Gers | Le grand-père violeur condamné à 18 ans de réclusion

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Seulement 18 ans de prison pour ce monstre
DDM SEBASTIEN LAPEYRERE AUCH LE 15/12/2021; PALAIS DE JUSTIVE TGI TRIBUNAL GRAND INSTANCE D AUCH ILLUSTRATION FACADE ENTREE
Douze victimes, 50 ans d’inceste – Robert L. 63 ans, un individu qui a violé trois générations d’enfants de sa famille, douze victimes, condamné à 18 ans de réclusion

L’affaire débute le 27 septembre 2022, presque par hasard, dans une maison familiale du sud du Gers, entre Labarthe et Masseube.

Les gendarmes reçoivent un signalement après une effroyable découverte : sur le téléphone portable d’une fillette de 10 ans, plusieurs vidéos à caractère pédocriminel.

Le téléphone avait été offert à l’enfant par sa grand-mère, sans accès à Internet.

En tentant de réinitialiser le téléphone afin de le revendre, des proches découvrent des vidéos filmées au domicile des grands-parents.

Elles montrent explicitement un homme, nu, abusant sexuellement de l’enfant.

La voix est reconnaissable, l’homme est identifié.

Il s’agit du grand-père de la petite fille abusée.

Le père adoptif de la fillette dépose plainte.

Deux enquêtes sont ouvertes : l’une en Vendée où réside une partie de la famille, l’autre dans le Gers où se seraient produits une grande partie des faits.

Dès les premières auditions, les enquêteurs comprennent que l’affaire dépasse largement le seul fait apparaissant sur les vidéos.

Plusieurs membres de la famille, adultes aujourd’hui, se livrent.

Certains évoquent des abus subis dans l’enfance, d’autres des attouchements, des viols, parfois tus pendant plus de trente ans.

Derrière les témoignages se dessine progressivement un contexte familial incestueux, marqué par la peur, la violence et l’omerta.

Les faits dénoncés s’étendraient sur plusieurs décennies, principalement dans le Gers, mais aussi en Haute-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées.

L’exploitation du téléphone de l’enfant par les enquêteurs vient confirmer la gravité des faits.

Les vidéos ont été enregistrées entre avril et mai 2021.

Elles ont été tournées au domicile des grands-parents.

Sur les images, l’homme demande à l’enfant d’effacer les vidéos.

Une tentative de dissimulation qui va peser lourd dans le dossier.

“Déconne pas, faut l’effacer après, fais pas la con, déconne pas parce que si maman, elle tombe sur ça…”, peut-on entendre sur la bande-son.

Une enquête qui s’élargit

Au fil des auditions, de nouvelles victimes sont identifiées, certaines mineures au moment des faits, d’autres devenues adultes lorsqu’elles trouvent enfin la force de parler.

Des nièces, les propres sœurs de l’accusé, ses propres enfants…

Sept victimes mineures présumées sont recensées sur une période comprise entre 1987 et 2022.

Elles auraient été âgées de quelques années à moins de 15 ans au moment des faits.

Des faits sont prescrits.

Certaines victimes présumées étaient sans lien de parenté.

Pour les enquêteurs, le comportement décrit est celui d’un prédateur agissant sur la durée.

Les expertises psychiatriques parleront d’un “pédophile”.

Le 29 septembre 2022, Robert L. est interpellé, placé en garde à vue, puis mis en examen.

Une information judiciaire est ouverte le 1er octobre 2022 pour viols et agressions sexuelles incestueuses sur mineurs de moins de quinze ans.

Son ex-épouse, Laurence R., est également poursuivie pour non-dénonciation de crimes.

La justice a estimé qu’elle avait connaissance de certains faits sans jamais les signaler.

Une audience sous tension, des images insoutenables

Ce 29 janvier 2026, devant la cour criminelle du Gers, une dizaine de témoins se succèdent à la barre.

Les récits sont lourds, parfois hésitants, brisés par la honte et la culpabilité.

L’accusé principal, défendu par Me Joy Morton, conteste la majorité des faits qui lui sont reprochés.

