Famille Barella | Le père du principal suspect accusé de viol

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Après un rapide classement, deux affaires concernant Joël Barella sont rouvertes
Joël Barella, père de l’homme mis en examen pour le meurtre de la petite Lyhanna, a été accusé de viols et d’agressions sexuelles par deux petites-filles de sa compagne. Le parquet de Béziers vient de rouvrir l’enquête concernant la cadette, mais pas celle de Prescyllia. Sa mère témoigne.

Jérôme Barella, mis en examen pour le meurtre de la petite Lyhanna dans le Gers, n’est pas le seul membre de sa famille visé par des accusations. Son père, Joël Barella, 71 ans, a été accusé de viols et d’agressions sexuelles par deux petites-filles de sa compagne, Prescyllia et Maeva, pour des faits qui se seraient déroulés entre 2010 et 2018 en Haute-Garonne et dans l’Hérault.

L’homme, qui a toujours contesté ces accusations, a bénéficié d’une ordonnance de non-lieu en 2021 dans le dossier de Préscyllia. La justice constatant

“l’absence de toute lésion lors de l’examen gynécologique” et que “les témoignages des membres de l’entourage familial” décrivent “la plaignante comme menteuse, manipulatrice, ayant surtout à cœur d’attirer l’attention”.

Le second avait été classé sans suite en 2020. Ce mercredi, le parquet de Béziers a annoncé rouvrir l’enquête sur les faits dénoncés par Maeva, mais pas celle concernant sa demi-sœur Préscyllia, faute de “charge nouvelle”.

La mère de cette dernière, Sonia, qui avait déposé plainte en février 2013, a accepté de témoigner auprès de France 3 Occitanie.

France 3 : Pouvez-vous raconter ce qui s’est passé entre votre fille et Joël Barella ?

Sonia : Prescyllia vivait avec moi, j’en avais la garde. J’avais conservé de bonnes relations avec mon ex-belle-famille, surtout avec Joël Barella. Il venait chercher ma fille pour les vacances. À une période où je me suis retrouvée seule, il me la gardait : il s’installait avec son camping-car près de chez moi et y passait quelques jours, pendant que sa femme était hospitalisée.

C’est à ce moment-là que des choses se sont passées, mais je n’étais pas au courant. C’est le collège de qui m’a alertée, en me disant que ma fille avait quelque chose de très important à me confier. Ils lui avaient laissé un délai, faute de quoi ils feraient eux-mêmes un signalement.

Lorsqu’elle m’a avoué les faits, je suis allée directement porter plainte à la gendarmerie, comme toute maman l’aurait fait. Ensuite, notre vie est devenue un calvaire.

France 3 : Qu’est-ce que cela a engendré ?

Sonia : Le comportement de Prescyllia a changé. Elle se scarifiait, elle voulait mettre fin à ses jours. Quand elle a dénoncé les faits, toute la belle-famille s’est retournée contre elle, à commencer par son papa. Elle n’a pas supporté de ne pas être crue. J’ai dû faire appel à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) pour qu’elle soit placée en famille d’accueil et surveillée de près, parce qu’elle tentait souvent de mettre fin à ses jours. Les scarifications et les mises en danger se sont aggravées, et j’ai dû la faire hospitaliser en psychiatrie à Toulouse. Elle y a reçu des soins, elle a suivi des thérapies, nous lui avons fait faire de l’équitation pour qu’elle extériorise son mal-être.

De son côté, la partie adverse a essayé de m’intimider et de me menacer pour que je retire la plainte, puisque c’est moi qui l’avais déposée, ma fille étant mineure à l’époque.

France 3 : Comment a été traitée votre fille à ce moment-là ?

Sonia : De menteuse, d’aguicheuse… En gros, c’était elle qui provoquait les adultes.

France 3 : Comment va votre fille aujourd’hui ?

Sonia : Pas bien. Pas bien du tout. Je l’ai eue au téléphone juste avant vous. Elle se demande : “Pourquoi ma sœur et pas moi ?” Elle a pourtant vécu des choses encore plus dures que Maeva. Elle m’a dit :

“Moi, je ne serai jamais reconnue comme victime.”

