Paris | Un professeur d’hébreu condamné à 10 ans pour avoir violé son élève âgée de 8 ans

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Le viol s’est passé dans la somptueuse synagogue Buffault
Franck K., un ex-professeur d’hébreu et de Torah, connu et respecté, a été jugé en son absence ce mardi 7 avril devant la cour criminelle de Paris pour un viol commis sur une fillette de 8 ans en 2005 dans les locaux de la synagogue Buffault lors d’un cours particulier. Il a été condamné à 10 ans.

Elle avait toutes les raisons d’abandonner son combat judiciaire. La stratégie fuyante de la partie adverse, l’incertitude du résultat et surtout la longueur invraisemblable de la procédure. Mais Amira (le prénom a été changé), 28 ans, n’a jamais baissé les bras.

Ce mardi, l’homme qu’elle accuse de l’avoir violée en 2005, à l’âge de 8 ans, a été jugé devant la cour criminelle de Paris et condamné à 10 ans de réclusion (l’avocat général avait requis 15 ans).

Compte tenu des circonstances aggravantes (viol sur mineur de moins de 15 ans par personne abusant de l’autorité conférée par ses fonctions), il risquait jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

Franck K. était en effet son professeur particulier d’hébreu. Une figure respectée de la synagogue de la rue Buffault à Paris (IXe), chargée d’enseigner auprès de centaines d’enfants les bases de la culture religieuse et linguistique.

Il s’est installé en Israël avant qu’elle ne dépose plainte et n’a répondu ensuite qu’à une simple audition avant de se dérober à toutes ses convocations ultérieures en dépit d’un mandat d’arrêt international décerné en 2022.

De ce fait, le dossier a pris la poussière et la procédure judiciaire s’est étirée sur une quinzaine d’années, ponctuée en 2023 par une ordonnance de non-lieu du juge d’instruction, contredite en 2024 par un arrêt de mise en accusation rendu par la cour d’appel.

Ce mardi, Franck K., 50 ans, père de cinq enfants et domicilié à Jérusalem, n’a pas assisté à son procès en raison, selon son avocate, d’un cas de force majeure.

Mémoire photographique des faits

« Nous sommes dans l’impossibilité matérielle de rejoindre Paris compte tenu de l’état de guerre qui a été prolongé en israël jusqu’au 18 avril, explique Me Debborah-Mélanie Abitbol, inscrite au barreau de Paris et installée elle-même à Jérusalem. Dans ce contexte, nous allons demander le renvoi du procès. »

Mais cette demande, plaidée à l’audience par Me Laure Berrebi, a été rejetée et l’absence de l’accusé ne changeait rien aux attentes d’Amira.

« La jeune femme et la mère qu’elle est devenue cherchent toujours à défendre la petite fille qu’elle était, expose son avocat, Me Stéphane Nicolaï. Elle refuse surtout l’idée que la justice n’apporte aucune réponse lorsqu’un homme a pu faire du mal à une enfant. La question portant sur l’exécution d’une éventuelle sanction pénale contre un ressortissant français installé à l’étranger se posera ensuite mais ce n’est pas son souci pour le moment. »

Vingt ans plus tard, cette podologue parisienne conserve une mémoire photographique du moment qui a fait basculer son enfance.

Au printemps 2005, Amira venait d’avoir 8 ans. Elle suivait un cours particulier d’hébreu avec un professeur âgé d’une trentaine d’années. Il était un ami de sa famille. Les premières séances avaient eu lieu à l’hôtel dont le père d’Amira était propriétaire. Mais le professeur avait suggéré un lieu plus calme et plus propice à la concentration.

L’apprentissage s’était poursuivi au sein de la somptueuse synagogue Buffault, dans une salle isolée, au dernier étage semble-t-il.

Dans son souvenir, exprimé de manière précise et constante, il lui aurait demandé de baisser son collant et sa culotte. Puis, toujours selon son récit, l’aurait saisie par les hanches pour la tourner vers le tableau.

Elle garde intact le souvenir de la douleur d’une pénétration anale, du sexe en érection de son agresseur et de ses quelques mots de contentement :

« oh qu’est-ce que c’est ça… ».

Une plainte déposée en 2009

Elle a revu son professeur d’hébreu la semaine suivante. Celui-ci lui a offert des bonbons, « pour acheter mon silence », pense-t-elle. Puis Amira a refusé de retourner à la synagogue et ses parents, conseillés ce mardi à l’audience par Me Joseph Cohen-Sabban, ne l’y ont pas forcée.

Sans comprendre à l’époque l’origine de sa défiance.

D’abord, elle n’a rien dit « pour ne pas rajouter une couche au malheur de la famille », marquée par le décès de son grand-père et la maladie de sa mère.

Mais la fillette « gaie, joyeuse, entourée de camarades » s’est renfermée, isolée et a développé une forme lourde de dyslexie.

En 2009, à l’occasion de la fête du Nouvel an juif, Amira, alors âgée de 12 ans, décide de confier son secret à ses parents.

Une plainte est déposée quelques semaines plus tard auprès de la brigade de protection des mineurs.

C’est le point de départ d’une procédure judiciaire qui va s’étirer sur une quinzaine d’années. Un délai imputable en partie à la lenteur intrinsèque de la justice française mais surtout aux obstacles dressés par la partie adverse.

Peu de temps avant le dépôt de plainte, Franck K., professeur d’hébreu et de Torah de la synagogue Buffault, éphémère enseignant en technologie dans un collège parisien, a en effet quitté la France avec femme et enfants pour s’installer en Israël.

Auditionné en 2012 par des enquêteurs locaux dans le cadre d’une entraide internationale, Franck K. conteste les faits de viol et réfute toute attirance envers les enfants en général.

Il aurait toutefois reconnu avoir puni Amira en lui tirant les oreilles et en lui tapant sur les doigts avec une règle, violences dont elle ne s’est jamais plainte.

Selon lui, les accusations de la fillette, relayées par ses parents, n’auraient poursuivi qu’un seul but : lui extorquer de l’argent. Mais cette hypothèse complotiste n’a été étayée depuis par aucun élément sérieux.

À l’inverse, l’expert pédopsychiatre a souligné l’authenticité et la crédibilité du discours de l’enfant. Il a aussi remarqué sa méfiance générale à l’égard des hommes.

À décharge, aucun témoignage n’a fait état, ni de violences sexuelles ni même de gestes déplacés de la part de Franck K. dans le passé.

L’ex-rabbin de la synagogue Buffault l’a décrit comme un homme « sérieux et honnête ». Un portrait sans aspérités que les enquêteurs de la BPM n’ont jamais pu vérifier auprès des enfants ayant suivi des cours particuliers avec lui. La synagogue ne disposerait d’aucune trace écrite à ce sujet.

« Depuis le début de cette procédure, Franck K. n’a pu s’exprimer qu’une seule fois et encore… Ses propos ont fait l’objet d’une traduction très approximative, souligne son avocate Me Debborah-Mélanie Abitbol. Une chose est sûre, aucun élément matériel ne confirme les accusations dont il est l’objet et aucun témoignage n’est venu accréditer l’idée d’un homme violent ou agressif avec les enfants. »

Jugé en son absence selon la procédure du défaut criminel, Franck K. ne dispose pas en l’état de la possibilité de faire appel de sa condamnation.

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