Sarthe | Elle apprend que son compagnon a agressé sexuellement ses enfants
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 13/05/2026
- 14:23
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L’histoire commence en 2021 quand, au mois de mars, Juliette fait la rencontre de celui qui sera son compagnon pour les quelques années à venir. Quelques mois après, en juillet, il emménage chez la maman solo, qui vit dans une commune du sud de la Sarthe, avec ses deux enfants nés d’une précédente union : une petite fille de 7 ans et un petit garçon de 3 ans.
Les années passent sans que Juliette ne se doute de rien. Et elle tombe enceinte.
“Les relations avec mes enfants et leur beau-père étaient très bonnes, ils étaient très liés, surtout ma fille et lui”, explique-t-elle.
15 000 fichiers pédocriminels
Alors qu’elle en est à son huitième mois de grossesse, en 2024, la jeune femme, soupçonne son compagnon d’infidélité, et se décide à fouiller dans son téléphone.
“Je pensais qu’il me trompait, il y avait eu des signes qui allaient dans ce sens et l’opportunité de vérifier s’est présentée à un moment, alors qu’il dormait”.
Si Juliette ne trouve d’abord rien dans les messages, en faisant défiler les photos de sa galerie, elle découvre un très grand nombre de fichiers pédocriminels. Des photos d’enfants nus, et certains clichés de scènes relevant de la pédocriminalité.
“Des enfants de 4 à 12 ans”, estime-t-elle. “Avec beaucoup de photos de jeunes filles prépubères qui avaient autour de 10 ans, comme ma fille à l’époque. Ça m’a marquée”.
Un choc qui pousse Juliette à agir, et vite.
“Je ne l’ai pas laissé avec les enfants. J’ai pris son téléphone et son ordinateur et je suis allée directement à la gendarmerie pour le dénoncer et leur donner son matériel informatique”.
Une perquisition a lieu à leur domicile et son compagnon est placé en garde à vue, pour détention de fichiers pédocriminels, infraction pour laquelle il sera jugé et condamné à huit mois de prison avec sursis en janvier 2025.
Le second procès, celui du mois de mars 2026, établira qu’il en avait en tout téléchargé près de 15 000.
“Mais à ce moment-là, je ne me doute pas du tout qu’il a pu s’en prendre à mes enfants, souligne Juliette. Il avait toujours été très protecteur avec ma fille et je ne pouvais pas y croire”.
Pour autant, la confiance est rompue et Juliette met immédiatement son compagnon à la porte. Sans pour autant rompre totalement les liens. Il respecte son suivi sociojudiciaire avec obligation de soins et s’installe d’abord à l’hôtel dans une ville voisine, avant de trouver un appartement à lui, aidé par Juliette qui veut croire qu’il n’est jamais passé à l’acte et qu’il peut se soigner.
Pendant quelques mois, les deux vivent une relation d’entre-deux, plus vraiment de couple, mais pas très loin non plus.
“Nous n’avions plus de rapports sexuels, je ne pouvais pas oublier les images que j’avais vues sur son téléphone et ça me dégoûtait”, explique Juliette.
Pour autant, il passe de temps en temps, notamment pour les fêtes d’anniversaire des enfants qui continuent de le réclamer, sans vraiment comprendre pourquoi il n’habite plus avec eux.
Jusqu’à un nouveau tournant dans la vie de la famille, alors que l’enquête des gendarmes se poursuit malgré la première condamnation de l’ex-compagnon.
“Un jour, la gendarmerie m’a demandé des photos de mes enfants pour comparer. Et, quelques jours plus tard, en août 2025, ils m’ont demandé de venir pour identifier certaines photos qu’ils avaient retrouvées”,
poursuit la mère de famille, à l’époque persuadée qu’il s’agissait d’un simple contrôle pour écarter la possibilité que son ex soit passé à l’acte.
Les gendarmes lui présentent deux photos. Sur la première, son fils, nu, sur son lit. Le choc est tel qu’elle ne le reconnaît pas. Le déni.
“Il a fallu qu’ils zooment sur des éléments de sa chambre pour que je réalise que c’était bien lui”.
Puis une photo de sa fille, elle, habillée, mais avec la main de son ex-compagnon posée sur une de ses jambes. Les militaires ne lui en montrent pas plus mais décrivent le reste : plusieurs clichés de la jeune fille sur lesquels on distingue la main de l’homme lui touchant les parties intimes.
