Wambrechies | Viol et meurtre d’Angélique : réclusion à perpétuité avec 25 ans de sûreté pour David Ramault

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La jeune fille de 12 ans avait été violée et tuée en mai 2018 par David Ramault, un voisin
David Ramault / DR
Tout au long de la deuxième journée du procès de David Ramault aux assises du Nord, enquêteurs de la police judiciaire et médecins légistes se sont succédés pour raconter, minute par minute, le calvaire subi par l’adolescente mercredi 25 avril 2018. En toile de fond, la question de la préméditation.

Actualisation du 20 novembre :

Le crime d’un « pervers » : la cour d’assises du Nord a condamné ce vendredi 19 novembre David Ramault à la réclusion à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 25 ans pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’Angélique, 12 ans, en 2018 à Wambrechies, près de Lille.

La cour n’est pas allée aussi loin que les réquisitions de l’avocate générale, qui avait demandé une période de sûreté de 30 ans. Mais elle a prévu que l’ancien chauffeur de bus et père de 2 garçons fasse l’objet, à l’issue de sa peine, d’un réexamen de sa situation « en vue d’une éventuelle rétention de sûreté ». La peine prononcée doit permettre d’entrer

« dans un réel et constant processus de soin, notamment concernant votre fonctionnement de type pervers dont vous n’avez pas voulu vous départir pendant une période de plus de 20 ans »,

lui a expliqué la présidente Sylvie Karas.

Au premier rang de la salle d’audience, les proches d’Angélique avaient revêtu pour le verdict un T-shirt violet portant la photo de la fillette. Jugé depuis mardi, M. Ramault, 48 ans,

« a franchi une limite difficile à imaginer, […] Le viol et le meurtre d’une enfant, enlevée, séquestrée, frappée, salie, étranglée, transportée dans une valise, et abandonnée dans un bois »,

a dans son réquisitoire lancé l’avocate générale Carole Étienne.

Déjà condamné en 1996 pour viol sur une enfant du même âge, mais sans histoire depuis près de vingt ans, ce récidiviste avait « un projet de viol qui a été préparé », et dont le meurtre était l’aboutissement, a-t-elle estimé.

Un piège

Au premier jour de son procès, demandant pardon aux parents d’Angélique, David Ramault avait reconnu ne pas avoir fait de démarches pour se soigner, par « honte » de s’avouer sa vraie nature.

« Je voulais dire que j’acceptais d’être soigné, pas pour moi mais pour la société »,

a-t-il lancé vendredi avant que la cour ne se retire.

Mercredi 25 avril 2018, il est seul chez lui à Wambrechies, sa famille en vacances. Comme souvent, il se masturbe, puis va acheter à Lille un aphrodisiaque pour résoudre, selon lui, ses « pannes sexuelles ». Au second cachet, il est pris selon lui d’un « malaise » et de « pensées obsédantes », et sort aux abords d’un parc où joue son ancienne voisine, Angélique.

En l’apercevant « j’ai eu un désir, une pulsion ». Il lui promet un cadeau pour ses parents, l’enferme, la viole et l’étrangle.

« Tous ces faits, qu’il a réduits à un simple dérapage »,

ne sont « pas une pulsion », mais un piège, qui

« n’avait qu’un seul but, abuser de sa victime et l’éliminer »,

selon l’avocate générale. Il s’est immédiatement

« préoccupé d’effacer ses traces »,

a-t-elle rappelé.

Elle a aussi mis en avant les « troubles de la personnalité graves » de l’accusé, un « prédateur sexuel sadique » selon les experts.

« Si ici, on essaye de donner le change, au fond de notre humanité, on souhaite qu’il disparaisse »,

a lâché dans sa plaidoirie l’avocat de l’accusé, Me Éric Demey, évoquant la peine de mort qui doit « trotter dans la tête de certains ».

Actualisation du 19 novembre :

Au 3eme jour du procès de David Ramault devant les Assises du Nord, les experts sont venus décortiquer la personnalité du meurtrier de la jeune Angélique Six. S’il n’est pas considéré comme pénalement irresponsable, les exposés ont mis en avant des troubles profonds, et une personnalité perverse.

