Portugal | L’histoire de « Twinkle », le plus grand pédocriminel portugais
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 20/05/2026
- 14:23
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C’était le Dieu tout-puissant sur internet, administrateur de l’une des plus grands sites pédocriminels au monde. « Les films et les photographies pédocriminels étaient très brutaux », dit Ricardo Vieira à CNN Portugal.
« “Twinkle”, en 2017, était la personne la plus recherchée dans le monde en matière de pédocriminalité».
Qui le garantit est Ricardo Vieira, inspecteur de la Police Judiciaire (PJ).
Mais « Twinkle » était une ombre, n’avait pas de nom, pas de visage, pas de nationalité.
« D’après ce qu’on savait, il pouvait être états-unien, allemand, italien, français, parce qu’il parlait toutes ces langues, écrivait »,
ajoute João Santos, lui aussi inspecteur de la PJ.
« C’était un individu que tous les pays voulaient identifier, arrêter, retirer de la circulation », renforce Ricardo Vieira.
Derrière lui se trouvaient Europol, Interpol et même la police australienne. Le pédocriminel gérait la page “Babyheart”, dédiée aux abus sexuels sur des bébés et des enfants de zéro à cinq ans. Il l’a créée en novembre 2015.
« Des enfants étant abusés, sous toutes les formes sexuelles que tu peux imaginer et de celles que souvent les gens n’imaginent même pas »,
décrit Ricardo Vieira.
« Nuno [Melo] disait qu’il aimait ces âges, précisément parce qu’elles ne s’en souviendraient pas plus tard. Comme elles étaient tellement petites, ces souvenirs se perdraient », pointe João Santos.
« Twinkle » était contrôlant, impitoyable avec les règles.
« C’était le genre d’individu qui faisait deux tours de rond-point, contrôlait les voitures qui venaient, passait des feux rouges pour voir s’il était suivi, prenait note des plaques d’immatriculation. Super, super, super contrôlant »,
explique João Santos.
Il connaissait bien la loi portugaise et s’en vantait :
« Les lois d’ici sont les meilleures d’Europe pour les criminels. C’est pour ça que la mafia italienne et les pédocriminels d’Europe choisissent le sud du Portugal pour habiter »,
avait-t’il écrit sur un forum.
“L’une des façons qu’il avait de se protéger dans ce monde interdit était de couvrir le visage des enfants avec des émojis.”
Et « Twinkle » ne s’arrêtait pas uniquement à ses crimes, puisqu’il encourageait aussi d’autres à faire de même et leur donnait même des astuces.
« Lui-même enseignait aux autres abuseurs comment on peut se protéger pour ne pas être pris », dit Ricardo Vieira.
« Et s’il pensait que quelqu’un pouvait commettre une erreur, il le banissait tout de suite », ajoute João Santos.
Mais avec les enfants ce n’était pas un “méchant loup”.
« Il n’y avait pas de violence, il n’aimait pas la violence, il était contre la violence », indique João Santos.
Et Ricardo Vieira renforce :
« Nous parlons de quelqu’un qui arrive à captiver les plus jeunes, les amenant à pratiquer ces actes comme s’ils étaient normaux. Nous parlons d’enfants, nous ne parlons pas de jeunes, nous parlons d’enfants qui n’ont pas encore six ans. Et cette facilité qu’il avait était une autre caractéristique de sa personnalité ».
Avec la naissance des neveux et nièces il a obtenu libre accès aux victimes.
« J’ai plusieurs enfants dans ma famille, enfants d’amis et de voisins. Mais abuser est facile, produire pas autant. Ça n’arrive seulement quand j’emmène [les enfants] au parc, je reviens un peu plus tôt et j’ai un peu de temps pour abuser pendant qu’[ils / les parents] ne sont pas encore arrivés », écrivait « Twinkle ».
« Twinkle » avait cette caractéristique de s’occuper, de donner de l’attention, de donner de l’amour, de donner de la tendresse à ces enfants. Nous parlons de choses basiques, d’un repas de fast-food, nous parlons de bonbons et il profitait de cette situation pour réussir à garder le secret », ajoute Ricardo Vieira.
« Twinkle » faisait ce qu’il voulait avec les enfants, ils étaient négligés par la famille
« Ce sont des familles déstructurées, elles étaient contentes lorsqu’il se chargeait de garder les enfants, parce que les gosses aimaient être avec lui, ils s’amusaient », pointe João Santos.
Et ce manque d’attention des familles a aussi aidé à cacher tous les crimes pratiqués, même quand ils étaient physiquement visibles.
« Les marques physiques qui peuvent exister d’abus sexuels répétés , qui laissent des marques visibles dans certaines situations — parce que nous parlons d’abus sévères —, si personne ne regarde, si personne ne prend soin de cet enfant, ces marques finissent par passer inaperçues. Cette négligence qui existait sur ces enfants a conduit à ce que les abus puissent aussi se perpétuer plus longtemps », dit Ricardo Vieira.
La PJ est entrée dans ce domino en avril 2017, à partir de l’autre côté de l’Atlantique. Ricardo Vieira explique que ce fut « dans le cadre d’une enquête en cours au Brésil sur un individu arrêté qui faisait aussi partie de ce site ».
« C’est un excellent travail réalisé par Interpol, encore une fois : ils ont comparé les photographies saisies dans l’univers illicite avec celles qu’ils parvenaient à retrouver sur le web “normal”. Des bouts de vêtement, le motif d’une courtepointe… ils assemblent tous ces minuscules indices, puis les placent à côté de ses doigts… Parce que ses doigts, en plus d’être longs, présentaient une pigmentation différente : ici, elle était plus claire »,
se souvient João Santos.
