sur une pulsion brutale.

Il sera déféré au parquet dans la soirée, une information judiciaire sera ouverte à son encontre du chef de meurtre précédé de viol sur un mineur de moins de 15 ans.

Son ex-compagne est également arrêtée pour ne pas avoir dénoncé ce crime, dont elle reconnaît avoir eu connaissance après sa commission.

Christian Beaulieu est âgé de 56 ans au moment des faits. Il habite dans le centre de Moulins-Engilbert. Il est décrit comme un “marginal.” Sur son portail, des affiches “Fumier tueur d’enfant” ou encore “maison de l’ogre” sont collées dès le lendemain de la nouvelle.

Les habitants sont soulagés, mais encore marqués.

“Les gens étaient stressés, le climat n’était pas très sain.” ; “Tout le monde est très marqué, ça changera certainement la vie de certains.”

C’est une page qui ne se tournera jamais. Le temps fera que petit à petit la plaie cicatrisera tout doucement, déclare Jacques Guillemain,  Maire de Moulins-Engilbert.

Très vite, le profil du meurtrier présumé se précise. Christian Beaulieu a grandi à Corancy, à une vingtaine de kilomètres de Moulins-Engilbert.

“Il habitait dans une caravane juste en face de l’école, à côté de la maison de ses parents. Sa mère est décédée en 1975. Il faisait rentrer des enfants et il les attirait avec des bonbons et des choses diverses. Il se déshabillait devant eux”, raconte Martial Gouël, maire de Corancy et directeur de l’école.

L’homme a également été condamné à deux reprises pour des attentats à la pudeur, qualification juridique historique de l’agression sexuelle, sur des enfants en 1983 et en 1989.

Alain, exploitant et ancien patron de Christian Beaulieu, décrit un homme “bizarre”.

“Sur l’honnêteté, il n’y avait aucun problème. Mais il avait des petites manies à lui, il fallait le surveiller quand même. C’est un gamin qui n’a pas évolué, il savait à peine écrire.”

Au lendemain des aveux, Philippe Duchemin, le père de la victime, prend la parole devant les médias.

“On ne sait pas comment remercier la population française pour tout le soutien dans ces moments difficiles. On remercie tous les gens de Moulins, les gens qui pensent à nous. On remercie profondément la police qui a permis de faire avancer l’enquête.”

Un procès insoutenable

Il faut attendre le 3 décembre 2007 pour que le procès de Christian Beaulieu débute.

Bien des choses ont changé. Après des aveux en mai 2006, l’homme s’est rétracté et nie tout en bloc. Menottes, casques, gilet par balle… son arrivée au tribunal est spectaculaire.

Les parents sont présents et attendent le procès avec impatience.

“Je n’ai qu’une envie, c’est de l’étrangler. Il faut que la justice fasse son boulot, qu’il soit enfermé à vie, qu’il ne touche plus d’enfants”, témoigne Philippe Duchemin.

Il faut que les lois continuent d’évoluer comme elles évoluent, et qu’il y ait moins de prédateurs dans les rues, déclare Philippe Duchemin, père de Mathias Duchemin

Les deux premiers jours du procès sont consacrés à l’étude de la personnalité de l’accusé. Maltraité pendant son enfance, abandon, parents alcooliques, penchant vers la pédocriminalité et la zoophilie… les journalistes décrivent un examen insoutenable de la vie de Christian Beaulieu.

L’homme va ensuite se livrer sur sa sexualité, notamment ses premiers rapports sexuels à 14 ans, d’abord “avec des vaches, des poules et des chiens. Une fois, j’ai essayé avec une truie mais elle voulait me dévorer.”

Son ex-compagne, Marie-Jeanne Hoffmann, poursuivie pour non dénonciation de crime, est également appelée à la barre mais nie en bloc.

Mais pour les avocats des parties civiles, “sa responsabilité morale est écrasante, elle a tout fait pour essayer de dissimuler ce crime.”

Le 6 décembre 2007, Christian Beaulieu est reconnu coupable et condamné à la prison à perpétuité assorti d’une période de 30 ans.

“30 ans ton agonie, 30 ans ! Bien fait pour ta gueule bâtard, elle commence ce soir”, lui crie un membre de la famille Duchemin.

“Ça ne ramènera pas Mathias, mais on est satisfait”, confie la mère de la victime.

Moins d’un an plus tard, Christian Beaulieu décide contre toute attente de faire appel.

Le dossier n’a pas évolué depuis sa condamnation en première instance, mais l’accusé n’accepte pas sa peine.

“J’ai beaucoup hésité à assister M. Beaulieu en appel”, confie son avocat de l’époque, Thibault de Saulce Latour.

“C’est le principe de ma défense, il faut défendre malgré l’horreur de ce qu’il s’est passé.”

Après cinq jours d’audience, la peine sera finalement réduite à la cour d’appel de Bourges : Christian Beaulieu est condamné à 30 ans de réclusion criminelle.

“Au bout de deux tiers de sa peine, il pourra saisir le tribunal pour demander que la période de sûreté soit aménagée ou supprimée”, indique Gérard Loubens, alors procureur général de Bourges.

Le meurtrier du petit Mathias Duchemin peut donc demander une libération conditionnelle… dès cette année, en 2026.

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