Charente-Maritime | « On n’a pas été leurs enfants, on a été leurs choses »

non

« Jessica était profondément convaincue que tous les enfants faisaient ça avec leur père »
la-cour-d-assises-de-charente-maritime-se-reunit-a-saintes-300x150-6711740
La Cour Criminelle départementale condamne ce 17 septembre à 20 ans de prison le père et beau-père, 60 ans, et 9 ans la mère, 40 ans, pour des centaines de viols incestueux commis sur leurs trois filles.

Mardi 16 septembre, devant la cour criminelle de Charente-Maritime, les trois filles des accusés, victimes de viols incestueux, sont venues raconter leur jeunesse volée. La veille, c’était au tour des deux ex-belles-filles de l’accusé

C’est du fait de ce Normand, arrivé en Charente-Maritime au milieu des années 1990.

Il est accusé de viols incestueux sur ses belles-filles, Ludivine (1) et Julie, de 1992 à 2003 ; puis ses propres filles, Jessica, Soline et Estelle, de 2012 à 2015 mais aussi entre 2019 et 2020 pour la benjamine.

C’est grâce à cette dernière, lanceuse d’alerte, que son père se retrouve dans le box des accusés, à la suite d’un signalement en octobre 2021.

La mère des jeunes filles, âgées de 20, 19 et 17 ans aujourd’hui, devait répondre de complicité de viols et de corruption de mineurs.

Lors de ses interrogatoires par la cour, l’accusé, un homme chétif, a du mal à reconnaître ses actes, que ce soit sur ses belles-filles ou ses propres filles. Pour les premières (dès 5-7 ans), on parle de pénétrations péniennes dans la salle de bains, dans leur chambre… Pour les secondes (dès 3-7 ans), les faits reprochés concernent des attouchements, fellations, masturbations et des pénétrations péniennes.

« Vous avez commis des centaines d’actes de viol sur toutes ces petites filles, on ne dénote aucune conscience morale de votre part »

, insiste Franck Wastl-Deligne, le président de la cour.

« Même les pleurs de votre enfant ne vous ont pas fait prendre conscience de vos actes. »

Tête basse, mine grise, le sexagénaire répond, comme souvent au fil des débats :

« Je ne me l’explique pas du tout. »

Alors oui, l’homme reconnaît les faits, certains avec difficulté : « si elle le dit, c’est que c’est vrai ».

En revanche, sur la question de la pédophilie, il nie.

Pourtant, les experts psychologues et psychiatres l’ont relevé dans leurs rapports : « une personnalité narcissique, pédophilique et particulièrement perverse ».

« Pourquoi ne pas le reconnaître ? »

, questionne le président.

« Je n’y arrive pas »

, répond l’intéressé, qui s’est déresponsabilisé de façon quasi automatique.

Me Foulon ne nie pas « les gestes odieux » de son client.

« Il y a peut-être des circonstances atténuantes »

, pointant le foyer dysfonctionnel dans lequel il a grandi « avec de la sexualité partout ».

Du côté de son ex-femme, la mère de Jessica (2005), Soline (2006) et Estelle (2008), avec qui il est séparé depuis 2015, les explications ne sont pas plus limpides.

À l’instar de son coaccusé, la quadragénaire a souffert de grandes carences affectives dans sa jeunesse. Ça ne peut expliquer pourquoi elle a laissé agir son mari sous ses yeux. Et même être partie prenante.

« Oui, je n’ai rien fait pour que ça ne se passe pas »

, concède celle qui a été aussi très violente avec ses filles.

Le couple est décrit comme ayant une sexualité déviante : rapports sexuels devant les enfants, avec leur participation au fil du temps.

Était-elle sous son emprise ? Selon elle, oui. Mais, encore une fois, les expertises disent le contraire.

« Monsieur est un grand manipulateur, assène Me Priou, l’avocate de la mère. Il l’a été avec ma cliente, qu’il a rencontrée lorsqu’elle avait 18 ans. Elle était sans expérience sexuelle. Petit à petit, il en a fait sa complice et elle voulait le satisfaire. »

Les quatre avocates des parties civiles ont chacune dépeint un portrait touchant de leurs clientes. Comment chacune d’elles a été manipulée et abusée par cet adulte.

« Jessica était profondément convaincue que tous les enfants faisaient ça avec leur père »

, développe Me Cantal.

Pour les trois plus jeunes, la présence de leur mère lors des viols a « banalisé les faits ».

Au cœur de ce procès, il y a le rôle essentiel joué par la benjamine, Estelle, la lanceuse d’alerte.

« Sans qui on ne serait peut-être pas là », pointe Me Adouzi.

Il est indéniable que la jeune fille a fait preuve d’un courage immense pour dénoncer les agissements de son père, de sa mère, qui ont abouti ce mercredi à une décision de justice qui, espérons-le, leur permettra d’avancer.

Au terme de trois heures de délibéré, la cour criminelle de Charente-Maritime, réunie à Saintes, a décidé de condamner leur bourreau, âgé de 60 ans, à 20 ans de réclusion criminelle pour ses crimes (sûreté aux deux tiers de la peine).

Son ex-femme écope, elle, d’une peine de 9 ans. Elle dort désormais en prison.

Dix-huit et dix ans avaient requis par l’avocate générale.

(1) Afin de protéger l’anonymat des victimes, leurs prénoms ont été modifiés.

 

Source(s):