Strasbourg | Condamnés pour avoir aidé deux mineurs à se prostituer

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La prostitution de mineurs est un fléau dans notre pays
Une ancienne escort et un de ses amis ont été condamnés, pour « avoir aidé » deux mineures de 15 et 17 ans à se prostituer dans un Airbnb du quartier des Poteries à Strasbourg durant trois jours. La jeune femme a fourni le logement et son ami a proposé de de les protéger contre rémunération.

Une ancienne escort et un de ses amis ont été condamnés, ce jeudi 30 avril en comparution immédiate, pour « avoir aidé » deux mineures de 15 et 17 ans à se prostituer dans un Airbnb du quartier des Poteries à Strasbourg durant trois jours.

La jeune femme a fourni le logement et son ami a proposé de les protéger contre rémunération.

Deux jeunes vingtenaires comparaissent ce jeudi 30 avril pour proxénétisme aggravé.

Il leur est reproché d’avoir aidé deux mineures à se prostituer, l’une en leur louant un logement et en leur créant un compte sur un site d’escorts contre 40 euros, l’autre en offrant sa protection contre une commission de 30 %.

À la barre, la prévenue – qui vendait également ses charmes à l’époque – raconte comment elle a rencontré les jeunes filles.

« Elles étaient dans un appartement sur le même palier. Je suis allée frapper à leur porte pour leur demander de faire moins de bruit, pour ne pas avoir de problèmes avec les voisins. Rose (*) a ouvert la porte. Il y avait deux garçons. Plus tard, elles sont venues me demander de l’aide car elles avaient peur de ces garçons. Je leur ai proposé de venir dans mon logement où elles pourraient poursuivre leur activité en sécurité. »

Rose lui aurait indiqué qu’ils leur avaient « volé » leurs comptes sur un site d’escorts et qu’elle voulait en créer un autre.

« Je lui ai donné mon téléphone et je lui ai expliqué la démarche. C’est elle qui a géré ensuite. »

Contrairement aux dires des deux adolescentes, elle certifie n’avoir jamais rien perçu en échange de son assistance.

Une vulnérabilité utilisée

À l’instar de son amie, Yahya Bougoffa – incarcéré depuis deux mois dans le cadre de ce dossier – affirme avoir toujours été convaincu de leur majorité.

« Elles disaient avoir 18 et 19 ans. Elles m’ont montré la photo de leur carte d’identité sur leur portable. »

Les victimes seraient « venues d’elles-mêmes » pour lui demander d’assurer « leur sécurité », en attendant sur le balcon ou dans une pièce à côté lors des visites de clients.

« Elles m’ont dit “on te donne 30 %” », relate-t-il.

Me Charlotte Barby, conseil de Rose par le biais de l’association Themis, dresse le parcours chaotique de cette orpheline de père et de mère.

« Elle avait déjà mis un pied dans la prostitution avant », admet Me Barby.

Les prévenus lui ont fait croire qu’avec eux, « ce serait mieux, plus encadré… »

Mais de son propre aveu, ça s’est révélé « être l’usine ».

Me Marie Elgard témoigne « du regard vide » de la plus jeune, de son ambivalence, pour qui la sexualité est décrite sur le mode utilitaire.

« Elle transpire la vulnérabilité. »

Une vulnérabilité dont se sont servis les prévenus, dont elle pointe le manque d’empathie.

« Ils ont abîmé deux enfants »

Les premiers mots de la procureure Marie-Claude Weiss sont à destination des victimes.

« Ces deux mineures sont dans la souffrance. Le pronostic pour elles est sombre », observe-t-elle, réclamant une sanction ferme contre les mis en cause : « Ils ont abîmé deux enfants », dénonce-t-elle.

En défense, Me Maxime Bordron insiste sur la prise de conscience de sa cliente quant à « la gravité des faits et du caractère irresponsable » de ses agissements.

Me Xavier Metzger rappelle que Yahya Bougoffa « n’a jamais obligé ces jeunes filles à se prostituer.

Il n’a rien organisé du tout.

Ce n’est pas lui qui gère les rendez-vous avec les clients […]

C’est un opportuniste pendant deux – trois jours.

Il a proposé d’assurer une pseudo-protection » et « toucher de l’argent qui ne provenait pas de son propre dur labeur », résume Me Metzger.

Le jeune homme a été condamné à douze mois de prison dont six mois avec sursis probatoire, avec maintien en détention.

Sa co-prévenue a été sanctionnée par huit mois de prison avec sursis probatoire.

Tous deux ont une interdiction de contact avec les victimes, l’obligation d’indemniser les parties civiles à hauteur de 1 500 euros chacun.

Les juges ont constaté leur inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

(*) Le prénom a été modifié.

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