Il ne reconnaît que ceux concernant sa fille et sa petite-fille, les seuls, dit-il, “qu’il ne peut pas nier”.

Si, pendant la garde à vue, il conteste, la vidéo finit par le mettre face à ses contradictions.

Lorsque les images sont diffusées à l’audience, le silence devient pesant.

Certains détournent le regard.

D’autres quittent la salle.

Les mots manquent.

Les images sont insoutenables.

L’accusé se permet un rictus lors des témoignages.

Il conteste par des mouvements de tête, comme pour dire “non”.

“J’ai été abusée deux fois, une fois dans le bois, une fois chez mes grands-parents”, raconte l’une de ses nièces.

Elle avait sept ans à l’époque.

C’était il y a quarante ans.

“Ce sont des conneries !”, rétorque l’accusé face aux accusations.

Une attitude qui n’a pas manqué de faire réagir l’avocat général.

En attendant, l’homme, âgé d’une soixantaine d’années, revient sur une partie de ses déclarations du dossier d’instruction.

“Oui, je l’ai dit, mais je ne l’ai pas fait.”

Des contradictions qui risquent de ne pas jouer en sa faveur et de peser sur la décision de la cour.

Devant la cour criminelle, ce 30 janvier, Marine, victime présumée de Robert L., témoigne avec courage

“Robert m’a violée.”

Les mots sont forts, ils résonnent et sont prononcés avec la dignité et le courage d’une femme de 29 ans qui aurait été abusée alors qu’elle avait 4 ans.

C’était pendant les vacances de la Toussaint, en 2000, dans une maison familiale à Saint-Michel, dans le Gers.

Avec son frère, elle devait passer quelques jours avec les enfants d’un couple ami de ses parents.

Une nuit seulement passée là-bas, une nuit qui a marqué toute sa vie.

À l’étage, un dortoir improvisé, des lits de camp alignés et la porte de la chambre fermée à clé.

Marine se souvient avoir cherché longtemps où dormir.

“Les lits étaient tous souillés d’urine.”

Elle aurait été empêchée de dormir par l’un des fils du couple, qui tente de la déshabiller.

Elle crie.

Son frère se réveille, la défend.

Le père, Robert L., intervient, réprimande le fils, rassure la fillette.

“Il m’a dit que j’étais en sécurité avec lui […] j’avais confiance.”

C’est alors que l’homme l’emmène au rez-de-chaussée, devant la télévision pour la calmer.

Marine raconte le basculement.

“Il avait son bras autour de moi.”

Les souvenirs sont précis, depuis la plainte, tout ressurgit.

“Il m’a demandé si j’avais déjà vu le “zizi” de mon papa.”

Elle ne comprend pas, logique pour son âge.

“Il a commencé à se déshabiller, à se toucher.”

Elle est tétanisée.

“Je me revois prostrée, le regard fixé sur les dessins animés. Je n’ai rien pu dire. J’étais comme paralysée.”

L’homme abuse de la jeune fille.

“Je me souviens de mes mains sur son pénis. Je me souviens de son visage au niveau de mon sexe.”

Les mots sont forts, l’émotion est vive.

“Après ça, il avait un sourire, comme celui qu’il a depuis hier au tribunal”, souligne Marine.

“Dans l’affaire, tout le monde a merdé”

Après cela, il lui aurait apporté un verre d’eau et un gâteau.

Il lui aurait caressé l’oreille avant de la menacer.

“Il m’a dit que c’était notre petit secret. Que si j’en parlais, il tuerait ma famille. Qu’il ferait pareil que pour les poulets.”

Le matin même, Marine aurait vu Robert décapiter des volailles à mains nues.

Le silence commence là.

Aujourd’hui adulte, elle fait partie des personnes reconnues comme victimes présumées dans cette affaire d’inceste dans le Gers.

Depuis ce jeudi 29 janvier, trois générations se disent victimes.

Une famille entière est face à la cour criminelle.

