Limoges | Condamné à 29 ans de prison pour 11 viols et 3 séquestrations par la Cour d’Assises

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Pour appâter ses proies, il se faisait passer pour les rappeurs MA2X et Lorenzo
29 ans de prison pour Benjamin Théodule, 34 ans, accusé de onze viols et trois séquestrations à Limoges. Pour appâter ses proies, il se faisait passer pour les rappeurs MA2X et Lorenzo ou un membre de leur entourage. Certaines des victimes étaient mineures.

La cour d’assises de la Haute-Vienne a retenu la culpabilité complète de Benjamin Théodule et décidé, dans son verdict rendu ce jeudi 30 avril en fin d’après-midi, d’une condamnation lourde.

Trente ans requis, 29 ans infligés. Une peine assortie d’une période de sûreté de 19 ans, durant laquelle il ne pourra pas sortir de prison.

Une condamnation, proche des réquisitions du parquet, et un soulagement pour les parties civiles, interrogées à la sortie de la salle d’audience.

« C’est une satisfaction, parce qu’on était un peu dans l’inquiétude pour certains des dossiers dans lesquels il y avait des preuves fragiles ou discutables. Je crois donc que c’est une satisfaction pour l’ensemble des parties civiles, en tout cas pour ma cliente, c’en est une, c’est sûr », assure Me Olivier Guillot, avocat de l’une des victimes.

Sur les 36 questions auxquelles les jurés devaient répondre pour décider de la culpabilité de l’accusé, seul un « non » a été prononcé. 35 « oui ».

Pour faire simple, Benjamin Théodule a été reconnu coupable de tous les faits pour lesquels il était poursuivi.

L’accusation a insisté, durant les débats, sur « la domination, la manipulation, le sadisme » du mode opératoire de ce « violeur en série ».

Les avocats de la dizaine de parties civiles ont aussi insisté sur l’importance de reconnaître le statut de victimes aux treize femmes.

« C’est un grand soulagement, puisque pour ma cliente, c’est véritablement un premier pas vers la reconnaissance de son statut de victime. Elle va enfin pouvoir commencer son travail de reconstruction. Ce n’est pas une page qui se tourne, mais c’est une première étape », a estimé Me Lise-Nadine Moreau, conseil de l’une des treize victimes, après que la décision a été rendue.

Outre les vingt-neuf ans de réclusion criminelle, la cour a également prononcé plusieurs peines complémentaires, dont un suivi socio-judiciaire de cinq ans avec une obligation de soins, de travail, de réparer les dommages causés, et de ne pas entrer en contact avec les victimes.

S’il ne respecte pas ce suivi socio-judiciaire, il encourt une peine de trois ans supplémentaires.

La cour d’assises de la Haute-Vienne a également prononcé la peine complémentaire obligatoire d’interdiction de porter une arme pendant dix ans, la privation du droit d’éligibilité pendant dix ans.

Son nom sera également inscrit au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

« Abasourdie » par la décision rendue, la défense n’a pas souhaité s’exprimer. Le trentenaire a dix jours pour faire appel.

Extrait d’un article de France 3 du 20.04.2026
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Tout commence le 16 août 2014 quand la mère de l’une des victimes se rend dans un commissariat du Loir-et-Cher pour dénoncer des abus sexuels commis sur sa fille, alors âgée de 19 ans.

Cette dernière va témoigner par téléphone avant de porter plainte quatre semaines plus tard. Elle explique avoir été contactée sur Facebook par un homme qui prétend être le “bras droit” du rappeur MA2X.

L’homme lui donne rendez-vous à la gare de Blois. Il aurait débarqué avec une moto, “cagoulé, casqué et muni d’un couteau”.

La jeune femme raconte avoir été violée, filmée, puis menacée au silence.

Les policiers de Rouen, l’homme habitant dans cette commune à l’époque, remontent progressivement vers le rappeur, qui n’a rien à voir avec cette histoire, puis vers Benjamin Théodule. Mais la justice ne va pas se saisir du dossier….

En février 2015, une autre femme décrit le même procédé : un homme se serait présenté comme étant le rappeur MA2X pour lui soutirer des photos dénudées avant de la menacer de les publier sur les réseaux sociaux.

Les enquêteurs identifient un certain Benjamin Théodule mais il ne sera jamais entendu….

« Elles n’ont pas été crues »

“C’est sûr que ça interroge”, nous répète Me Lise-Nadine Moreau, qui représente deux victimes.

“La société évolue, et les forces de l’ordre étaient moins formées en 2019. On observe un manipulateur, qui a manipulé les victimes, les policiers et la justice”, analyse l’avocate au barreau de Limoges.

Selon elle, le principal enjeu du procès sera de “reconnaître le statut de victimes à ces femmes qui n’ont pas été crues et qui sont inquiètes du verdict qui pourrait leur être défavorable”.

À Douai en février 2015, au Mans en 2019, à Paris et plusieurs fois à Limoges la même année.