Dans le box des accusés, David Ramault se voûte de plus en plus à mesure qu’on parle de lui. Régulièrement, il se passe la main sur le visage, est pris de tremblements. Mais personne ne peut prétendre savoir ce qu’il ressent. Ce troisième jour de procès, les experts médicaux ont plongé la cour d’assises du Nord dans la psyché complexe de David Ramault.

A l’ouverture de la séance, la présidente du tribunal, Sylvie Karas, a lu les lettres que David Ramault avait écrit à sa femme, à ses enfants, après le meurtre d’Angélique.

Il écrit à son épouse :

“Tu vois, je t’ai joué la comédie toutes ces années, cachant mes vices et mes pensées. Pourtant, j’ai essayé, je te jure, d’être normal (…) J’aurais tant voulu vieillir avec toi, mais j’ai explosé dans l’horreur, la démence, et tu ne pouvais rien faire”.

Il a dit à ses fils :

“Les camarades diront peut-être des choses qui vous toucheront, vous aurez le droit de dire : je ne suis pas mon père”.

David Ramault est-il sincère ? Oui, et non, répond l’expert à la barre, le Dr Delannoy, psychologue clinicien à Villeneuve d’Ascq.

“Il est sincère dans son ressenti. Je n’ai aucune raison de penser que ces lettres ne sont pas en adéquation avec ce qu’il éprouve. Mais en même temps il est dans une dichotomie, une dissimulation.”

Et c’est bien toute la difficulté du cas David Ramault.

Il n’est pas déficient intellectuellement, mais l’expert parle à son sujet :

“D’une forme d’absence, de détachement, une inhibition de la pensée” et même de “vide”.

Il n’est pas irresponsable pénalement, mais présente de graves troubles, décrits comme :

“Une personnalité pathologique, structurée sur un mode psychopathique, narcissiste, autocentré, avec une dimension sadique.”

Sa capacité d’empathie semble quasi-absente. En l’autre, il voit une altérité, un outil, voire un objet, particulièrement quand cela concerne les femmes.

Ses actes, il en est tout à la fois auteur, et spectateur. Quand il retrace le calvaire qu’il a infligé à Angélique, cette “jouissance” du voyeur perce également à travers son récit très détaillé, comme par exemple quand il commente le comportement de la jeune fille, qui se débat “courageusement”. Le Dr Delannoy insiste sur ce point : David Ramault n’est pas seulement un délinquant sexuel.

Le mot le plus employé par l’expert à la barre est celui de perversion.

“C’est une structuration, une organisation de la personnalité qui fait que le rapport à l’autre ne peut être autrement. La jouissance du sujet, c’est la domination. La perversion n’est pas uniquement sexuelle, même si elle s’est exercée dans ce sens.”

Le spécialiste en veut aussi pour preuve l’impressionnant historique d’accusations de vols accumulé par l’accusé, et le type de pornographie qu’il consomme avidemment : des contenus basés sur l’humiliation et la domination des femmes mises en scène.

Pour essayer de comprendre ces troubles profonds, les experts se sont penchés sur son enfance, où David Ramault essaye de se construire entre une mère absente et un père violent, et dont la sexualité est depuis toujours entourée d’un “profond malaise”. A l’un des professionnels de santé, il évoque des attouchements sexuels de la part de sa cousine, alors qu’il avait 11 ans. La colère et l’impuissance qu’il ressent en permanence “ont basculé dans un comportement pervers de domination, de toute-puissance”.

Des constantes liées à ses traumatismes persistent : les deux experts l’ont constaté, David Ramault recherche la punition, qui fonctionne pour lui comme la clotûre d’un chapitre.

Pour le Dr Delannoy, le meurtre d’Angélique n’est pas dû à un sentiment de panique après le viol infligé par David Ramault. C’est le besoin d’aller au bout de ce scénario de toute-puissance. Le Dr Améziane Aït Menguellet, estime de son côté que le viol était bien prémédité par l’accusé, mais pas le meurtre.

Les avocats reviendront à la charge : ce jour-là, David Ramault a-t-il cédé à une pulsion, 20 ans après sa première condamnation ? L’accusé les a décrit, ces fantasmes qui l’envahissent, le parasitent.

L’expert soutient :

“Chez Mr Ramault, ce n’est pas une envie imprévisible qui le laisse désemparé. A aucun moment il ne cède à la panique. Pour moi, cliniquement, il n’y a pas de temps de latence. Il est toujours sur le fil du rasoir même s’il n’y a pas eu de condamnation. [Le meurtre d’Angélique] est l’aboutissement d’un cheminement de plusieurs années. Pourquoi ce jour-là ? Je ne sais pas, si ce n’est que peut-être cette jeune adolescente s’est juste trouvée là.”

