Inceste et chemin de croix judiciaire : interview d’une maman protectrice

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Revenons sur une affaire dont nous avions parlé il y a quelques années de cela.
Le temps passe, mais la “justice” est toujours aussi défaillante, voire structurellement toxique pour les victimes de violences sexuelles. Nous l’avions appelée Emma, elle avait 8 ou 9 ans à l’époque, et n’arrivait pas à se faire entendre de la justice qui l’obligeait à voir son père agresseur.

Sa maman n’arrivait pas non plus à se faire entendre.

Aujourd’hui, celle-ci a rejoint le collectif des 500 mamans, elle a témoigné devant la commission d’enquête sur l’inceste, et revient dans une interview sur son parcours face à cette institution plus soucieuse de protéger les agresseurs que leurs victimes. 

Difficile de retracer la suite des procédures sans perdre tout le monde : c’est l’objectif, même les parents protecteurs et les victimes s’y perdent, et pendant que les avocats et experts touchent leurs honoraires, parents et victimes s’enlisent, d’enquêtes sociales en jugements délirants.

 

Une “justice” sourde et aveugle

Tout a commencé en 2016, trois ans après le divorce des parents.

Emma, alors âgée de 5 ans, allait chez son père un week-end sur deux et a commencé à décrire des attouchements réguliers commis par le père un jour où elle refusait de s’y rendre.

Des signaux auraient pu amener à s’interroger davantage, mais en général les violences sexuelles sont la dernière chose à laquelle pensent les proches : il y avait des troubles du sommeil, de l’anxiété, des difficultés comportementales à l’école, des violences physiques étaient apparues.

La maman, Anne, a porté plainte, un signalement médical a été réalisé auprès du procureur, mais comme un non-lieu a été rendu et qu’un juge aux affaires familiales avait décidé de “la reprise du lien avec son père”, elle a donc porté plainte avec constitution de partie civile en 2019.

La fillette a parlé à plus d’une dizaine de personnes : tout le monde a tenté d’agir sauf la “justice”.

Ce qu’elle a connu n’est pas une succession de “dysfonctionnements” comme on aimerait le penser : c’est le fruit d’un processus évident destiné à nier la réalité des violences sexuelles, ce qui implique de nier la parole des victimes et les victimes elles-mêmes.

Faisons un point sur ce qu’il s’est passé depuis 2019, et sur le parcours judiciaire, aussi surréaliste que banal hélas, de cette maman et ses enfants, tous victimes de la violence physique et psychologique de leur père, qui réclamait la garde alternée.

Car la situation n’a fait que s’aggraver : le droit n’est plus appliqué qu’occasionnellement par les tribunaux, code de procédure compris.

On se demande même à quoi servent les épais bouquins qu’on fait lire aux étudiants en droit, peut-être à caler les armoires.

En attendant, des dizaines de milliers d’enfants victimes d’un père agresseur, et des dizaines de milliers de parents protecteurs sont passés par la broyeuse judiciaire.

 

La lettre d’Emma :

Emma a envoyé une lettre que je publie ici :

“Étant petite, j’ai subi de multiples attouchements de la part de mon “père”.

Mes parents sont divorcés depuis mes 1 an et demi et j’allais donc chez mon père un week-end sur deux du coup, évidemment tout se passait chez lui, ça commençait sous la douche, quand il m’habillait puis dans mon sommeil en pleine nuit.

Puisque j’étais toute petite et remplie d’innocence, j’ai commencé à en parler à mon 3e grand frère puis ensuite à ma maman, c’est là que j’ai commencé à comprendre que c’était pas quelque chose de normal et d’anodin de vivre ça.

On est donc allées à la gendarmerie afin de porter plainte, arrivées là-bas ma maman explique donc la raison de notre venue et les gendarmes ont dit exactement, je cite :

la petite là, on l’écoute pas

On est parties sans pouvoir porter plainte du coup.

Puis récemment, je suis allée à la cour d’appel de Rennes accompagnée de ma mère pour la même raison depuis des années, et c’est vrai que c’est jamais agréable d’aller là-bas, mais là ça l’était encore moins car je me suis pris des regards comme si c’était moi qui étais accusée alors que pas du tout, et on m’a aussi empêchée de parler encore une fois.

Ça a été super compliqué honnêtement.

Déjà que t’as vécu des choses que personne devrait vivre, en plus de ça tu es traitée comme une moins que rien.

Et même en dehors de ça, tellement personne ne veut m’écouter et certaines personnes ne me croient pas, je commençais à douter de mon vécu alors qu’il n’y a pas à douter de cela, je sais plus que personne ce que j’ai vu, ressenti etc.

Puis après tu as plein de conséquences à combattre comme t’en avais pas eu assez tel que la prise de poids extrême, des troubles du sommeil, des cauchemars, le dégoût envers tous les hommes, le manque d’affection paternelle, les pleurs et l’angoisse de retourner là-bas, un manque de confiance en soi énorme, ne pas faire les cadeaux des fêtes des pères en primaire, devoir accepter que tu n’auras jamais de papa gentil, etc.”

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Anne, qui n’a jamais baissé les bras et a toujours cherché à se faire entendre comme ses enfants par une institution conçue pour protéger le système et donc les agresseurs, s’est impliquée dans un collectif avec d’autres mamans, et chercher à faire bouger les choses.

Nous allons revoir avec elle où en est la procédure aujourd’hui, sur son combat pour faire changer les choses, et sur la commission d’enquête sur l’inceste devant laquelle elle a témoigné.

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