Pendant des années, Marine a vécu avec cette histoire qu’elle n’avait jamais racontée publiquement, sauf lorsqu’elle avait 16 ans, quand elle décide de tout révéler à ses parents.

Ces derniers décident de confronter l’ex-compagne de Robert L., Laurence R., également poursuivie pour non-dénonciation de crimes. Elle conteste et défend son mari.

Pensant à la prescription, aucune plainte ne sera déposée par Marine et ses parents, jusqu’à ce que d’autres victimes se manifestent en 2022.

Au deuxième jour de ce procès, l’ambiance est pesante dans la salle de la cour criminelle.

Avant de laisser la parole à Marine, la présidente a entendu sa mère.

Angoissée, émue, elle s’approche de la barre.

“Nous écoutons votre déposition”, lance la présidente.

Exercice difficile pour la mère de famille, dont la colère et la tristesse se font entendre.

“Sur le moment, vous ne vous rendez pas compte de ce qu’il se passait […] on était aveuglés.”

Elle n’a reçu les confidences de sa fille que des années plus tard, de quoi faire culpabiliser la maman.

“Dans l’affaire, tout le monde a merdé.”

Le père est également entendu en qualité de témoin, au même titre que le frère de Marine.

Tous mettent en lumière un climat familial dysfonctionnel, marqué par la violence, la peur et le silence.

Pour Marine, aujourd’hui représentée par l’avocat toulousain Me Nicolas Ruinier-Caubet, les nuits sont courtes, les cauchemars se multiplient.

Le contact derrière les oreilles lui est insupportable.

Manger du poulet ?

Hors de question.

“Depuis, mon sommeil est catastrophique.”

Côté parties civiles, les autres victimes sont représentées par Me Emmanuel Tandonnet, Me Philippe Morant-Castelnaud, Me Sandra Vazquez et Me Marie Gomes.

Sentiment de culpabilité, traumatisme, manque de confiance en soi, lente reconstruction : l’expertise psychologique ne laisse place à aucun doute sur l’authenticité du récit de la jeune femme.

“Je me sens coupable par rapport aux autres victimes […] Je veux qu’il soit condamné pour toutes ces atrocités.”

Les violences sexuelles intrafamiliales sont au cœur de ce dossier accablant examiné par la cour criminelle du Gers.

Robert L., accusé de viols incestueux sur plusieurs décennies, fait face à la justice. Son ex-femme, Laurence R., est poursuivie pour non-dénonciation. Qui sont-ils ?

Les victimes présumées sont ses nièces, ses enfants, ses petits-enfants, ses propres sœurs.

À 60 ans passés, Robert L. apparaît au cœur de ce dossier marqué par des décennies de violences sexuelles intrafamiliales présumées.

Né en 1962 à Tarbes, il est issu d’une fratrie de dix enfants.

Aux yeux de certains proches, l’homme pouvait se montrer serviable, bon vivant, “sympathique”.

Mais derrière ce visage, de nombreux proches décrivent une autre facette : celle d’un homme autoritaire, violent, obsédé par le sexe, capable de basculer.

Ses enfants parlent d’un climat de peur permanent, rythmé par les coups, les humiliations et une sexualisation omniprésente au quotidien.

Ses propres frères et sœurs le décrivent comme un “menteur”, un “manipulateur”, un “voleur”.

Entendues par la cour, ses sœurs racontent avoir également été violées par leur frère durant leur enfance.

Des faits aujourd’hui prescrits.

Mis en examen pour des faits de viols et d’agressions sexuelles incestueuses sur mineurs, Robert L. est accusé, aujourd’hui, d’avoir abusé de ses propres enfants, petits-enfants, ainsi que d’autres membres de la famille ou de l’entourage, sur une période s’étalant de la fin des années 1980 jusqu’en 2022.

Placé en détention provisoire à l’automne 2022, Robert L. reconnaît partiellement certains faits.

Il dit avoir été lui-même victime d’abus sexuels durant son enfance.

Dans sa vie, il a été confronté à la justice à quelques reprises, notamment pour des vols et pour violences conjugales.

À l’audience devant la cour criminelle, son profil interroge et son comportement interpelle.