Le cas David Ramault touche aux limites de la médecine face à la personnalité perverse.

L’expert poursuit :

“Tout le travail, c’est de l’amener à prendre conscience de qui il est réellement. Tout pervers reste pervers dans son fonctionnement, ça ne veut pas dire qu’il ne peut y avoir des améliorations et une réduction du risque de récidive”.

Mais par instint de survie, le cerveau trouve des moyens de ruser avec lui-même : fragmenter, mettre à distance, nier, pour se supporter soi-même.

“Ou le sujet continue dans le déni, ou il développe une capacité d’appréhender sa propre personnalité, qui souvent, mène au suicide”

En abordant ces mécaniques complexes de l’esprit humain, le Dr Delannoy entre dans une autre question centrale du procès. Laissé libre de suivi après avoir purgé sa peine, David Ramault aurait-il pu initier lui-même une démarche de soin ? interroge la présidente Sylvie Karas.

L’expert répond :

“Sa personnalité ne porte pas à une telle démarche. Tel qu’il est structuré, il ne peut pas avoir conscience de ce qui dysfonctionne profondément chez lui. Il est tributaire d’un passé qui font qu’il se construit dans un rapport qui n’est pas empathique, d’égalité, mais dans une jouissance de la transgression, d’être plus fort, plus malin. Un sujet qui se structure dans ce rapport et ce fonctionnement pervers, est quelqu’un qu’on peut, à distance, qualifier aussi de victime.”

Le Dr Améziane Aït Menguellet précise.

“On ne devient pas pervers, on le reste. C’est une victimité, pas une victimisation”.

Actualisation du 19 novembre, suite :

Me Audrey Jankielewicz, l’avocate de la famille d’Angélique Six, annonce :

“Vous allez vous concentrer, vous allez répondre précisément, rapidement, et fort”.

C’est la dernière fois que David Ramault va répondre aux questions des parties civiles. Mais la magistrate n’arrivera pas à obtenir la réponse à deux questions fondamentales pour la famille.

D’abord, David Ramault maintient : il a réussi à convaincre Angélique de le suivre sur la simple mention d’un cadeau à faire à ses parents. Une version dont la famille doute depuis le début, estimant qu’une forme de repérage avait forcément eu lieu. Ensuite, il n’arrive plus à se souvenir de ce qu’il a fait du téléphone, que les proches voulait récupérer.

“Je vais vous poser une autre question, ça va nous faire du mal à tous, mais c’est important. Quand vous avez passé le pantalon autour de son cou, dans quelle position était Angélique ?

– Elle était dos à moi.

– Pourquoi vous l’avez retournée vers vous ?”

Daniel Ramault, aggripé à son micro, semble sur le point de se trouver mal. Sa main tremble, il articule péniblement.

Très bas, dans un accès d’honnêté, il répond :

“Je voulais l’avoir face à moi. (…) Oui, je l’ai regardée”.

La salle entière encaisse le choc de cette dernière phrase. L’avocat de l’association l’Enfant Bleu, est lui revenu sur les quelques jours d’après, demandant à David Ramault pourquoi il ne s’était pas rendu. Espérait-il s’en tirer ?

L’homme dans le box reconnaît :

“Non. Je voulais quelques jours avec ma femme et mes enfants”.

Ce sont ensuite les plaidoiries des parties civiles qui commencent. Me Costantino, avocat de l’association Enfance et Partage, a pris l’estrade le premier.

“Il a regardé Angélique vivre ses derniers instants. Nous ne le savions pas, et j’en suis assez bouleversé. La laideur est partout. Le chagrin, le malheur, suintent partout, aussi sur ces bancs-là, ajoute-t-il en désignant David Ramault. Même si nous étions 100, nous n’arriverions pas à rendre compte de la douleur de cette famille. Rien ne donne plus l’idée de l’insondable que la déchirure des parents qui perdent leur enfant dans de telles conditions. Hier, nous sommes rentrés chez nous avec dans les oreilles le hurlement inhumain du père de cette enfant, anéanti par cette journée.”

