Reims | Un loverboy écope de 34 mois ferme pour proxénétisme aggravé
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 22/05/2026
- 11:38
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À 18 ans, selon la représentante du parquet, elle n’a connu qu’une « vie de misère. Sa situation est d’une tristesse absolue ». Et Gordon « a profité de sa très grande vulnérabilité ».
Du reste, insiste la substitute du procureur, « toutes les femmes de ce dossier sont sous son emprise ». Jessica, le corps maigre comme un cent de clous, est assise au banc des parties civiles bien qu’elle ait refusé de s’associer à la procédure et de demander la réparation de son préjudice.
Quel préjudice ? Cette femme-enfant ne se considère pas victime de son amoureux de 23 ans, qui vit à ses crochets et qui surveille, armé, les ébats dans la chambre d’à côté. Les clients défilent, 100 € la passe sur le clic-clac de l’Airbnb qu’elle a loué, où ils vivent en couple.
Cela fait « des années » – elle ne sait plus préciser combien – que Jessica a « des relations tarifées ». La jeune fille a donc été l’une des quelque 15 000 à 20 000 mineurs exploités sexuellement en France, difficilement recensés par le gouvernement et les associations.
L’ampleur du phénomène est tel que l’exécutif et les départements ont mis en place un dispositif dédié, en 2023, constitué de professionnels accessibles en composant le 119.
La situation « est très grave. C’est à cause de moi, tout ça… »
Mais Jessica, désormais majeure, ne se sent aucunement « exploitée ». Elle raconte son parcours d’une voix métallique : « J’ai commencé au foyer des mineures avec mes copines et je me suis mise à mon compte à 18 ans.
– Qui a eu l’idée ? demande le président de la chambre des comparutions immédiates de Reims.
– Ben moi !
– Monsieur n’avait aucun problème avec la prostitution ?
– Ben non !
– Et depuis son incarcération [le 27 mars 2026], que faites-vous ?
– On m’a proposé le 115 [plateforme d’urgence sociale] mais je ne voulais pas y retourner.
– Vous avez donc repris vos activités ?
– Ben oui !
– Toute seule ? Sans arme ?
– Oui, vous avez pris la mienne et c’est pas facile de s’en procurer une.
– Comment voyez-vous la situation ?
– Elle est très grave. C’est à cause de moi, tout ça… »
Au large dans son jean, aussi irritée que triste, Jessica jette un regard à son “loverboy”, comme on dit dans le milieu afin de différencier le maquereau d’un petit ami, lequel cultive l’ambiguïté du lien qui l’unit à sa protégée, bien que demeurant un prédateur au regard de la loi.
Doudoune noire, bas de survêtement, barbichette, Gordon est encadré par trois agents pénitentiaires. Il a été autorisé à quitter le box des prévenus et l’on voit bien qu’il aimerait s’approcher de Jessica. Ces deux-là paraissent s’aimer. Est-ce pour cela qu’il se dédouane de tout acte répréhensible, qu’il réfute la prévention de proxénétisme aggravé par une circonstance (l’arme détenue à domicile) ?
« J’ai essayé de la sortir de là. Comment j’aurais pu ? C’est elle qui fait tout ça », assure-t-il d’un ton agressif qui tranche avec la douceur de ses traits juvéniles.
Avec une certaine innocence, il reconnaît cependant filmer leurs relations :
« On vend des vidéos de nous mais on est déclarés, hein ! On est créateurs de contenus. »
Et le pistolet ? « Il est à moi ! », redit la femme-enfant. « Ah !
Comment il fonctionne ? Comment on le recharge ? questionne le juge.
– Par en bas.
– Vous savez que ça peut tuer ?
– Je sais pas, je ne l’ai jamais utilisé. C’est pour faire peur aux clients.
– Vous pensez que votre ami vous défendra avec ? Vous êtes sûre qu’il ne s’enfuira pas [si ça tourne mal] ?
– Ben non ! C’est mon homme ! »
« C’est mon homme », répétera encore Jessica, c’est sa supplique à l’adresse du tribunal qui a tout pouvoir sur la suite de leur histoire.
Margaux Lejosne, substitute du procureur, veut bien qu’entre eux, il y ait des sentiments. Pourquoi pas ?
Toutefois, Gordon « ne travaille pas, il n’a jamais pu justifier de son train de vie », apparemment confortable.
« Nous avons exploité ses comptes bancaires, nous disposons aussi des photos où il se met en scène avec le pistolet, des liasses de billets, et de messages qui démontrent ses activités de proxénète. » Le prévenu « a d’ailleurs d’autres filles », avaient révélé les débats.
« Elles sont sous son emprise, poursuit la parquetière. Je le trouve assez affligeant. Il exploite la misère humaine. »
Estimant qu’« il a bien profité d’elle », ou d’elles (trois femmes, semble-t-il), qu’il assurait la logistique, publiait des annonces pour attirer les clients, elle requiert « une peine dissuasive » : trois ans de prison, un avec sursis probatoire, une interdiction de contacts pendant deux ans, une amende de 8 000 €. Enfin, suivant les recommandations du juge de l’application des peines, elle sollicite la révocation de dix mois de sursis. Car Gordon a déjà été condamné 11 fois depuis l’année 2019.
En défense, son avocate use d’arguments singuliers :
« Il faut vivre avec son temps ! La prostitution n’est pas interdite, beaucoup de jeunes filles la pratiquent. On n’est plus au Moyen Âge ! (…) C’est elle qui paie, oui, mais si elle avait fait un boulot honnête (sic), elle aurait aussi payé puisqu’il n’a pas de revenus. »
Elle trouve « le dossier un peu léger », affirme que l’arme « est à elle, on n’a pas relevé l’ADN [de Gordon] », conclut que le tribunal ne « doit pas retenir la circonstance aggravante ».
C’est pourtant ce qu’il fera. S’il échappe à l’amende, il purgera 34 mois de détention et ne devra plus voir Jessica durant deux ans.
Hébétée, en larmes, elle quitte son banc, fait trois pas en direction de « son homme », lequel tente de la rejoindre. « L’interdiction de contact, tonne le président Pierre Jund, c’est à partir de maintenant ! » L’escorte s’interpose, la femme-enfant court se réfugier dans les bras de la mère du condamné.
* Prénom modifié
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