Face aux accusations, aux témoignages de ses proches, il multiplie les dénégations.

Pourtant, devant la juge d’instruction, il semblait reconnaître a minima les faits.

Face à la cour, il est revenu en grande partie sur ses déclarations, en indiquant notamment :

“Oui, je l’ai dit, mais je ne l’ai pas fait.”

Ce qui fait d’autant plus réagir, ce sont ses attitudes : rictus, marmonnements…

“Mettez vos mains autre part !”, lui lance l’avocat général lors du visionnage de la vidéo où on le voit abuser de sa petite-fille de 10 ans.

“Ce sont des conneries !” a-t-il également lancé face aux accusations.

“Tout le monde me décrit comme quelqu’un qui touche les enfants, c’est horrible”, déclare-t-il avant d’ajouter : “On ne mérite pas ça.”

Comme dans la plupart de ces dossiers, il avancera la théorie du complot familial.

Laurence R., la mère qui savait ?

L’épouse de Robert L. est née en 1972 à Libourne.

Aujourd’hui, elle est poursuivie non pas pour des faits de violences sexuelles directes, mais pour non-dénonciation de crimes et de mauvais traitements sur mineurs.

Elle est sans profession.

Beaucoup racontent qu’elle aurait vécu sous l’emprise d’un mari violent.

“Elle était son otage”, indique notamment la maman de Marine*, victime présumée d’un viol de la part de l’individu alors qu’elle n’avait que 4 ans.

Elle rencontre Robert alors qu’elle n’a que 16 ans.

Très vite, le couple déménage, fonde une famille et achète une maison dans le Gers.

Depuis l’achat, la relation amoureuse devient conflictuelle.

Un divorce est engagé.

Laurence R. aurait eu connaissance, dès les années 1990, de comportements sexuels incestueux de son époux, notamment à l’encontre de leur propre fille.

Malgré les soupçons, les scènes rapportées, les faits dénoncés, Laurence R. n’aurait jamais déposé plainte.

Certains proches la décrivent comme une femme dure, violente avec ses enfants.

“Il y avait un martinet posé sur la table pendant le repas”, se souvient Marine.

Face à la cour, elle est prostrée, presque effacée devant le récit, les témoignages et les expertises. Une attitude qui contraste avec celle de l’accusé.

Placée sous contrôle judiciaire depuis novembre 2022, Laurence R. conteste une partie des accusations.

Défendue par Me Philippe Roseau, elle demeure, tout comme Robert L., présumée innocente, mais encourt cinq ans de prison.

Ce mardi 3 février, la justice devra trancher face à des témoignages déchirants.

“On n’a pas fait grand-chose…”, “oui”, “non”, “je ne me rappelle pas…”

Il bafouille, conteste, revient sur la plupart de ses déclarations.

Ce lundi 2 février, au troisième jour d’un procès éprouvant devant la cour criminelle du Gers, les parents de trois jeunes victimes ont livré des témoignages marqués par la peur, la sidération et l’impuissance.

Face au bourreau présumé, le grand-père, ils ont dit l’indicible.

“Ce sont des monstres”, témoigne la mère des plus jeunes victimes, âgées de 3 et 10 ans lorsqu’elles auraient subi les abus de l’accusé.

Dans son témoignage, la belle-fille de ce dernier se tourne vers le box :

“Robert, il faut que tu assumes […] Tu le dois à tes enfants et à tes petits-enfants.”

Un témoignage poignant

Louise*, à la voix encore innocente de son âge lors de l’audition à la Maison de protection des familles, peine à verbaliser ce qu’elle aurait vécu.

Gênée, elle parvient néanmoins à décrire les faits sur une feuille.

“Le soir, il m’a réveillée, il a fermé la porte…”, dit-elle avant d’écrire : “Il mettait son zizi dans ma partie intime.”

Elle confie à l’enquêtrice :

“J’en ai parlé à mamie, elle ne m’a pas crue.”

Plus tard, elle décide de filmer son agression.