Me Costantino a tenté d’expliquer la dynamique qu’il a cerné chez David Ramault.

“Il y aurait les femmes qu’on respecte, mais qu’on ne désire pas. Et de l’autre, celles qu’on baise, car c’est comme cela qu’on le dit bien souvent, a poursuivi mettre Costantino d’un ton grave, dénué de toute provocation. C’est alors que dans l’acte sexuel on voit une souillure, une salissure”.

Pour l’accusé, il y a donc les “femmes d’amour”, qui peuvent échapper à la souillure sexuelle et les “femmes de désir”, qui sont vouées au rabaissement, à l’humiliation, au viol.

Il a poursuivi :

“Tout cela est une maladie, tout cela ne se guérit pas, soutenu par le travail des experts auditonnés dans la matinée. Cela peut se vivre en abstience. On est sexopathe comme on est alcoolique : tout sa vie. Le pari que la Justice doit faire, et qui est on ne peut plus risqué, c’est d’espérer qu’il parviendra à rester abstinent. Mais il ne changera pas, et il faut qu’il l’entende. Ce que j’ai entendu, durant ces 3 jours, implicitement, c’est “je suis coupable, mais je ne suis pas responsable, parce que je suis un monstre, et que je n’y peux rien”. Mais arrêtez monsieur !”

Me Sophie Ksentine, avocate de la Voix de l’Enfant, a elle aussi tenu à décrire les mécaniques à l’oeuvre dans le cas David Ramault.

“La constitution partie civile est notre appel à faire mieux, pour que ce genre d’affaire ne se reproduise plus. (…) Il est frappant de constater que tout l’entourage de David Ramault adhère à l’idée qu’il a purgé sa peine et qu’il a droit à une seconde chance. Sa demi-soeur nous a dit “il nous a prouvé qu’il avait changé”.

Mais Mr Ramault se leurre. D’un côté, il pense que son problème est résolu : il a été puni, il sait que c’est mal. Mais ses puslions sont toujours là. Il sait très bien vers quoi le porte sa sexualité, et il met en place un système qui fait barrage : il peut être déviant, derrière son ordinateur. Ce que David Ramault nie en lui, c’est sa violence.

” Pour cet homme effacé, passif, c’est le seul moment où il existe.

La magistrate, qui pointe du doigt le décalage entre les lettres de David Ramault et son expression orale, bien plus limitée, développe :

“Prendre une sanction est évident, mais elle ne suffira pas. La sanction est intégrée à son système, elle est même recherchée car cela lui évite de se poser des questions. Il s’est lui-même condamné. Mais nous, nous savons que ce n’est pas réglé. Il reste une chose à laquelle il s’est refusé : parler vraiment de lui”.

Me Ksentine l’en implore : qu’il ait le courage de se remettre en question.

“On raisonne toujours le soin comme une démarche de consentement. Je ne crois pas que ce soit possible pour Mr Ramault. S’il y a une chose qu’il comprend, c’est l’absence de consentement. Je pense qu’il faut le pousser inlassablement dans ses retranchements.”

Elle s’est prononcée en faveur de la castration chimique, comme une preuve d’engagement de la part de David Ramault dans le processus de soin. Les experts médicaux auditionnés dans la matinée ont estimé que celle-ci ne serait pas efficace, puisque l’aspect sexuel est une conséquence de la personnalité psychopathique de l’accusé, qui pourrait se reporter sur une autre forme de violence.

Mr Crespin, avocat de l’association L’enfant Bleu, a complété :

“Il y a peu d’espoir face à une personnalité comme celle de David Ramault, mais il faut se battre, pour les enfants. Ce procès est symptomatique de l’absence de suivi des délinquants sexuels. Il est évident qu’il y a eu un manque, une faille. 20 000 enfants par an sont victimes d’agressions sexuelles. Dans chaque classe d’école, il y a trois enfants qui ont été victimes d’abus sexuels, 1 enfant sur 10. C’est un problème majeur. Un enfant agressé, c’est quelqu’un qui va souffrir toute sa vie, et qui deviendra peut-être un agresseur. Il nous faut d’autre mesures pour suivre, prendre en charge. Sanctionner le viol, le meurtre d’Angélique, c’est vous qui devez le faire. (…) Notre société doit apporter une réponse à la famille. Il faut redonner un peu d’humanité à une affaire qui en a terriblement manqué.”

