Rhône | 15 ans de prison pour avoir drogué sa compagne sous l’influence de Dominique Pelicot
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 21/06/2026
- 15:19
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Quinze ans de prison pour Anthony E., garde du corps de profession et au profil de gendre idéal
Cet homme de 39 ans a finalement reconnu avoir drogué sa compagne, sous l’influence de Dominique Pelicot, à qui il avait proposé de la violer avec lui, à Lyon.
Il détenait aussi des images à caractère pédocriminel.
« Chapeau bas, madame »
C’est par ces mots, et après avoir donné lecture d’un extrait du livre de Gisèle Pelicot, que l’avocat général au procès d’Anthony E. a souhaité démarrer son propos, ce vendredi, rendant un « hommage appuyé » au courage de Marie (le prénom a été modifié) de renoncer au huis clos.
L’ex-compagne de l’accusé, liste le magistrat, a été « instrumentalisée, dégradée, humiliée, chosifiée en simple accessoire sexuel, livrée aux fantasmes pervers » de cet homme de 39 ans, jugé depuis jeudi devant la cour criminelle du Rhône pour avoir diffusé depuis des années des clichés intimes d’elle sur Internet, puis l’avoir violée et droguée, grâce aux conseils de Dominique Pelicot, mais aussi détenu des contenus pédocriminels.
Il a finalement été condamné à une peine de quinze ans de réclusion, là où le ministère public en réclamait douze.
L’ombre de « l’ogre de Mazan » aura ainsi plané sur ces deux jours d’audience, et jusque dans le réquisitoire, l’avocat général voyant dans les conversations des deux hommes, retrouvées lors de l’arrestation de Pelicot en septembre 2020, des propos de « prédateurs sexuels ».
« Ça m’excite de l’offrir à son insu comme une poupée vide-burnes », écrit ainsi Anthony E..
« Je suis ton homme (…) Il faut qu’on s’organise », répond le retraité, en détaillant son mode opératoire.
« C’est vous qui avez l’expérience, moi, je suis à la lettre.
Une fois endormie, je vous laisse le champ libre. Je veux juste pas qu’elle se réveille.
Si c’est bon, on pourra le refaire avec un ami à vous », lui écrit encore, très déférent, l’accusé.
Un scénario est préparé, une date envisagée. Mais les deux hommes ont toujours juré que le projet n’avait pas abouti, et l’enquête n’a pas permis d’étayer les soupçons de complicité qui avaient initialement conduit à l’interpellation d’Anthony E., en juin 2023.
« Plus qu’un disciple de Pelicot, je parlerais d’un alter ego », tranche ainsi l’avocat général, l’enquête ayant fait définitivement tomber le masque du « gendre idéal » chez cet accusé, si lisse en apparence, mais en proie à ses propres turpitudes.
« Jamais je n’aurais pensé qu’elle vivait avec son pire ennemi », a ainsi résumé le père de Marie, très entourée tout au long de cet éprouvant procès.
S’il s’en défend, tout démontre que c’est bien Anthony E. qui avait orchestré un harcèlement numérique sur sa compagne et mère de leur fils, dès leur rencontre en 2015.
« Je recevais des horreurs tous les jours sur les réseaux sociaux, tous les jours »,
a détaillé cette jeune femme brune à la barre, alors qu’un mystérieux usurpateur diffusait des clichés d’elle en lingerie, la faisant « passer pour une nympho » sur des sites libertins.
Ses plaintes n’avaient jamais été traitées par la police.
C’est pour démasquer le harceleur qu’Anthony E. dit s’être rendu sur Coco et y avoir rencontré Pelicot.
Un site dont il n’avait « jamais » entendu parler avant mais devenu sa « bulle de décompression » face à une sexualité de couple qu’il jugeait insuffisante.
« Et là, oui, je me suis mis à fantasmer, j’en suis pas fier. »
Il y rediffuse des photos, puis converse avec d’autres hommes en y tenant des propos orduriers.
« Ce n’est que du virtuel ! », martèle-t-il à la cour, malgré des conséquences concrètes :
Marie sera agressée à deux reprises dans son parking par un homme pensant avoir rendez-vous avec elle pour la « culbuter ».
Garde du corps de profession, Anthony E. propose alors de l’accompagner chaque jour au travail.
