Paris | Un enseignant accusé par plusieurs enfants dans une école maternelle privée

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Pédocriminel En liberté

Ce professeur, qui encadrait les cours de sport à l’école Tocqueville, dans le XVIIe arrondissement
Illustration | École maternelle et élémentaire du groupe scolaire privé Fénelon-Sainte-Marie à Paris - Google Maps
Il a été suspendu en mai à la suite d’une plainte. Alors que plusieurs enfants ont fait des déclarations similaires ces derniers jours, les parents découvrent qu’un premier signalement avait eu lieu dès septembre 2023.

Ils sont des dizaines à affluer vers l’amphithéâtre du collège du groupe scolaire privé Fénelon Sainte-Marie, à quelques centaines de mètres de l’école Tocqueville (XVIIe), où leurs enfants sont scolarisés. S’ils sont invités par l’établissement à la veille de ce week-end de janvier, c’est bien pour aborder un sujet dont tous se seraient bien passés.

Alors qu’ils entrent dans le bâtiment par grappes, quasiment aucun n’accepte de s’exprimer avant cette réunion.

« On attend simplement de la clarté »

, lâchent tout juste deux d’entre eux.

Ces derniers jours, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans cette école catholique privée située à deux pas de la station Villiers. Un enseignant en charge du sport est accusé d’agression sexuelle sur au moins deux élèves de maternelle.

Surtout, ces derniers jours, ces parents ont découvert que c’était loin d’être la première fois que ce professeur se retrouvait dans la tourmente. En mai dernier, l’homme, embauché en septembre 2020, avait déjà fait l’objet d’une plainte pour des faits à caractère sexuel.

Et ce n’est pas tout.

En septembre 2023, la direction avait été informée par des parents de faits suffisamment graves pour que des mesures soient prises.

À la suite de cet échange entre parents et direction, la décision avait été actée d’embaucher une Atsem pour assister l’enseignant durant toutes ses interventions avec les maternelles et éviter qu’il soit seul avec eux.

Alors que le professeur exerçait également auprès d’élèves de CE 1 et CE 2, la direction n’a pas jugé nécessaire d’appliquer les mêmes règles en élémentaire.

« L’enquête interne n’avait pas mis en exergue d’infraction caractérisée »

Alors que les parents de cet élève ont fait le choix de ne pas déposer plainte, la direction, elle, n’a pas estimé qu’il fallait faire remonter l’information au parquet de Paris, conformément à l’article 40 du code de procédure pénale.

« L’enquête interne n’avait pas mis en exergue d’infraction caractérisée »

, justifie la porte-parole de l’établissement.

L’homme âgé d’une cinquantaine d’années a donc continué d’exercer au sein de l’école jusqu’au mois de mai 2025 et le dépôt de cette fameuse plainte. La direction de l’établissement a cette fois choisi de le mettre à pied, avant son licenciement un mois plus tard.

À ce moment-là, les parents n’ont pas été informés des motifs de sa suspension.

Il faudra attendre qu’un autre élève parle, huit mois plus tard, pour que l’information se propage. À tel point que la direction a décidé d’informer officiellement l’ensemble des parents dans un courrier adressé ce mercredi.

« Nous partageons pleinement l’émotion, l’inquiétude et le profond bouleversement que cette situation suscite légitimement », insiste la direction, en invitant les parents à la réunion d’information de ce vendredi.

« Nous sommes conscients que la discrétion observée jusqu’à présent a pu susciter incompréhension, frustration ou colère chez certains parents, est-il écrit. Nous l’entendons. Il est toutefois essentiel de rappeler que l’établissement a suivi scrupuleusement les directives de la brigade de protection des mineurs. »

La Brigade de protection des mineurs aurait transmis les mêmes directives à la MJC de Colombes, où le professeur de sport dispense des cours de baby karaté à des enfants de 4 et 5 ans. À la suite de cette plainte déposée en mai 2025, la MJC a été interrogée par le service de police spécialisé sur le comportement de ce professeur qui exerce depuis vingt ans dans la structure.

« On n’a jamais eu de signalement le concernant »

, indique la direction.

À la suite de cette plainte, l’enseignant se serait mis en arrêt maladie, évitant ainsi à la MJC de Colombes d’être confrontée à la question d’une éventuelle suspension.

En revanche, à la rentrée de septembre, il est décidé de continuer à faire appel à ses services, la direction considérant ne pas avoir suffisamment d’éléments qui justifieraient une éviction.

Pour l’instant, il n’est pas suspendu de la MJC où il donne des cours de baby karaté

Ce n’est que trois mois plus tard que l’enseignant aurait informé la MJC Colombes du classement sans suite.

« Le document attestant de ce classement sans suite nous a été transmis ce jour »

, indique la direction.

Contacté, le parquet de Paris n’a pas été en mesure de nous répondre avant la publication de notre article concernant la suite donnée à cette plainte.

Alors que plusieurs parents ont interrogé la structure sur le cas de ce professeur, ce vendredi après-midi, la MJC Colombes estimait à nouveau ne pas avoir suffisamment d’éléments pour prononcer la suspension immédiate du prof de baby karaté.

« Une réunion est prévue demain (samedi) avec des parents, on fera une communication ensuite », conclut-elle.

Le groupe scolaire Fénelon Sainte-Marie indique de son côté qu’« un réexamen approfondi des procédures internes a été engagé afin d’identifier les faiblesses de nos process, de renforcer les dispositifs de prévention, de signalement et de protection des élèves, et de garantir la bonne information des parents ».

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