Article du 18 novembre :

Après les aveux réitérés de l’accusé hier et l’étude approfondie de sa personnalité complexe, les faits étaient au coeur de ce deuxième jour de procès. Plusieurs officiers de la police judiciaire de Lille sont venus témoigner, tout comme le médecin légiste qui a réalisé l’autopsie de la fillette au lendemain de la découverte du corps.

Même si David Ramault avait livré des aveux circonstanciés dès son interpellation le samedi 28 avril 2018, cette journée à permis de retracer l’insoutenable calvaire vécu par la jeune fille, notamment les trois minutes durant lesquelles il a étranglé Angélique.

En fin de journée, la présidente de la cour a demandé à l’audience de respecter trois minutes de silence pour se rendre compte de l’indescriptible. Attention, certains passages de la description des faits peuvent choquer.

Ce mercredi 25 avril 2018 était un jour ensoleillé. Son unique jour de repos de la semaine. Après s’être masturbé comme il le fait quasiment quotidiennement devant une vidéo pornographique, David Ramault achète des canettes de bière. Il en boit une à 9h30, prend le bus jusqu’à Lille, retire 50 euros et se rend dans un sex-shop.

L’accusé explique :

“Je suis allé acheter des pilules. J’ai réfléchi à acheter des pilules pour bander en vue d’une masturbation correcte quand ma femme sera revenue”.

Une fois l’achat effectué, il en ingurgite une accompagné d’un café sur une terrasse, “pour voir l’effet que ça fait”.

Manipulateur, père exemplaire, monstre… qui est David Ramault, accusé du viol et du meurtre d’Angélique à Wambrechies ?

Après avoir mangé dans un fast-food et avoir regagné son domicile, il boit une seconde cannette de bière et avale une deuxième pilule, mais “il ne se passe rien”. Il s’installe alors dans son canapé, allume Netflix et s’endort devant un film. A son réveil vers 16 heures, il est pris de bouffées de chaleur, se sent “speed” et décide d’aller prendre l’air :

“Je sens un malaise au fond de moi, j’ai des pensées négatives”.

Après avoir rencontré un voisin, il arrive aux abords du parc de l’Agrippin.

Au loin, la jeune Angélique, écouteurs sur les oreilles, fait des acrobaties. Il la connait bien car il a été son voisin pendant une dizaine d’années. C’est à ce moment qu’il dit ressentir des pulsions alors que la jeune fille est en train de s’approcher de lui.

“Elle courait vers moi, elle était tout sourire, elle était avenante (…) Un rayon de soleil”.

Il la ruse pour l’emmener chez lui. “Je lui dit :

« Tiens, viens, j’ai un cadeau pour tes parents”.

La présidente le coupe.

“À ce moment-là, c’est quoi l’idée ?”

Il pleure.

“L’idée, c’est de la ramener à la maison pour faire du sexe”.

Une fois arrivé au domicile, porte refermée et verrouillée, il propose à Angélique un jus d’orange et la flatte sur son physique. Il lui demande si elle a un petit copain et a déjà eu des relations sexuelles. “Non”, répond Angélique, gênée par ses questions. Lorsqu’il lui pose la main sur l’épaule, elle tente de s’enfuir. Mais David Ramault la retient, elle se réfugie sous la table et tente d’utiliser son portable pour appeler au secours.

Il lui arrache alors le tee-shirt et l’emmène dans les toilettes “pour ne pas qu’on l’entende”. Il ferme la porte à clé et demande à la jeune fille de se dévêtir. Paniquée, elle s’exécute. Il lui demande de lui faire une fellation mais Angélique refuse et tente de s’enfuir. David Ramault la gifle. Elle s’exécute alors quelques secondes, puis demande de boire de l’eau au robinet. Il accepte. Elle se retourne. Ramault en profite pour introduire ses doigts dans ses parties intimes. C’est à ce moment précis qu’il dit “péter un câble”. Il se baisse, saisit le pantalon de la jeune fille et l’étrangle, pendant trois minutes, jusqu’à ce qu’elle s’écroule et décède.

L’agression a duré au total quinze minutes selon l’accusé. En sortant des toilettes, il découvre plusieurs tâches de sang, la fillette ayant saigné du nez après s’être cognée en tentant de s’échapper. Il se rhabille, enlève la batterie du téléphone d’Angélique et jette le tout dans un égout à proximité. David Ramault va chercher une valise au grenier et y dépose le corps de la jeune fille dénudé. Il prend ensuite une douche, se débarrasse de ses habits et de ceux de la jeune fille.