“Des photos clairement à caractère sexuel pour ma fille quand, pour mon fils, elles donnent plus l’impression d’avoir été prises pour l’humilier”,
explique la maman, à froid. Mais sur le coup, elle s’écroule.
“Les jours qui suivent sont un enfer total”, se souvient Juliette qui, à partir de ce moment, [s]’enferme à double tour, clarifie la situation avec ses enfants et leur explique que leur ex-beau-père est “quelqu’un de dangereux et qu’il ne reviendra plus jamais à la maison”.
Un déclic pour la petite qui comprend à ce moment-là qu’elle a vécu quelque chose de grave et qui a des flashbacks de ce qu’elle a subi, vraisemblablement pendant les trois ans où elle vivait sous le même toit que son beau-père, entre 2021 et 2024, soit de ses 7 à 10 ans, quand sa mère n’était pas là.
Elle se confie à des amies et conviennent ensemble de rédiger une lettre qu’elles adressent à sa maman pour dénoncer ces faits d’attouchement répétés. L’ex-compagnon est à nouveau placé en garde à vue et relâché en attente de son nouveau procès qui se tiendra près de six mois plus tard.
Lors de ce dernier procès, il expliquera avoir subi des violences sexuelles entre ses 3 et 6 ans. Avoir eu le cerveau embrouillé, se défendant d’ une attirance sexuelle pour les enfants et évoquant un jeu pour rigoler et des photos cocasses. Le tout, lors d’une audience ouverte au public, conformément au souhait de sa jeune victime.
“Au début, je ne voulais même pas qu’elle vienne mais elle m’a dit : “C’est mon procès, pas le tien”, alors j’ai accepté. Et on lui a laissé le choix du huis clos dont elle n’a pas voulu. Ce qu’elle voulait, c’étaient des réponses, elle voulait savoir pourquoi il lui avait fait ça à elle alors qu’elle l’aimait tant. Elle a été très courageuse mais elle n’a pas eu les réponses qu’elle espérait.”
L’ex-compagnon et beau-père incestueux a été condamné à deux ans de prison, dont un an de sursis, avec aménagement de peine sous bracelet électronique pour la partie ferme. Il doit également respecter un suivi sociojudiciaire de cinq ans avec obligation de soins et risque deux ans de prison en cas violation de suivi.
Il a par ailleurs interdiction de travailler avec des mineurs et ne pourra plus entrer en contact avec les enfants et paraître à leur domicile pendant trois ans. En plus d’une peine d’inéligibilité de cinq ans, il se voit inscrit au Fijais.
Traumatisée et en grande souffrance, la jeune fille est en décrochage scolaire.
“Elle a changé d’établissement puisqu’elle ne supportait plus d’être dans celui où les amies qu’elle avait ont été entendues par les gendarmes et où l’affaire s’est vite ébruitée. Avant le procès, elle a fait une fugue pour aller demander des comptes à son père, et elle a été hospitalisée après s’être scarifiée le bras et avoir fait part d’envies suicidaires. Je sais que ça la poursuivra longtemps”, se désole sa mère.
“En ce moment, notre problème est qu’elle veut suivre un cursus qui, près de chez nous, n’est disponible que dans la commune où réside son ex-beau-père. Elle m’a dit qu’elle s’était scarifiée pour qu’il comprenne qu’il devait partir loin…”
Entre soulagement que l’affaire ait finalement été jugée et appréhension pour l’avenir de ses enfants, aujourd’hui âgés de 12 ans pour sa fille, 8 ans pour son fils, et 20 mois pour l’enfant qu’elle a eu avec son ex-compagnon condamné, Juliette aspire à se reconstruire malgré une forme de colère envers les institutions qui ne la quitte pas.
Pas pour les personnes qui l’incarnent et qui l’ont toujours écoutée mais pour l’absence de procédures de mise en sécurité des familles confrontées au pire.
“Rien n’a jamais été fait pour l’éloigner et on appréhende toujours de le croiser. Et si ça avait été quelqu’un plus dans la violence que dans la manipulation, il aurait pu s’en prendre à nous… C’est comme si on attendait qu’un drame se produise pour agir”,
déplore-t-elle, déterminée à ne rien taire et à documenter l’affaire pour, un jour, pouvoir apporter des réponses à sa dernière née qui ne manquera pas de poser des questions sur son père.
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