“Ce n’est pas bien qu’il ait fait ça. C’est pour ça que j’ai pris des photos et des vidéos. Pour que tout le monde soit au courant. Pour montrer à mamie.”

Ces vidéos ont été diffusées jeudi 29 janvier dans la salle d’audience.

Des images difficiles à regarder, mais constituant une preuve déterminante.

Louise est catégorique :

“Tout ce qu’il a fait avec moi, il l’a fait avec ma petite sœur […] J’étais un peu triste, je l’aimais bien, mon papy.”

Dans le box, des larmes apparaissent.

La cour interroge alors Robert L. sur ces déclarations.

Face à elles, ses enfants quittent la salle, submergés par la colère ou la peur de l’exprimer.

“J’ai dit n’importe quoi”

Durant ces trois jours, l’accusé a contesté la majorité des faits.

Pourtant, lors des auditions précédentes et face au juge d’instruction, il avait reconnu des agressions sexuelles sur ses petites-filles.

“J’ai dit n’importe quoi”, affirme-t-il désormais.

Dans ses propos, il se perd, révèle avoir commis des faits puis se ravise.

Il jette ensuite la faute sur son appareil auditif, indiquant ne pas avoir saisi les questions précédemment posées.

L’audience est lunaire.

Il conteste les viols, tout en reconnaissant des agressions sexuelles sur sa petite-fille de 10 ans.

Un assesseur l’interroge :

– Vous êtiez amoureux de votre petite fille ?
– Dans un sens, oui.

Stupeur dans la salle.

“On s’entendait bien”, “j’aimais bien sa manière de parler, de bouger”, poursuit-il, provoquant un certain malaise dans l’assemblée.

Son épouse, Laurence R., poursuivie pour non-dénonciation, reconnaît a minima les faits :

“Je m’en veux.”

Me Sandra Vazquez, Me Emmanuel Tandonnet, Me Nicolas Ruinier-Caubet, Me Philippe Morant-Castelnaud et Me Marie Gomes plaideront avant les réquisitions de l’avocat général, Noémie Paysant.

Me Joy Morton et Me Philippe Roseau assureront la défense des accusés face aux traumatismes subis par celles et ceux qui avaient placé leur confiance en celui devenu leur bourreau.

Le procès pour inceste et viols dans cette famille gersoise s’est conclu par de lourdes condamnations.

Après cinquante ans de silence et de souffrances, Robert L. et Laurence R. ont été reconnus coupables, ce mardi 3 février à Auch, par la cour criminelle du Gers.

Rythmée par les allers-retours dans la salle et le ballet des robes noires face aux magistrats, la cour criminelle du Gers a vécu, ce mardi 3 février, sa dernière journée d’audience dans le procès de Robert L. et Laurence R.

Jugés depuis le 29 janvier pour des faits d’inceste, de viols et non-dénonciation qui ont touché douze victimes sur trois générations, les accusés faisaient face à un moment décisif pour leur avenir : celui des plaidoiries et des réquisitions.

Un moment où les mots tentent de donner forme à l’indicible.

Cinquante ans de violences dans le huis clos familial

Les cinq avocats des parties civiles ont tour à tour rappelé ce qui a conduit les deux accusés devant la cour : cinquante années de viols répétés et d’agressions sexuelles, commis dans un huis clos familial où le silence s’est imposé comme une loi.

Une famille enfermée dans le déni et la peur.

Certains faits sont prescrits.

Mais la cour a fait face à “une famille qui vit emprisonnée, dans le traumatisme”, résume Maître Marie Gomes qui a ouvert le bal des plaidoiries.

Maître Nicolas Caubet-Ruinier, avocat de Marine*, est revenu sur l’emprise exercée par l’accusé et sur la “trahison” subie par sa cliente dans un moment de vulnérabilité.

“Nous avons tout tenté durant trois jours : la confrontation, l’émotion, les questions”, rappelle-t-il. Malgré cela, Robert L. est resté muré dans le silence et les dénégations.

“Un mur qui ne parle pas, qui ne cède pas”, ajoute l’avocat toulousain.

