Paris | 18 mois de sursis pour un photographe pédo
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
oui
Pédocriminel En liberté
- 20/03/2026
- 18:22
L’image est saisissante. Sur le banc des parties civiles, trois jeunes femmes blotties ensemble, qui se réconfortent quand il le faut. En face, un homme dont l’attitude fuyante cache mal le malaise. Il ne les regarde pas, ou furtivement. Le décor : la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris. On est loin des soirées bulles, robes à paillettes où Sébastien Z. pavoisait en compagnie des prétendantes du concours de Miss Montmartre, dont il était le fondateur et organisateur.
Ce mercredi 8 octobre, il n’est plus question d’agapes, mais de procès.
Entre 2021 et 2023, l’homme de 48 ans aurait profité de son statut pour obtenir des photos dénudées ainsi que des faveurs sexuelles de la part de plusieurs participantes au concours.
Elles sont trois jeunes femmes à témoigner contre lui au tribunal. Et six, au total, à avoir porté plainte. Les faits ? Harcèlement sexuel (deux victimes), corruption de mineur et atteinte à l’intimité de la vie privée.
Avec, systématiquement, « une attitude de prédateur, un mode opératoire », décrit la procureure.
Première étape : téléphoner à une jeune femme pour lui annoncer son choix de l’élire Miss Montmartre. Puis lui proposer (avec insistance) des shootings photos, d’abord habillés, puis dénudés, moyennant rémunération. Car le fondateur de miss Montmartre est aussi photographe à ses heures perdues.
« Tu n’as pas une fille chaude du cul pour un shooting ? », demande-t-il un jour à un confrère.
Il est aussi question de sollicitations de nature sexuelle dirigées vers des jeunes femmes « ayant moins de la moitié de votre âge », précise le président.
Celles qui refusent sont évincées du circuit, on leur retire leur titre.
« Claudy, le photographe lubrique et sans talent du film Dikkenek »
À la barre, Sébastien Z. répond en bredouillant :
« Je reconnais les faits (…) Je m’en excuse sincèrement. J’ai fait une grave erreur. »
Avec sa silhouette bonhomme sous sa veste noire, son teint blafard, sa bouche sans lèvres et ses cheveux noirs peignés, il y a chez lui des airs de « Pingouin », le personnage de Batman. L’avocate des victimes, Me Anne-Sophie Laguens, y voit plutôt « Claudy, le photographe lubrique et sans talent du film Dikkenek ».
Cela colle plus avec la description qu’en fait Ava Wlady. Elle n’a que 16 ans quand Sébastien Z. lui annonce la bonne nouvelle : « Tu es Miss Montmartre ! » S’ensuit une proposition de shooting photo, comme avec les autres, qu’elle accepte à condition que sa mère soit présente.
Refusé par Sébastien Z., qui cherche quand même à l’inviter à Deauville pour « dormir avec lui dans une chambre d’hôtel »… Ava n’ira pas.
Ludivine, autre victime, se voit, elle, embarquée dans une autre tourmente : la rumeur. Tout juste élue Miss Montmartre, Sébastien Z. fait courir le bruit qu’ils « couchent ensemble ». Tout est faux. Les messages à caractère sexuel envoyés avec insistance, eux, sont bien vrais.
Chacune des victimes explique avoir pris ses distances avec les concours de Miss, se méfiant également des photographes avec lesquels elles travaillent.
Il reste une question dans cette affaire. Comment l’organisation a-t-elle pu laisser opérer Sébastien Z. sans voir ses dérives, dénoncées fin 2023 ? Il semblerait que l’association derrière l’événement, le Petit Montmartre, ait laissé les coudées franches au quadragénaire photographe, sans rien trouver à redire sur son fonctionnement… et sa manière de choisir ses Miss, seul et sans véritable jury.
« Et on ne comprend pas très bien en quoi ce concours fait rayonner Montmartre », s’alerte Me Laguens, qui décèle plutôt un « prétexte pour que Sébastien Z. puisse approcher des jeunes femmes », parfois mineures.
Quinze mois de prison avec sursis
Relancé par le président, l’homme à la barre bredouille encore, « ne trouve pas [ses] mots ». Mais l’assure : « jamais » il n’a envisagé « sérieusement » d’avoir des relations sexuelles avec les Miss. En ce sens, il ne se trouve de problème particulier sur aucun plan.
Ce n’est pas ce que retient le tribunal, qui prononce une injonction de soins avec suivi psychologique. Sébastien Z. écope de quinze mois de prison assortis d’un sursis probatoire de deux ans, et interdiction d’exercer une activité professionnelle auprès de mineurs.
Sans doute en raison d’une enquête de police trop vite expédiée et d’un manque de preuves réunies, seuls deux faits (harcèlement sexuel et corruption de mineure) ont été retenus. Depuis sa garde à vue fin 2023, Sébastien Z. dit avoir coupé tout lien avec le Petit Montmartre et vit cloîtré chez lui, loin des podiums.
L’élection de Miss Montmartre, elle, a repris en début d’année, « sur de nouvelles bases », nous a confié en marge de l’audience son nouveau directeur.
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