Après avoir chargé la valise dans le coffre, il va acheter une pelle dans un magasin de bricolage et prend la route en direction de la Belgique. Arrivé à hauteur de Quesnoy-sur-Deûle, il bifurque sur un petit chemin menant à un bois. N’arrivant pas à creuser un trou pour enterrer l’adolescente, il dépose son corps sous des ronces et rentre chez lui pour terminer de nettoyer les traces.

Le lendemain, David Ramault va acheter une nappe pour remplacer celle tâchée de sang, avant de prendre son service comme chauffeur de bus. Le soir même, il va chercher sa femme et ses deux enfants, de retour de vacances passées dans le sud. Samedi 28 avril, soit trois jours plus tard, il se rend à la déchèterie voisine pour jeter la valise. Le soir même, Ramault est interpellé la sortie de son travail.

Après son arrivée dans les locaux de la police judiciaire dans la nuit de samedi à dimanche, David Ramault est auditionné. Il reconnait immédiatement les faits et accepte de conduire les enquêteurs sur les lieux où il a caché le corps d’Angélique.

Le commandant de la police judiciaire présent ce soir la raconte son arrivée dans le bois, alors que des photos défilent dans la salle. Le père et la soeur d’Angélique quittent la salle, mais la maman de la fillette reste et ne lâche pas du regard les écrans.

“Sur ses indications, nous nous dirigeons à Quesnoy-sur-Deûle dans un petit bois au bout du chemin du Loup”.

Il est 1h30 du matin.

“Je me rappelle avoir vu une jambe à la lumière de ma torche. La jeune fille était en position foetale”.

La photo est projetée, la mère d’Angélique horrifiée.

Lors de ses 48 heures de garde à vue, David Ramault va être auditionné cinq fois, par trois officiers de police judiciaire (OPJ) différents. Tous sont venus témoigner du détachement de l’accusé : récitation de la scène de façon “glaciale” dit une OPJ, “sans empathie, mécanique” selon son collègue qui lui succède à la barre. “Il était impassible”, complète le troisième.

Au travers de toutes les auditions menées en ce deuxième jour de procès, la présidente a cherché à savoir si David Ramault avait prémédité ses crimes. Ce qu’il réfute catégoriquement. Pourtant, dès lors qu’il se débarrasse d’un objet lié au crime, l’accusé prend soin de laisser son portable chez lui. Impossible donc de le géolocaliser : lorsqu’il part acheter une pelle avant de cacher le corps de la jeune fille mercredi soir, lorsqu’il va acheter une nappe dans une grande surface le lendemain pour remplacer celle tachée de sang ou encore lorsqu’il se débarrasse de la valise samedi matin à la déchèterie de Quesnoy-sur-Deûle.

L’OPJ entendue avance :

“Il avait tout entrepris afin de ne pas se faire interpeller”.

Sa collègue complète :

“En première apparence, il nous a semblé être monsieur tout le monde. Un monsieur qui travaille, qui élève ses enfants, qui part en vacances au camping. Mais en réalité, après avoir creusé, il est apparu comme un véritable prédateur sexuel. Il n’a pas hésité à tuer, à se débarrasser du corps de sa victime, à faire figure auprès de ses proches pendant plusieurs jours”.

Tous les enquêteurs entendus ce jour témoignent de la violence au moment de la découverte des faits et du corps de la jeune fille.

A tour de rôle, ils confessent :

“C’est sans aucun doute l’une des affaires les plus marquantes de ma vie”.

Des débats particulièrement éprouvants pour la famille d’Angélique. Son père, victime d’un premier malaise dès l’ouverture de l’audience mardi 16 novembre, s’est de nouveau écroulé en début de soirée.

La journée de demain est consacrée aux expertises psychologiques et psychiatriques, avant d’entendre l’accusé. Les parties civiles vont plaider dans l’après-midi. Après le réquisitoire de l’avocate générale et la plaidoirie de la défense, le verdict est attendu vendredi 19 novembre dans l’après-midi. David Ramault, déjà condamné à 9 ans de prison pour des faits de viol sur mineur en 1996, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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