Pour la nièce du sexagénaire, Maître Emmanuel Tandonnet a parlé sans concession :

“Il n’y a pas de pardon pour Robert L.”

Une phrase lourde, à l’image de la souffrance exprimée à la barre par les victimes durant trois jours.

Maître Philippe Morant-Castelnaud, représentant les parents de Jessica*, est revenu sur le choc de la révélation de la plus jeune victime :

“On veut nous faire croire qu’une enfant de 3 ans a pu inventer ?”

Maître Sandra Vazquez, pour les parents de Louise* à l’origine des vidéos, a dénoncé les tentatives de minimisation et les explications qu’elle qualifie de lunaires, évoquant notamment la vidéo visionnée en audience où l’on voit l’accusé violer sa petite fille alors âgée de 10 ans.

Comme elle estimait que son papy lui faisait du mal et que sa manie ne la croyait pas, elle avait décidé de filmer son martyr.

Maître Marie Gomes, avocate de l’un des fils de Robert L., a rappelé l’absence totale de limites de l’accusé :

“Il n’en connaissait aucune, ni celle du droit ni celle de la morale.”

Et de marteler :

“Douze vies brisées, douze vies meurtries, douze vies torturées.”

L’intensité des plaidoiries a parfois fait vaciller le calme du prétoire.

Lors d’une suspension d’audience, certaines victimes ont laissé éclater leur colère à l’extérieur du tribunal, provoquant de légères tensions après une plaidoirie.

Un moment bref, nécessitant l’intervention de la sécurité, mais révélateur d’une rage enfouie depuis des années.

En début d’après-midi, est venue l’heure des réquisitions.

Noémie Paysant, avocate générale, en défense des intérêts de la société, a posé une question centrale dans un réquisitoire chirurgical :

“Comment n’a-t-on pas pu le voir ?”

En réponse, elle évoque la banalisation de l’inceste et des violences, qui aurait empêché les enfants de parler.

Un exposé des faits millimétré.

Sans aucun doute sur la culpabilité des accusés, elle requiert vingt ans de réclusion criminelle assortis d’une période de sûreté aux deux tiers contre Robert L., et cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour Laurence R.

Un verdict qui met fin à des décennies de calvaire

La défense a ensuite pris la parole.

Maître Philippe Roseau et Maître Joy Morton ont eu la lourde tâche de défendre ceux qui se tenaient dans le box des accusés.

Un exercice peu évident.

Faut-il plaider l’acquittement ?

Jusqu’au dernier moment, difficile de le savoir.

Comment défendre l’indéfendable ?

“Ma robe n’est pas une armure infranchissable”, entame Maître Roseau, plaidant pour Laurence R.

“Oui, elle a eu connaissance des actes”, concède-t-il, évoquant une situation d’emprise et de contrainte, et demandant un acquittement qu’il estime “logique”.

Maître Joy Morton, de son côté, a soulevé plusieurs éléments à décharge de Robert L., rappelant son enfance difficile et soulignant l’absence de preuves matérielles pour certains chefs d’accusation.

“La certitude doit conditionner le jugement”, insiste-t-elle, estimant que le doute doit profiter à l’accusé et demandant l’acquittement pour les faits de viols.

En dernier, les accusés ont pris la parole.

“Je regrette le mal que j’ai fait aux gosses”, déclare Robert L. “Je demande pardon”, ajoute Laurence R.

Des regrets qui n’ont pas pesé dans la balance du jugement.

Après plusieurs heures de délibéré, le verdict tombe : Laurence R., qui comparaissait libre, quitte le tribunal menottes aux poignets après avoir été condamnée à 5 années de prison dont 3 avec sursis.

Robert L. est déclaré coupable de l’ensemble des faits et condamné à 18 années de réclusion criminelle avec une période de sûreté aux deux tiers et un suivi socio judiciaire pendant 15 ans.

S’ajoutent les interdictions de contact, une inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes…

Un verdict qui met un terme judiciaire à un demi-siècle de violences sexuelles commises au sein d’une même famille.

*Prénoms d’emprunt

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