Saint-Omer | 20 ans de prison pour viols et violences sur 3 de ses enfants et son épouse

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Violé de ses 4 ans à ses 12 ans « soit environ 620 viols »
C’est une décision très rare qu’a prise la Cour d’assises de Saint-Omer, ce mercredi matin, en choisissant la peine maximale pour R. M., qui a violé et violenté trois de ses sept enfants et sa femme à Hesdin et Marconne.

Ce qui suit peut impressionner, mais n’a, hélas, rien d’exceptionnel. La plupart des pères incesteurs violent des centaines, voire des milliers, de fois leurs victimes.

Dans ce cas, les viols ont été chiffrés pendant le procès et reportés – pas toujours le cas – par la journaliste de la Voix Du Nord. Juste ça.

Le “moment d’égarement” popularisé par deux films français aussi indignes l’un que l’autre tient plus du mythe que de la réalité la plupart du temps.

C’est une décision très rare qu’a prise la Cour d’assises de Saint-Omer, ce mercredi matin, en choisissant la peine maximale, 20 ans de prison, pour Rabah Mokhtari, qui a violé des milliers de fois et violenté trois de ses sept enfants ainsi que son épouse à Hesdin et Marconne.

« Il dit qu’il faut chercher qui a fait ces bleus à sa femme et qu’on trouvera le reste. J’ai trouvé : c’est lui. Le coupable est dans le box, devant moi », clame l’avocate générale de son pupitre en regardant Rabah Mokhtari droit dans les yeux.

Celui-ci, jusqu’au bout, maintient une thèse selon laquelle « quelqu’un est entré dans sa maison » pour commettre les viols et violences sur trois de ses enfants et sa femme, dont il doit répondre, depuis lundi, devant la cour criminelle de Saint-Omer.

Il ne se départit qu’à peine de son air narquois pendant le réquisitoire.

« Je crois les enfants », martèle l’avocate générale,

qui note la cohérence des terribles témoignages des victimes livrés en début de semaine à la barre, corroborés par les témoignages et les examens médicaux.

« Rendre la crédibilité aux victimes »

En début d’audience, ce mercredi matin, Maître Bridoux, avocate de Djamel*, 22 ans aujourd’hui, a qualifié son client de « survivant ».

Elle a rappelé le calvaire qu’a été l’enfance de ce garçon « au courage exemplaire », que chacun décrit comme « hyper crédible ».

Il a été violé plusieurs fois par semaine de façon ritualisée de ses 4 ans à ses 12 ans – « soit environ 620 viols » –, et sa plainte, tout comme celle de sa sœur, a été deux fois classée sans suite.

« À treize ans, il a pris sa plus belle plume pour écrire au procureur et contester la décision. C’est dire s’il a besoin de justice. »

Maître Fidjel, avocat de Sophie, sa mère, et de ses deux sœurs, Leïla* et Malika*, a, lui aussi, rappelé « la souffrance » de ses clientes.

Celle de Sophie, « sous emprise totale », devenue « la chose » de son mari, « insultée, battue, droguée, violée », celle de Leïla, « extrême », celle de Malika, au comportement devenu autoagressif.

« Je vous demande de rendre la crédibilité à des victimes qui n’ont pas été crues pendant des années. »

« Des explications lunaires »

Quand l’avocate générale entame son réquisitoire, elle commence par évoquer le cas de Sophie.

« Il la tenait comme on tient un chien en laisse. »

Elle qualifie Rabah Mokhtari de « tyran domestique ».

« Si Sophie H. n’a pas protégé ses enfants, c’est parce qu’elle n’a pas pu. C’est une femme fantomatique, c’est à peine si on la voit, si on l’entend. Elle était enfermée dans un couple pathologique. »

Sur le banc, au premier rang, Sophie, que la culpabilité ronge encore, essuie des larmes.

