Paris | Edward H. jugé pour complicité de viol et de traite d’êtres humains sur des enfants
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 11/05/2026
- 11:20
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Des viols d’enfants filmés contre quelques milliers de pesos.
Ainsi se dresse la sordide toile de fond du procès qui s’ouvre à la cour criminelle de Paris, ce lundi 4 mai, pour deux jours.
A la barre, comparaissant libre sous contrôle judiciaire, un dénommé Edward H.
Ce retraité britannique septuagénaire vivant en France depuis quinze ans est jugé pour «complicité de viol commis sur mineur de moins et plus de 15 ans», «complicité de traite d’être humain aggravée», ainsi qu’«enregistrement, détention, consultation et importation d’images pédocriminelles».
Une affaire qui gravite dans les marges du «live streaming», pratique par laquelle des hommes occidentaux pédocriminels commandent et achètent, à distance, des viols d’enfants face caméra souvent commis par les proches de ces derniers, dans des pays en développement.
Système d’exploitation des plus pauvres, et parmi les plus pauvres, des plus faibles, le live streaming se déploie massivement aux Philippines depuis quelques années.
A la veille du premier confinement, en février 2020, l’adresse IP de Edward H. passe pour la première fois dans le radar des enquêteurs.
Un signalement, effectué sur Pharos – portail permettant la remontée aux autorités des contenus internet suspects -, alerte sur les messages d’un certain «Eddie», sur un site de rencontres.
L’intéressé réclame à son interlocutrice, localisée aux Philippines, des images de violences sexuelles sur des enfants.
Quelques mois plus tard, rebelote : le Centre national américain pour les enfants disparus et exploités (NCMEC), en lien notamment avec Yahoo, signale à la police française l’envoi de plus d’une dizaine de mails, provenant de la même adresse IP, contenant des images d’enfants asiatiques subissant des viols.
«Enfant des rues»
Au cours de l’enquête, d’importants transferts d’argent vers les Philippines sont découverts, à hauteur de plus de 4 300 euros en dix mois.
La saisie du matériel informatique du ressortissant anglais permet de constater la présence de dizaines de milliers de fichiers pédocriminels sur plusieurs disques durs.
Ainsi que 17 000 messages sur un compte WhatsApp, entre janvier et mai 2021, où sont évoquées sodomies et fellations sur des enfants.
La nature de ces messages est glaçante.
D’après les enquêteurs, ils prennent la forme de négociations autour de l’âge des enfants, des actes d’attouchements et de viols qui devront leur être imposés et du prix des vidéos (autour de 50 euros chacune).
Ainsi, en février 2021, le compte lié au numéro de téléphone de Edward H. précise être intéressé par des enfants de 2 et 4 ans subissant notamment fellations et pénétrations.
Deux mois plus tard, il est écrit d’une petite fille de 11 ans pratiquant une fellation qu’elle «est trop vieille».
Au mois de mai, un message demande à voir des pratiques incestueuses sur un enfant de 9 ans.
Le même jour, toujours sur ce même compte, figure la commande d’un viol sur un enfant qui doit être plus jeune que 17 ans.
Il peut s’agir, y est-il précisé, d’un «enfant des rues».
Confronté, en audition, au contenu de ces messages, l’homme livre des versions fluctuantes.
Tantôt reconnaissant la commande de vidéos de jeunes contre rémunération, se disant «dégoûté de lui-même», tantôt revenant sur ses déclarations.
Les envois d’argent, a-t-il pu expliquer, seraient consécutifs à une demande d’aide de ses interlocuteurs philippins et non à une commande explicite.
Et de lâcher malgré tout, au sujet de ces images tournées à l’autre bout du monde, qu’elles ne sont pas «tangibles».
Prouver le lien de cause à effet
En France, un jalon historique a rendu très concrète la conséquence de telles commandes en ligne – si toutefois elles étaient avérées dans ce dossier : en novembre 2024, Bouhalem Bouchiba, ex-graphiste de Pixar, a été condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour «complicité de viol par instigation» et, pour la première fois, complicité de «traite d’êtres humains», au lieu d’une seule condamnation pour détention d’images pédocriminelles.
Preuve que la justice tend désormais à considérer que les consommateurs de live streaming participent activement, par leurs commandes, au recrutement et à l’exploitation d’enfants.