Les pièces commencent à s’emboîter et ensuite tout se lie. Ricardo Vieira rappelle que l’investigation a commencé à s’affiner et à pointer vers un profil Facebook d’un citoyen portugais. Curieusement, de toutes les langues qu’il parlait, c’est le portugais qui l’a trahi.
« L’un des messages dit qu’il a déjà été arrêté dans le passé et qu’on lui avait saisi un ordinateur avec deux disques très importants et que l’un d’eux lui a coûté les yeux de la tête à récupérer. Or, “m’a coûté les yeux de la tête” à récupérer est une expression idiomatique qui n’est pas habituellement attribuable aux autres pays qui parlent portugais »,
souligne João Santos, parlant ici de l’une des clés pour l’avancée de l’investigation et pour arriver à l’identifier.
« Twinkle » avait, après tout, un nom, Nuno Melo, un visage, une identité. À 25 ans il vivait dans une maison dans un village aux alentours de Águeda avec ses parents. Près de 10 ans plus tard, dans le village de Cheira, peu ou prou rien n’a changé.
Par là, tout le monde connaît Nuno Melo et donc personne ne veut se mêler de l’affaire. Les parents vivent toujours au numéro 560. C’est ici que, le 20 juin 2017, a été arrêté le plus grand pédocriminel portugais.
« C’était une maison qui donne l’impression d’avoir été construite au fur et à mesure, l’espace là-dedans a évolué. Après être entrés, c’était un espace très confus, avec l’accumulation de différentes choses, comme si c’était presque de la ferraille. Dans ce fatras, nous avons du perquisitionner un espace de 500 m2 », explique Ricardo Vieira.
À 07:00, la PJ et le FBI ont enfoncé la maison, ont trouvé
« Twinkle » encore au lit.
« Allongés au lit avec lui se trouvaient deux enfants qui avaient passé la nuit avec lui », se souvient Ricardo Vieira.
« Il avait emmené les enfants se promener la veille, il les avait emmenés manger un Happy Meal, ils se sont amusés et ensuite ils sont allés dormir là-bas à la maison », ajoute João Santos.
Nuno Melo d’abord a nié, ensuite il a tout avoué.
« Il n’a pas eu la moindre possibilité de résister, n’a pas eu possibilité de fuite. C’est lui qui nous a rendu ce disque, de sa propre et libre volonté. Il était caché à l’extérieur de la maison », explique Ricardo Vieira.
« Il s’est enfoncé 300 mètres dans une forêt touffue d’eucalyptus … Moi si j’y retournerais, je n’arriverais à m’y retrouver, mais lui y est arrivé sans problèmes et a dit : “Là-bas sous ce tronc il y a un trou, vous creusez et il y a tout”. Il y avait un sac, scellé, avec un téléphone, deux disques durs… », continue João Santos.
Le Dieu tout-puissant est tombé. « Twinkle » était physiquement un individu frêle. C’était un individu qui passerait inaperçu pour la majorité de la population, qui a une posture toujours, je dirais presque soumise, c’est quelqu’un qui est affable dans le traitement quotidien, mais c’est une des caractéristiques de ce type de prédateur », explique Ricardo Vieira.
« “Comment veux-tu que l’on t’appelle, Nuno ou ….‘Twinkle’ ?” », avaient demandé les inspecteurs. Et c’est là que le criminel comprit ce qui se passait vraiment.
« Ce monde où il existait, dans lequel “je suis le plus grand, je suis très important dans ce monde, tous veulent parler avec moi, tous me respectent”, il a compris que ce monde était fini. Il redeviendrait ce qu’il était, c’est-à-dire un individu, qui avait une petite vie et qui allait cesser d’être quelqu’un d’important »,
décrit João Santos.
C’est ce jour-là que l’Opération Domino est née, dont le nom Ricardo Vieira aide à expliquer : « Parce que c’étaient des pièces de domino qui tombaient et qui entraînaient les autres. Le jour de l’arrestation de “Twinkle”, s’est traduit par deux arrestations. Il existait un autre individu, également recherché par toutes les autorités au niveau mondial, dont nous ne savions pas quelle était sa nationalité, et nous avons découvert que cet individu était aussi un individu portugais ».
« “Twinkle” nous dit même “je devais rencontrer aujourd’hui “The Forgotten”, si vous voulez, je vous l’amène” », se souvient João Santos.
« Ils avaient un rendez-vous, ils allaient prévu de passer quelques jours ensemble dans une maison avec piscine, où “Twinkle” emmènerait deux enfants et cet autre individu emmènerait aussi deux enfants, qui étaient sa propre fille et son beau-fils », explique Ricardo Vieira.
« “on va partager les enfants, on va faire une orgie” »,avaient-ils convenu.
Sauf que les autorités ont réussi à éviter ces crimes, dans une arrestation qui a mis fin à « Twinkle » dans une affaire qui l’a conduit à être condamné à 170 ans de prison. La peine maximale réelle est de 25 ans. Il purge sa peine dans la prison de Carregueira, à Sintra.
Avec l’arrestation de « Twinkle », plus de pièces de ce domino sont tombées :
« Il nous a donné plusieurs individus. Des pédocriminels ont été arrêtés au Canada, en Australie, au Brésil, en Slovénie et d’autres pays », explique João Santos.
Mais dans ce monde sordide, le travail de la police ne s’arrête jamais, au moins jusqu’à ce qu’il y ait un échec et mat. Et cet échec et mat a été fait à « Twinkle », mais combien d’autres pièces de l’échiquier continuent de se tenir debout ?
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