Bourreau et sauveur à la fois, il prétend que son propre téléphone a été piraté, accuse l’ancien compagnon de Marie, éteint ses interrogations d’un sentencieux :
« Comment peux-tu douter de moi ? »
C’est encore en menant l’enquête sur le site Coco qu’Anthony E. recevra très malencontreusement des contenus pédocriminels.
« Je les ai effacés tout de suite ! » se récrie-t-il, parlant d’un unique envoi, en contradiction avec l’expertise informatique.
Celle-ci a mis au jour bien d’autres contenus, montrant l’accusé commettre des viols sur sa compagne endormie dans des vidéos captées par son téléphone ou une caméra espion installée dans la chambre.
« Je n’ai jamais voulu violer ma femme, je voulais qu’elle se réveille ! » plaidait encore jeudi soir Anthony E.,
niant toute soumission chimique alors que les expertises capillaires de la victime démontrent l’inverse.
D’ailleurs, c’est « délicatement » et seulement « quelques secondes » qu’il aurait introduit un sex-toy en elle.
« On voit bien que je m’arrête ! Si je l’avais sédatée, alors pourquoi je m’arrêterais ? »
« La question, c’est surtout, pourquoi vous la filmez ? » rebondit la présidente.
« Je voulais me masturber en déplacement sur ma femme, pas une autre ».
« Mais ça n’est pas un objet sexuel, votre compagne ! » lui fait-elle remarquer.
Les vidéos des viols, qu’il finit par reconnaître comme tels, ne sont pourtant qu’un pan de la « perversité » et de la « dangerosité » de l’accusé soulignées par l’expert psychiatre.
La présidente de la cour, « pour le contexte », tient ainsi à inclure aux débats d’autres éléments en lien avec la sexualité de l’accusé.
Des séances d’onanisme filmées sur des effets personnels de la victime.
« La brosse à dents, le pot de crème, les chaussures, le sac à main, tout y passe… » lâche-t-elle, avant de demander la projection des vidéos.
Des extraits sidérants dans lesquels l’accusé passe une brosse à WC sur la carte d’identité de sa compagne, nettoie des toilettes de train avec ses sous-vêtements, urine sur un body en dentelle surmonté de son permis de conduire, se masturbe sur sa lingerie, ânonnant insultes et propos dégradants.
« Mmmm, la mère de mon fils », lance-t-il notamment avant le râle final.
La salle, écœurée, se bouche les yeux et les oreilles.
Marie, les yeux rougis face à ces horreurs qu’elle n’avait jamais vues, reste droite.
« Il y a quand même clairement une volonté de la salir… » pose à nouveau la présidente.
« Tout a été nettoyé avant que je les remette dans les placards, madame la présidente ! » proteste Anthony E., chemise blanche et verbe impeccable.
Changement de ton à la reprise de son interrogatoire, ce vendredi.
« Vous avez demandé à faire une déclaration, nous vous écoutons ».
Debout dans son box, menton tremblotant, Anthony E. s’élance :
« Je ne peux pas continuer comme ça, ça fait trois ans que je me persuade que je ne l’ai pas fait mais oui, à deux reprises, je lui ai donné des cachets, je le regrette, je demande pardon. »
Voix brisée, l’accusé poursuit son soliloque, regrettant d’avoir « tout détruit », et demandant à pouvoir revoir un jour son fils.
« J’accepterai ma peine, quelle qu’elle soit, je ne ferai pas appel. »
La cour ne l’a pas écouté.
En rendant son verdict, dans la soirée, celle-ci l’a déchu définitivement de ses droits parentaux et l’a condamné à un suivi sociojudiciaire de cinq ans à sa sortie de prison.
Quant à la peine, la cour l’a justifiée par la « gravité des faits, leur répétition, leur durée et la violence verbale » qui l’a accompagnée.
La cour s’est également dite « inquiète » par ses revirements, ses dénégations répétées, ses tentatives de pressions sur la victime, contactée par téléphone lorsqu’il était en prison, pour qu’elle change sa version.
Puis, chose rare, la présidente s’est adressée ensuite à Marie :
« La cour tenait à souligner votre courage et votre dignité tout au long de cette audience. Elle vous souhaite de revivre des moments heureux dans la suite de votre existence. »
Puis, dans un sourire :
« Peut-être avec un homme. »
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