Je l’ai encouragée à témoigner, même anonymement. Peut-être que cela fera bouger quelque chose. Et puis on se dit que si le dossier de Maeva est rouvert, ce sera un peu pour les deux. J’essaie de positiver, je ne vous le cache pas. Mais ça a été de très longues années, très dures. Ça a déchiré des familles.

France 3 : Quel type de personne est Joël Barella ?

Sonia : Vous lui donneriez le bon Dieu sans confession. C’est quelqu’un qui inspire confiance, qui vous met à l’aise, qui est gentil, fort agréable. Avec moi, il a toujours été plus que correct. Après ma séparation d’avec le papa de ma fille, il a été le seul de toute la famille à continuer à me parler, en cachette. Il était dévoué, présent pour ma fille. À mes yeux, c’était un grand-père modèle.

France 3 : Quand votre fille a dénoncé les faits, l’avez-vous crue immédiatement, malgré cette image que vous aviez de Joël Barella ?

Sonia : Oui, parce qu’il y avait des choses qui auraient dû m’alerter et que je n’ai pas vues. Une fois, alors qu’il la gardait dans son camping-car, juste à côté de chez moi, ma fille s’est enfuie en pleine nuit. Elle est rentrée à la maison en pleurs, sans réellement m’expliquer pourquoi. Elle m’a juste dit qu’elle avait peur de dormir dans la caravane. Je l’ai compris comme ça. En réalité, elle s’était échappée des mains d’un prédateur, j’ai envie de dire.

France 3 : Quel âge avait-elle à ce moment-là ?

Sonia : 11 ou 12 ans. Et puis il l’a beaucoup gâtée. Quelque part, il a acheté son silence : pour qu’elle ne dise rien des faits qu’elle subissait, tout ce qu’elle voulait, elle l’obtenait. Tout. Elle avait commencé à fumer, il savait très bien que j’étais contre, et pourtant il lui achetait ses paquets de cigarettes. Et il se cachait de toute sa famille, de sa femme, de Nicolas, le papa de ma fille. Il ne fallait pas que ça se sache, il fallait que ça reste entre eux. Ce sont des petits détails… Je le considérais comme mon ex-beau-père, je n’ai pas vu le mal.

France 3 : L’enquête est rouverte pour Maeva, mais pas pour les faits dénoncés par votre fille, après l’affaire qui vise Jérôme Barella dans le Gers et la mort de la petite Lyhanna. Que ressentez-vous aujourd’hui ?

Sonia : Plein d’émotions. C’est quand même incroyable : il y a l’histoire de Jérôme, celle de Joël, et il n’y a pas que Jérôme, il y a aussi son frère. C’est énorme pour une seule famille. On se pose des questions : est-ce que Joël aurait fait subir à ses propres enfants des choses qu’ils reproduiraient aujourd’hui ? On ne sait pas. Et je trouve ça malheureux, honnêtement, qu’il ait fallu qu’une petite fille meure pour que ces gens-là soient inquiétés.

France 3 : C’est pour cela que vous souhaitez parler aujourd’hui ?

Sonia : Oui, parce qu’à partir du moment où il y a une première plainte, puis une seconde, il faut se poser les bonnes questions. Une fois, ça peut être une erreur, un mensonge, pourquoi pas. Mais quand il y a plusieurs plaintes, il faut ouvrir les yeux : il y a quelque chose qui ne va pas. Je pense que la parole des enfants doit être davantage entendue.

Attention, je ne critique pas les gendarmes : j’étais seule pour accompagner ma fille dans toutes les étapes, et ils ont toujours été très bienveillants.

Mais au niveau de la justice, il y a une faille quelque part. Je n’ai pas de mots pour tout ce qui se passe. Tout cela remémore beaucoup de choses et nous refait du mal. On rouvre des blessures. Pour ma fille, il n’y aura pas de suite. Je ne veux pas dire que c’est inutile, mais on a l’impression de rouvrir des blessures pour rouvrir des blessures.

On garde quand même un espoir. On se dit que si le dossier est rouvert pour Maeva, on a peut-être une chance. Mais à l’heure actuelle, ce n’est pas d’actualité pour ma fille. C’est pour ça que nous sommes aussi en colère.

Voir aussi l’article  sur la disparition de la petite Lyhanna.

 

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