Tout l’enjeu, au cours de ce procès, portera donc sur la question d’un lien de causalité entre les messages envoyés et la commission des viols d’une part, et la participation à un réseau d’exploitation d’autre part.
Avec cette difficulté : dans ce dossier, les vidéos n’ont pas été visionnées en direct, par webcam, comme c’est en théorie le cas dans la pratique du live streaming, mais préenregistrées.
«Or, sans visionnage en direct, il est plus difficile de prouver ce lien de cause à effet», reconnaît Guillaume Auzanneau, avocat de l’association Ecpat, ONG française luttant contre l’exploitation sexuelle des enfants, constituée partie civile.
Restent les conversations et les nombreuses images de violences sur des tout-petits, qui seront donc disséquées à l’audience.
Le tout, sans la présence des victimes.
Car bien qu’au cours de l’enquête, les autorités philippines aient fait savoir qu’un entremetteur avait été interpellé et trois victimes, dont deux mineures, mises à l’abri, ces dernières n’ont pas été formellement identifiées.
Quant à Edward H., il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.
Sa défense, contactée, n’a pas souhaité commenter l’affaire en amont du procès.
Sources : Libération – Telegram | Protection de l’Enfance
Retraité accusé de complicité de viol sur des enfants philippins – de nouveaux éléments provoquent le renvoi du procès
En raison de l’arrivée tardive de nouvelles pièces faisant état de transferts d’argent, le tribunal a décidé, ce mardi 5 mai, de renvoyer le procès du septuagénaire, déjà entamé à la cour criminelle de Paris.
Il est des lignes d’arrivée qui tardent à être franchies. Celle du procès d’Edward H., retraité britannique accusé d’avoir commandé des viols d’enfants philippins en ligne, est repoussée sine die.
Alors que les débats étaient bien avancés à la cour criminelle de Paris, où il était jugé pour complicité de viol et de traite d’êtres humains, le tribunal a décidé, ce mardi 5 mai, de renvoyer le procès à une date ultérieure en raison du versement de nouvelles pièces au dossier.
La veille, dans l’après-midi, alors que la cour débutait l’examen des faits reprochés au septuagénaire, une fonctionnaire de police était invitée à déposer à la barre. Membre du groupe «mineurs victimes» de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, l’enquêtrice a évoqué des réquisitions faites à l’application de transfert d’argent à l’international Wise, installée sur le téléphone de l’accusé.
Ces réquisitions, dit-elle, auraient abouti à la confirmation de la création d’un compte, par Edward H., le 18 février 2021, ainsi qu’à plusieurs versements d’argent vers les Philippines pour un montant total de 520 euros.
Or ces résultats, issus d’une commission rogatoire demandée et réalisée avant la clôture de l’enquête, sont arrivés trop tardivement. Et ne figurent donc pas au dossier servant de base au débat contradictoire.
Une absence d’autant plus dommageable que les preuves formelles pouvant déterminer la complicité de viol, c’est-à-dire établissant un lien direct entre des commandes formulées par WhatsApp et la commission effective des viols, manquent cruellement sur la courte période de prévention retenue par le droit pénal français.
Cette dernière, s’étalant dans cette affaire du 1er août 2020 au 28 mai 2021, ne comportait jusqu’alors aucune trace de paiement.
«Ecueil de la justice»
L’avocat général, Aurélien Brouillet, rompu aux dossiers de pédocriminalité et de «live streaming» en particulier, visiblement désappointé par ce contretemps majeur, a ainsi reconnu :
«Cette commission rogatoire a abouti à des résultats pertinents pour toutes les parties, à charge et à décharge, et ils ne sauraient faire l’objet d’une lecture rapide.»
Et de déplorer un «écueil de la justice». Au total, ce sont cinq juges professionnels, un avocat général, une greffière et deux interprètes défrayés qui auront été mobilisés sur une journée entière… pour pas grand-chose. Car le nouveau procès, bien entendu, reprendra les débats au point de départ.
Reste l’épineuse question de l’audiencement. Pour des raisons de contraintes calendaires et d’engorgement des juridictions criminelles, le mis en cause, déjà âgé de 75 ans, devrait attendre de longs mois supplémentaires avant d’être jugé.
Il reste jusque là placé sous contrôle judiciaire.
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