Yvelines | Témoignage | Morgane, violée à 14 ans

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«On a beau être la génération MeToo, finalement on ne sait rien»
Buc (Yvelines), le 1er avril. Certains collages sont encore visibles devant le lycée franco-allemand, où des élèves ont dénoncé l’omerta sur les viols. LP Julie Ménard
Morgane, aujourd’hui âgée de 18 ans, a été violée à 14 ans par son copain. Encore très bouleversée, cette ancienne élève du lycée franco-allemand à Buc, dans les Yvelines, a longtemps pensé que ce qu’elle avait vécu était «normal».

Son témoignage est révélateur du malaise qui plane sur toute une génération.

Bachelière du lycée franco-allemand à Buc, près de Versailles, Morgane (le prénom a été changé) suit désormais des études supérieures.

À 18 ans, elle fait face à ses vieux démons, entre crises d’angoisses et difficultés à faire confiance.

« Quand j’étais en quatrième, j’ai rencontré au lycée un élève de 16 ans, moi j’en avais 13, raconte-t-elle. On a d’abord échangé par SMS puis on a commencé à sortir ensemble. Très vite je lui ai dit que je n’étais pas prête pour une relation sexuelle. »

Au début, les choses semblent bien se passer. Mais pendant l’été, le ton devient plus pressant.

« Il m’envoyait beaucoup de sextos, des messages de culpabilisation ou de manipulation. Du genre : Moi je suis ton copain donc tu n’as pas de raison de t’inquiéter. »

La rentrée arrive. Morgane a 14 ans, lui en a 17.

« Un jour, après les cours, on est allés au parc juste derrière le lycée et on a eu nos premiers rapports, non consentis, révèle la jeune femme. Je me suis sentie obligée car j’étais sa copine. Une autre fois chez lui, il y a eu des attouchements. Je me croyais contente mais je ne me rendais pas compte que notre relation ne servait qu’à ça. »

Elle voit son agresseur «faire boire d’autres filles»

Depuis le début de leurs échanges, l’élève en question refuse de s’afficher publiquement avec elle. Puis un jour, il cesse simplement de lui parler.

« Là j’ai pété un plomb et il m’a menacée de porter plainte pour harcèlement ou pour diffamation. Depuis c’est ancré en moi, j’ai toujours peur de porter plainte. »

Les deux années qui suivent ce traumatisme sont d’autant plus pénibles. Morgane croise le regard de son agresseur tous les jours, agrémenté « de sourires et de ricanements ». En soirée, elle le voit « faire boire d’autres filles ».

«Je ne savais pas à l’époque que c’était un viol»

« J’en ai parlé avec des amis mais ils m’ont dit que je n’avais qu’à dire non, et qu’il fallait que je m’y attende en sortant avec un garçon plus vieux. Je me dégoûtais… Je ne savais pas à l’époque que c’était un viol. »

Elle se renferme sur elle-même, se terre dans le silence. Plus tard, elle subit d’autres agressions sexuelles d’hommes qui n’ont aucun lien avec le lycée.

Inconsciemment, elle accepte un schéma toxique qui lui semble être « la normalité ».

Ce n’est qu’en rencontrant quelqu’un de bienveillant qu’elle découvre l’amour.

« On a beau être la génération #MeToo, finalement on ne sait rien, conclut Morgane. Je réalise maintenant que je n’ai jamais dit oui, que je ne me sentais pas respectée et que je n’en avais pas envie. J’aurais apprécié avoir plus de sensibilisation… »

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