Indre | Un père incestueux condamné à 30 de prison

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Il avait déja été condamné pour viols en 1996
« Parfaite froideur émotionnelle », « volonté de contrôle permanent », il donne corps aux descriptions des experts, lundi 1er juin, lorsqu’il fait face à la cour d’assises de la Nièvre. Face surtout à sa fille. Il l’a violée pendant six ans et continue d’essayer de la manipuler.

Voir l’Indrien de 58 ans dans le box des détenus la regarder avec insistance, comme un reptile scrutant une souris depuis son terrarium, donne le frisson.

« Le pervers a du pouvoir sur l’autre », rappelle la docteure Isabelle Ribeyrol-Alamome.

La psychiatre a formé une prédiction dans son rapport : avec lui, le risque de récidive est « élevé ».

D’autant qu’il y a déjà eu répétition.

En 1996, il viole une marginale de 16 ans, puis un jeune homme dans un foyer durant sa libération conditionnelle.

Il passe quatorze ans en prison, refait sa vie et cache ce passé à la femme avec laquelle il a deux enfants.

Ils se séparent en 2023, quand elle prend un emploi d’aide ménagère.

« Elle devenait trop indépendante », explique-t-il, sans percevoir le machisme de son propos.

Quelques mois plus tard, elle annonce à sa fille de 14 ans qu’ils ne s’entendent plus pour les droits de visite.

« C’est bien qu’il ne vienne plus. Comme ça, il ne me baisera plus. »

Elle monte en pleurs dans sa chambre.

« Il me viole… Il me viole depuis des années… »

« Je me rends compte qu’il faut que je parle »… et il ne dit rien de nouveau.

Ça commence à ses 7 ans.

Des « rapports systématiquement brusques ».

Il lui montre du porno pour qu’elle « apprenne », lui demande de simuler l’orgasme « en expirant fort et de manière saccadée », obtient la prescription de la pilule alors qu’elle rentre en sixième.

Au procès neversois, la culpabilité n’est pas en débat.

L’appel porte seulement sur la peine de trente ans prononcée en première instance à Châteauroux le 25 novembre 2025.

« Là-bas, j’ai gardé le silence », déclare-t-il, « parce que je ne voulais pas lui faire revivre. Mais je me rends compte qu’il faut que je parle, que je raconte ce qui s’est vraiment passé. »

« Vous maintenez qu’elle a pris du plaisir et qu’elle était heureuse de ces relations sexuelles ? »

Sa fille se fige.

La suite n’est pourtant pas nouvelle.

Il ne reconnaît rien entre 2016 et 2022 et seulement trois faits en 2023.

Son épouse « délaissant » (c’est son terme) le foyer, il se retrouve plus souvent seul avec l’adolescente.

« J’étais le pote, on se disait tout et ç’a été trop loin. Quelque chose en moi a fermé la porte papa.
— Vous maintenez qu’elle a pris du plaisir et qu’elle était heureuse de ces relations sexuelles ?
— Oui.
— À 13 ans ?
— Oui.
— Avec son père ?
— Oui. »

Déscolarisée depuis ses révélations, dans l’attente d’une prise en charge de son syndrome post-traumatique et d’une dépression sévère, la jeune fille tente de se suicider en mai 2025 en raison de « flashes trop envahissants ».

Quand elle s’avance à la barre, elle tient une feuille de classeur de sa main tremblante.

Elle lit cette lettre et l’émotion accélère son débit.

Seules quelques phrases sont intelligibles :

« J’espère que tu vas me laisser tranquille », « Le pire, c’est qu’au début du procès à Châteauroux, tu m’as fait deux clins d’œil », « Pourquoi t’es comme ça ? ».

« Pourquoi est-ce particulièrement difficile d’être là aujourd’hui ?
— Je sais qu’il a toujours une emprise sur moi et ça me fait peur. »

La perpétuité est requise pour « l’innommable »

Le reste de la journée est consacré à un nouvel examen de la personnalité de cet accusé dyssocial, narcissique, incapable d’empathie, comme le résume la psychiatre.

« La figure paternelle [il a eu un père violent et violeur] a empêché l’intériorisation. Il sait que ça n’est pas bien, mais ça ne raisonne pas en lui.
— Et ça ne raisonnera jamais ?
— Non, jamais. »

L’avocate générale Agnès Auboin requiert la perpétuité.

« Vous jugez l’innommable. Ce n’est pas un mot que j’emploie à la légère, c’est ce qu’elle a vécu. »

Elle salue le courage de l’adolescente et déplore l’absence d’excuses présentées par son père.

« Il n’y a pas de réinsertion possible. Avec sa sexualité pulsionnelle, il s’attaque aux personnes vulnérables ou il crée la vulnérabilité. »

« Il ne se résume pas à un casier », met en garde maître Sandrine Audeval. « Il s’est construit avec ce qu’on lui a infligé. Il n’a pas d’empathie, mais peut-on donner ce qu’on n’a jamais reçu ? Les viols de sa fille, c’est inacceptable, mais acceptez d’entendre qui il est. C’est ça, juger. »

Elle plaide contre « la mort assurée » de la perpétuité.

Il a le dernier mot.

« Je voudrais que tu me promettes une chose : t’en sortir. »

C’est la troisième fois du procès qu’il s’adresse directement à sa fille.

En parlant toujours de lui à travers elle.

Elle est bouleversée.

« Elle s’en sortira, mais pas pour toi », lance sa mère. « Viens, on sort. »

Il est condamné à trente ans de réclusion criminelle, dont vingt ans incompressibles.

La cour cite dans ses motivations son positionnement qui, en réalité, n’a pas évolué et sa dangerosité.

Un suivi sociojudiciaire est ajouté, avec injonction de soins.

Il aura 75 ans quand il pourra demander à sortir.

Il n’aura pas le droit de paraître dans l’Indre, ni de contacter sa fille.

Qui ne l’est plus.

Il est déchu de son autorité parentale.

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