Ariège | Un ancien professeur condamné à douze mois de prison avec sursis pour des agressions sexuelles.
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 18/06/2026
- 07:59
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Marinière rouge, lunettes de vue vissées sur le nez, regard fixe : à la barre, Jonah*, 45 ans, garde la même ligne du début à la fin de l’audience.
“Je nie tout en bloc.”
Une phrase répétée presque mécaniquement tout au long du procès. L’ancien professeur de technologie est jugé pour des faits d’agression sexuelle remontant à l’année scolaire 2018-2019. En face, Sarah*, aujourd’hui âgée de 17 ans. À l’époque, elle n’en avait que onze et venait d’entrer en sixième.
Comme beaucoup de victimes d’agressions sexuelles, l’adolescente ne parlera que des années plus tard. En 2021, lors d’une consultation médicale pour un kyste au bas du dos, le physique du médecin lui rappelle brutalement son ancien professeur. Les souvenirs reviennent. Les gestes aussi. Petit à petit, Sarah finit par raconter ce qu’elle dit avoir subi au collège avant de déposer plainte.
Présente à l’audience accompagnée de sa sœur et de ses parents, Sarah ne prendra pourtant pas la parole devant le tribunal. Son témoignage sera lu au travers du dossier. Tout commence à la rentrée 2018, dans une salle de classe organisée pour que “les élèves circulent en toute liberté.
” Sarah décrit alors un professeur très proche de ses élèves. Trop proche. Lors d’un exercice sur ordinateur, elle raconte : “Il a posé sa main sur la mienne quand je tenais la souris et il l’a caressée.”
Puis viennent d’autres gestes. Une main sur la cuisse, des caresses sur la poitrine, des compliments répétés… Et cette scène qu’elle raconte : un stylo tombe au sol, elle se baisse pour le ramasser, le professeur se frotte à ses fesses. À onze ans, Sarah ne comprend pas totalement ce qu’il se passe. Mais elle dit appréhender les cours de technologie.
“Il se passait au moins quelque chose à chaque cours”, raconte-t-elle. À la barre, Jonah secoue la tête.
“C’est absurde”, souffle-t-il avant de mimer devant le tribunal la manière dont on ramasse un stylo. “Je ne vois pas comment j’aurais pu faire ça.”
Sur les mains :
“Je leur demandais de les enlever pour que je prenne le contrôle. Ça arrivait qu’ils ne le fassent pas alors je la posais dessus. Mais ça me gêne.”
La présidente relève aussitôt :
“Si ça vous gêne, pourquoi vous le faites ?” Réponse de Jonah : “Je n’y peux rien.” Un silence. Puis : “Mais je ne suis pas attiré par les enfants.”
Dans le dossier, Sarah se souvient de lui comme étant présent. Trop présent. À onze ans, elle encaisse. Mais autour d’elle, quelque chose change. À la maison, ses parents parlent d’une rupture brutale dès les vacances de la Toussaint. Crise d’angoisse avant d’aller au collège, perte de 6 kg, refus de gestes d’amour comme des bisous ou des câlins… L’adolescente se ferme.
Elle évoque alors du harcèlement scolaire. Ses camarades, eux, ont remarqué quelque chose. “Ils disaient que le professeur était amoureux de moi.
” Trois amis entendus durant l’enquête confirment que Jonah “était louche. Il allait souvent aider les filles, il était tactile et il était encore plus bizarre avec Sarah.”
L’une d’elles évoque aussi des caresses sur sa propre main et signale qu’”il avait suivi une fille jusqu’aux toilettes.”
Le casier judiciaire de Jonah est vierge, mais son dossier académique est chargé. Langage sexuel, comportements inappropriés : les faits remontent à un autre collège de l’Ariège. “À une élève de petite taille, vous lui avez dit de porter des talons de pute, vous parlez de sextoys avec vos élèves et dessinez des bites au tableau”, énumère la présidente.
Jonah se justifie :
“Je dessinais un lapin au tableau. Un élève m’a dit que ça ressemblait à un zizi. Alors je lui ai dit ‘bah tiens si tu en veux une, regarde’ et j’ai dessiné.”
Sur le reste : “Je ne vois pas ce qu’il y a de sexuel, mais peut-être que j’aurais dû dire des ‘talons compensés’.” La présidente tranche : “Pourtant ‘pute’ ça me semble assez clair.”
Les collèges avaient signalé bien d’autres comportements : doigts d’honneur aux élèves, menaces de coups de tête, regards insistants sur les filles, t-shirt relevé en sortie de classe… Ce qui lui a valu d’être écarté de l’Éducation nationale. Jonah invoque “des erreurs passées, des dérapages, à cause de la fatigue du trajet.”
L’avocate de la partie civile, Maître Trespeuch, plaide la crédibilité de Sarah.
“Elle n’a pas pu inventer tous ces éléments clairs. Elle a des signes de traumatismes.”
Elle note qu’une expertise psychiatrique n’a relevé aucune anomalie de discernement chez Jonah. Ses comportements ne sont donc pas des erreurs mais “le reflet de sa personnalité.” Elle réclame 5 500 euros de dommages moraux et une mesure d’éloignement.
“Je la crois.” Le vice-procureur Guilhem Renoux ouvre sa plaidoirie par ces trois mots. Il pointe la défense bancale du prévenu. “On n’est pas dans le Cercle des poètes disparus où le professeur fait grandir ses élèves. C’est juste une personne inadaptée à l’enseignement. Il n’est même pas capable de se remettre en question.”
Il requiert douze mois de prison avec sursis, une obligation de soins et une interdiction de département.
La défense, assurée par Maître Degioanni, recentre le débat sur les seuls faits reprochés. Pour lui, Jonah n’est “qu’un mauvais prof avec de mauvaises techniques d’enseignement.” Il interroge : “Dire qu’il est bizarre fait de lui un agresseur ? Normalement, les agressions sexuelles se font à l’écart, sauf pathologie. Ce n’est pas le cas ici.”
Le tribunal suit les réquisitions du parquet. Jonah est condamné à douze mois de prison avec sursis, assortis d’une interdiction de paraître dans la commune de la victime, d’une interdiction d’exercer auprès de mineurs et d’une obligation de payer 5 800 euros de préjudice moral. En entendant le verdict, Jonah repart, nonchalant, le sourire en coin.
Sarah, elle, pleure, entourée de sa famille.
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