Allier | Un « chasseur de pédocriminels » condamné à Moulins pour agressions sexuelles sur une fillette

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Pourquoi le chéri de maman me touche la zézette pendant le câlin avant le dodo ?
Un beau-père, informaticien autodidacte et spécialiste de cybercriminalité. a été condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis probatoire, assorti d’obligations, pour agression sexuelle sur l’une des filles de sa compagne d’alors.

C’est le soir. Un papa divorcé a cette discussion très importante avec ses trois petits :

« Ce qui est dans votre culotte ou votre boxer, c’est votre intimité, personne ne doit y toucher ».

Sa fille, 6 ans, répond, les sourcils froncés :

« Mais pourquoi le chéri de maman, il me touche la zézette pendant le câlin avant le dodo ? »

Branle-bas de combat. Le papa appelle la maman, qui demande elle aussi à sa fille ce qui se passe.

« Pour mimer les actes, elle s’est allongée par terre », relate la mère.

« Je crois ma fille, qui nous dit que ça se passe tous les soirs depuis ses 5 ans entre cinq et dix minutes. »

La fillette confirme ses dires en audition, en rajoutant que l’homme « ne disait rien ».

La mère vivait depuis trois ans en concubinage avec cet homme de 39 ans, investi dans l’éducation de la fratrie et avec lequel elle a eu un autre enfant. La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a des violences et de l’alcool.

De fil en aiguille, le dossier, jugé en audience correctionnelle le 7 janvier, semble s’étoffer : le prévenu aurait aussi eu des gestes déplacés envers le petit frère, mais aussi envers son bébé à l’heure du biberon. Une baby-sitter, une adolescente, l’accuse également d’attouchements.

« J’étais dégouté de moi-même »

Le beau-père est confronté. Il nie d’abord, avant de reconnaître une partie des faits et de tenter de se suicider. Dans le coma, il est hospitalisé en urgence, puis en psychiatrie. Deux jours après sa sortie, fin juin 2025, il est placé en détention provisoire.

Dans sa lettre de suicide, il dénonce « l’accumulation de faits » et reconnaît une seule des agressions sur sa belle-fille :

« J’étais dégouté de moi-même. Je ne me reconnais plus. C’est quelque chose qui est très grave, je ne peux pas expliquer, je ne me l’explique pas. Je travaille avec un psychologue pour comprendre ce geste. Je ne sais pas si on peut décrire ça comme une pulsion, c’est quelques secondes ». Sa belle-fille, alors « ne dit rien, ne bouge pas ». Il n’a « absolument pas pris du plaisir ».

S’il admet avoir embrassé sa nièce de 10 ans quand il en avait 23, il « conteste » une attirance physique pour les jeunes enfants. Il accuse son ex de grossir le trait.

« Elle se sert de ces faits pour réclamer de l’argent. Par vengeance d’un viol qu’elle a subi auparavant. Ma belle-fille doit répéter ce que quelqu’un lui a dit de dire. Pour preuve, je commets cet unique fait et il est rapidement dénoncé. Pourquoi aurait-elle attendu si longtemps pour parler du reste ? ».

La mère avance :

« Elle le considère comme un second père. C’est difficile pour elle ». Il reste plus longtemps dans la chambre de la fillette, par rapport aux autres enfants : « Elle a toujours beaucoup de questions à poser ».

Les enquêteurs essaient de récupérer les fichiers de la caméra installée dans le couloir, mais ils semblent avoir été « effacés ». Le jour de la révélation des faits, cinq actions ont été effectuées sur l’application liée aux caméras.

Le prévenu est informaticien autodidacte et spécialiste de cybercriminalité.

Les enquêteurs fouillent et trouvent : une note supprimée contenant des liens vers des sites pédocriminels, ainsi que vingt fichiers montrant des images de filles mineures dénudées générées par IA.

« J’ai fait des recherches de sites pédocriminels pour les dénoncer. J’ai effacé les données, car ça m’aurait rajouté des trucs. Je fais aussi des recherches sur les malware, sur le phishing… J’envoie des signalements sur la plateforme Pharos ».

Une mission dont « personne n’est au courant » dans son entourage. Par ailleurs, le prévenu est intervenu auprès d’organismes pour faire de la prévention contre la pédocriminalité. « Je suis du côté de ceux qui dénoncent, je ne m’explique pas mon geste », répète-t-il.

Le procureur est « surpris » :

« Vous avez une passion pour chasser les pédocriminels sur la toile. Nous, au parquet, on voit plein de dossiers, on garde pas les photos et on n’a pas une passion pour y retourner sur notre temps libre. Comment expliquer que vous n’ayez pas de répulsion ? »

Il a été condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis probatoire, assorti d’obligations, notamment celle de se soigner.

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