Au sujet des accusations pesant sur Rabah Mokhtari, l’avocate générale relève les circonstances aggravantes du fait de la conjugalité et du caractère habituel des faits :

« Des viols quotidiens trois à quatre fois par jour, on parle de plus de 8 000 viols. »

Ne le lâchant pas du regard, elle pointe son attitude tout au long du procès :

« Il nie tout en bloc, avec cette explication lunaire de sa femme recevant des hommes qui la battraient et violeraient les enfants. J’ai perçu des rires dans la salle et en effet, c’est risible. »

« Le seul responsable, c’est lui »

L’avocate générale met tout de même la mère face à sa passivité :

« Vous saviez madame, vous avez choisi de vous taire par peur. Mais je crois les enfants », répète-t-elle encore.

Elle salue l’humanité de Madame D., l’assistante familiale, qui a su écouter la parole de Djamel.

Elle reconnaît les abus relatés par les victimes en tant que viols à caractère incestueux.

« Le seul responsable, c’est lui », ajoute-t-elle en regardant l’accusé.

L’avocate générale, reprenant le rapport de l’expert psychologue, rappelle son profil d’égocentrique, menteur, mythomane, manipulateur.

« Il a toisé tout le monde tout au long du procès. »

Elle estime « le risque de récidive maximal », « la prise de conscience nulle », pointe encore sa situation irrégulière sur le territoire français et son comportement en prison, « il tente de dicter sa loi aux codétenus, il n’a toujours rien compris », et conclut que la cour a affaire à « un être absolument dangereux, absolument pas réadaptable.

Il est inflexible ». Pour ce « dossier singulier », elle requiert vingt ans de réclusion criminelle, soit la peine maximale et l’interdiction définitive de séjourner sur le territoire français.

« Un être absolument dangereux »

La cour criminelle ne mettra pas longtemps à délibérer.

Elle suivra cette réquisition exceptionnelle en y ajoutant une peine de sûreté des deux tiers de la peine et la révocation des sursis d’un an et de six mois dont il bénéficiait.

« Vous allez faire vingt et un an et six mois de prison », a annoncé le tribunal.

L’accusé devra aussi verser, au titre du préjudice moral, 15 000 € à sa femme et 25 000 € à chacun des trois enfants.

À la demande de Malika, la cour a aussi autorisé celle-ci à changer de nom.

Désormais, elle portera celui de sa mère.

Les réactions à la sortie du procès :

« C’est pour vous une deuxième naissance »

Un sourire s’est dessiné sur les visages après la décision de la cour prononcée, un peu avant 13 heures, ce mercredi, dans la salle d’audience de la cour d’assises de Saint-Omer.

Dans les couloirs du tribunal, on a alors assisté à des scènes touchantes, comme celle de Véronique D., l’assistante familiale qui a aidé Djamel* à libérer sa parole et à se reconstruire.

Elle a réconforté la maman de celui-ci.

« Ça y est, vous allez pouvoir avancer à présent et profiter de la vie. »

Jusqu’au bout, cette femme exceptionnelle, habitant à la Calotterie, aura été un soutien pour cette famille abusée.

Djamel, enfin reconnu victime après tant d’années de lutte et deux classements sans suite de sa plainte, s’étonnait du manque d’expression de son père suite au prononcé de sa peine. Fiancé, il va enfin pouvoir avancer vers son avenir.

Véronique D. et Sophie sont reparties du tribunal ensemble, avec Malika*.

Celle-ci, reconnue victime, va donc changer de nom.

Le président expliquera que c’est une décision très rare dans une cour criminelle. Il le lui a dit :

« C’est pour vous une deuxième naissance. »

Sa mère, Sophie, s’est dite « touchée qu’elle porte mon nom ».

Ce procès aura suscité de fortes émotions. Sa robe de magistrate retirée, la jeune avocate générale ne cachait pas son émotion :

« C’est la première fois qu’une cour me suit parfaitement dans mon réquisitoire. »

 

Les prénoms ont été changés par mesure de confidentialité.

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