Mont-de-Marsan | F. Akaighe portera un bracelet un an pour agressions sexuelles

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Pédocriminel En liberté

« Il dit que les victimes sont coupables : ce comportement s’assigne à une culture du viol »
Quatre ans de prison, dont trois avec sursis, ont été prononcés contre Francis Akaighe, ex-greffier du tribunal de commerce de Mont-de-Marsan, jugé ce mardi 24 mars au tribunal judiciaire de Bayonne, pour des agressions sexuelles sur huit femmes, dont certaines mineures.

À la barre du tribunal judiciaire de Bayonne, les femmes racontent chacune le même scénario, le même vécu.

« Il me convoquait dans son bureau. Il fermait la porte à clé. Il se rapprochait de moi pour m’enlacer. Il me serrait contre lui et tentait de m’embrasser. Il se frottait à moi pour que je sente son sexe. J’étais tétanisée », racontent-elles.

Ce mardi 24 mars 2026, Francis Akaighe, 67 ans, ancien greffier du tribunal de commerce de Mont-de-Marsan, était jugé pour agressions sexuelles sur huit femmes, dont plusieurs collègues et certaines mineures, entre 2014 et 2021, et pour harcèlement sexuel sur l’une d’entre elles.

D’autres femmes ont évoqué les mêmes faits mais n’avaient pas déposé plainte. Il a profité de sa fonction pour les agresser sexuellement.

Un « pisteur de gazelles »

La première alerte remonte à 2017, lorsqu’une plainte est déposée contre lui, pour agression sexuelle. Francis Akaighe s’était vu signifier un simple rappel à la loi.

En 2020, le procureur de Mont-de-Marsan reçoit un courrier dénonçant une nouvelle agression, de la part d’une gérante d’une entreprise. Elle s’était rapprochée du greffe du tribunal dans le cadre d’un redressement judiciaire.

« Dès le premier rendez-vous, il s’est montré très tactile. Il m’a prise dans ses bras. J’ai pris ça pour de la gentillesse. Le deuxième rendez-vous, il m’a agrippée sans un mot dès que je suis entrée dans son bureau. Il m’a prise par les fesses et m’a soulevée, avant de se frotter à moi et me faire des bisous dans le cou. J’ai dû le repousser avec mes coudes », témoigne-t-elle devant les juges.

Dans le cadre de l’enquête, confiée ensuite au parquet de Bayonne, les collègues de Francis Akaighe ont été entendues. Plusieurs femmes ont évoqué les mêmes faits, dont deux stagiaires de 3e qui parlent de « main baladeuses » ou de « bise bizarre ».

L’homme a la réputation d’être un « séducteur » et un « coureur de jupons ». Il se décrivait comme un « pisteur de gazelles ».

Le greffier du tribunal de commerce de Mont-de-Marsan, Francis Akaighe, a été mis en examen il y a un an pour agressions sexuelles. Depuis, environ dix victimes se sont manifestées.

Une collègue, qui le côtoie depuis 1989 au tribunal, a subi ses comportements toutes ces années. Elle a relaté un épisode où il l’a bloquée contre une armoire pour se coller à elle, en 1999.

« J’ai toujours été mal à l’aise avec lui. Il ne peut pas s’en empêcher, c’est viscéral », assure-t-elle.

Toutes racontent leur état de « sidération », les pleurs en sortant de son bureau, le sentiment de culpabilité, de honte, de colère et de « dégoût ». Aujourd’hui, elles en gardent des séquelles psychologiques. Certaines se souviennent encore de son parfum qui restait sur leur peau.

Elles n’ont pas déposé plainte plus tôt par « peur de représailles », de perdre leur travail ou de ne « pas être crues », en raison de son statut. Cela se passait toujours lorsqu’elles étaient seules avec lui, dans son bureau.

L’une des victimes, une Bayonnaise qui avait 18 ans, assure qu’elle a été dissuadée de dénoncer les faits, pour qu’elle puisse retrouver un travail dans le milieu judiciaire.

Francis Akaighe a été placé sous contrôle judiciaire. Il a interdiction de se rendre au tribunal. Au moins cinq victimes ont été identifiées

Face au tribunal, Francis Akaighe, costume beige et carrure imposante, réfute les agressions et dénonce des « mensonges ». Il se dit « sidéré » par les témoignages et parle de gestes de « consolation ».

« Il m’arrivait de prendre dans les bras les justiciables si je voyais un état de détresse, pour les réconforter, par humanisme. Si je ferme la porte, c’est pour des raisons de confidentialité », explique-t-il.

Pour lui, aucun geste ni propos ne sont à connotation sexuelle. Il se considère même comme « trop gentil ».

« Culture du viol »

Les quatre avocats de la partie civile ont dépeint un « prédateur sexuel qui a saisi la faiblesse de chacune » et qui avait de l’emprise sur elles.

« Il dit que les victimes sont coupables : ce comportement s’assigne à une culture du viol », selon Me Sébastien Binet.

Pour sa consœur, Me Priscilla Le Daniel-Piovesan,

Ses clientes « ont été réduites à des objets sexuels. Dès qu’il sent qu’elles ont un moment de faiblesse, son emprise augmente ».

La procureure, Fanny Fournier, a regretté que le prévenu ait « remis en cause la parole des victimes ». Pour elle, les faits ont été commis par contrainte et par surprise. Elle a requis quatre ans de prison dont deux ans avec du sursis simple.

L’avocat du prévenu, Me Jacques-Brice Momnougui, a défendu « un homme qui a bâti sa vie à la force du travail, malgré le racisme qu’il a subi, en tant qu’homme noir et africain. Il n’était absolument pas protégé ». Pour lui, aucune agression sexuelle n’est caractérisée. « On ne condamne pas sur des paroles. »

Le tribunal a prononcé une peine de quatre ans de prison dont trois avec sursis probatoire, la partie ferme étant aménagée sous surveillance électronique, ainsi qu’une obligation de soins, d’indemniser les victimes et une interdiction définitive d’exercer la profession de greffier.

 

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