Tours | Dix ans de réclusion criminelle pour le beau-père incestueux

Après un début de procès ouvert à une possible reconnaissance des faits, l’accusé s’est confiné dans ce que la cour a qualifié de “ déni monolithique ”

© LOIC VENANCE : AFP
Les conclusions du médecin légiste, en préambule à cette deuxième et dernière journée du procès de Jean-Claude, accusé de viols et agressions sexuelles aggravés, n’ont pas exonéré ce dernier, comme se l’est fait confirmer la présidente Aude Christau :« Dans 80 % des cas, lorsque des enfants sont victimes de viol, il n’y a pas de lésion visible. »
D’ailleurs, quand, en octobre 2016, après qu’une amie de Clarisse a obtenu d’Alicia des confidences sur le fait qu’elle n’allait pas bien, que son papa lui faisait des choses dont elle n’avait pas le droit de parler, qu’elle devait « mettre son sexe dans sa bouche », qu’il en sortait « un liquide chaud et gluant »
Clarisse n’a pas eu besoin d’examen pour dénoncer les faits qui venaient de lui être rapportés.Des faits que son compagnon d’accusé a nié avoir commis lors de ses deux premières auditions, avant de finir par « craquer » et d’admettre cinq fellations.Y compris devant le juge d’instruction en interrogatoire de première comparution.
Mis en face de ses propres déclarations devant l’enregistrement vidéo, Jean-Claude, contre toute attente, se borne à répéter qu’il « ne se souvient pas ».Qu’il « ne sait pas ».
Pour lui, ne demeure que cette seule et unique fois où, samedi 5 mars 2016, vers 10 h, alors qu’Alicia sortait nue de la douche, il l’a attrapée entre les jambes et par le bras pour la jeter sur le canapé, pour s’amuser. Sa main aurait glissé et se serait retrouvée sur son sexe, malgré lui.Ce sera la seule « agression sexuelle » qu’il voudra bien admettre, malgré les multiples perches tendues par la présidente pour en avouer plus.– « Elle vous reproche des fellations multiples, une scène sur le canapé, une tentative de pénétration vaginale… Vous contestez ? »

« Oui », répond-il.
« Est-ce qu’Alicia ment ? »
« Bien sûr ! »

Pour expliquer ce changement de position, la présidente fait une analyse chronologique du dossier, entre la reconnaissance des faits à l’automne 2016 et le viol dont Jean-Claude a été victime en maison d’arrêt vers Noël de cette même année.

Malgré ses demandes de transfèrement et de remise en liberté, rien n’a été fait pour essayer de le protéger de ses agresseurs. De là son attitude de déni catégorique.

Une attitude insoutenable pour Me Ève-Élisabeth Cambuzat, partie civile pour Clarisse, Alicia et la fille biologique de Jean-Claude.Cette absence de reconnaissance des faits, de leur pleine qualité de victime, ne pourra qu’aggraver un préjudice déjà considérable et pour lequel elle demande réparation.Comme la cour avant lui, l’avocat général Jacques-Édouard Andrault, « totalement convaincu de la culpabilité » de l’accusé, était « convaincu qu’on allait avoir des explications ».

Il assure toutefois ne pas avoir besoin d’aveux, « tant le dossier va dans le sens de la culpabilité ».“ Il lui a volé son innocence ” Le représentant du ministère public estime même que Jean-Claude a été « son propre ennemi » en adoptant un tel comportement de déni.

Pour lui, face au « mur de cohérence dressé par Alicia », la thèse du complot avancée par le beau-père ne tient pas, compte tenu de la « force des détails qu’une enfant de 10 ans ne saurait inventer ».

« Alicia va devoir vivre avec ça toute sa vie […] Il lui a volé son innocence », déplore-t-il, avant de requérir une peine de douze ans de réclusion criminelle assortie d’un suivi sociojudiciaire de quatre ans.

Me Maurice Ngamakita, à qui incombe la lourde tâche de porter la défense en faveur de Jean-Claude, les aveux seuls ne sauraient suffire à entrer en voie de condamnation. Encore faut-il qu’ils soient confrontés aux éléments factuels du dossier.

Des faits précis, révélés, caractérisés, des lieux et des dates certaines, et pas seulement des périodes, des données variables…La victime décrit son anatomie ? « C’est parce qu’il se promène nu dans la maison, pas parce qu’il l’a agressée. » Il reconnaît « des choses » dans ses courriers ? S’agit-il de fellations ? « Rien n’est moins sûr, selon ses déclarations. »

« Je n’ai pas la même conviction que le parquet », indique-t-il en avançant comme explication au complot évoqué par son client à partir du dépôt de plainte pour violences conjugales de sa compagne entre 2004 et 2016 (alors qu’ils ne sont ensemble que depuis 2007), du cambriolage de sa maison, de la vente de ses armes aux enchères…« Votre justice doit être équitable », rappelle-t-il en exhortant les jurés à « mettre des preuves en face des aveux ».

Après délibéré, la cour déclare Jean-Claude coupable de viol et agression sexuelle aggravés sur mineur de 15 ans.

En répression, elle le condamne à dix ans de réclusion criminelle et suit pour le reste les réquisitions du parquet.

Source : lanouvellerepublique.fr

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