Plusieurs femmes ont franchi les portes d’un commissariat pour dénoncer des actes similaires.

Les récits convergent : à chaque fois, un homme se fait passer pour le manageur, le cousin ou un proche de MA2X, et à de très rares occasions pour un avocat ou un autre rappeur, Lorenzo.

Il contacte les jeunes femmes via Snapchat, Instagram, Messenger ou Tinder. Il leur fait miroiter des shootings photos, des participations à des clips vidéo ou des rencontres avec le chanteur pour les appâter et entretenir des relations sexuelles.

Il dévoile son visage et son prénom

Ces faits liminaires et cette stratégie, il les a reconnus à plusieurs reprises, niant les accusations de viols et séquestrations, “car les relations étaient consenties, ce sont des filles qui disent facilement oui et elles savaient très bien qu’on allait avoir des relations sexuelles”, s’est-il défendu ce lundi 20 avril devant la Cour d’Assises.

Une fois sur place, les jeunes femmes sont conduites dans des chambres d’hôtel ou des appartements.

Et là, elles dénoncent toutes des pénétrations ou fellations forcées, dont de nombreuses sont filmées, des violences commises sur leur personne, parfois “des séquestrations pendant plusieurs jours”.

Puis la menace de tout diffuser sur internet, si elles se mettaient à parler.

Pendant huit ans, Benjamin Théodule est identifié par les enquêteurs à plusieurs reprises.

Il faut dire qu’il ne prend pas d’immenses précautions, dévoilant son visage auprès de plusieurs femmes au moment des faits, leur donnant son véritable prénom, les violentant lors de soirées en présence de plusieurs témoins.

Une garde à vue qui n’aboutit à rien

Le mis en cause est contacté par la police après une plainte déposée au Mans en 2019 pour viols et séquestration, mais il nie fermement.

Aucun examen gynécologique ou médical n’a été effectué. L’affaire est classée sans suite, pour absence d’infraction.

La même année, lors d’une audition à Paris, il confie “ne pas être étonné par son interpellation”, reprochant à la plaignante d’être “une nymphomane” et de “vouloir se venger” du fait que le shooting promis n’ait pas eu lieu.

Le parquet saisi estime que l’infraction n’est pas suffisamment caractérisée et classe le dossier.

Le 27 février 2020, Benjamin Théodule est interpellé dans un immeuble à Nevers.

Cette fois, la plaignante porte des traces de coups et indique que son agresseur a été griffé.

Placé en garde à vue pour la première fois, il reconnaît l’usurpation d’identité et la manipulation mais nie en bloc avoir violé la jeune femme, expliquant les traces sur les corps respectifs par des désirs “un peu brutaux”.

Une confrontation est organisée, l’homme reste sur ses positions et l’affaire est classée sans suite…..

Tout bascule en 2020. Une femme parvient à échapper à son violeur présumé et à contacter le 17, avant qu’il ne la laisse sortir.

Le parquet de Limoges se décide alors à confier l’enquête à la SRPJ de Limoges pour mener “des investigations plus étendues et plus soignées”, euphémise la présidente de la Cour d’Assises, après avoir cherché ses mots.

Appelé à la barre pour rendre compte de son enquête, le directeur de l’enquête évoque “un sentiment d’impunité d’être passé à travers à trois reprises” et use de sarcasme quand il parle du travail de ses collègues “qui n’ont pas émis de doutes suffisants” puis d’un ton de reproche quand il rappelle, “qu’ils ont demandé à la victime si elle avait pris du plaisir”.

S’il avait été poursuivi après les déclarations de nos collègues à Nevers (Nièvre), et si la plainte n’avait pas été classée sans suite (par le parquet NDLR) on aurait évité des victimes.

Directeur d’enquête. Police de Limoges :

“Quand on contacte la collègue de Nevers, elle voulait détruire les scellés le lendemain, donc on a eu la chance de récupérer les téléphones et les vêtements”, souffle-t-il.

De l’autre côté, il raconte “le soulagement des victimes recontactées des années après, car enfin on les croit”.

Remise en liberté et nouvelle plainte

Benjamin Thédolue est de nouveau placé en garde à vue, à Limoges. Cette fois, elle aboutit à l’ouverture d’une information judiciaire, puis une mise en examen et un placement en détention provisoire à la maison d’arrêt de Limoges.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Après 18 mois d’incarcération, une “erreur administrative” conduit à sa remise en liberté sous contrôle judiciaire le 18 juillet 2022…..

En novembre de la même année, il aurait réitéré et une nouvelle victime se déclare à Lisieux, relatant le même processus, parlant du groupe MAX2 et de violences similaires.

“On a affaire à un violeur en série, avec le même procédé. Il est organisé car il prépare très à l’avance ses agressions. Il n’a pas d’affect pour les victimes. Rien ne le touche sauf sa personne. Il repère celles qui ont des fragilités”, a affirmé le directeur d’enquête qui a des années de fonction derrière lui mais n’a jamais connu d’affaires avec autant de victimes.

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