Toulouse | Faysal veilleur de nuit mutilé en sauvant la vie d’une mineure en danger

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On ne s’étonne pas de ce qui s’est passé
Faysal s’est opposé début novembre à Toulouse à un commando qui en voulait à une jeune fille de 17 ans, au prix de trois doigts coupés. En colère, il compte porter plainte contre le conseil départemental et contre son employeur.

Les appartements où sont logées les résidentes, en lieu et place d’une ancienne villa vétuste et vouée à la destruction, « ne sont pas propices pour ces jeunes », note encore le veilleur.

Trop près de la rue et des mauvaises fréquentations. Il y a « des points de deal » dans le quartier, des « cartouches de protoxyde d’azote » sur la chaussée.

« On ne s’étonne pas de ce qui s’est passé, on se demande surtout par quel miracle ce n’est pas arrivé plus tôt »,

fulminent Astrid Meskini et Fanny Peyronne, les délégués syndicaux (Sud) du CDEF, qui prévoient un rassemblement jeudi 20 novembre sous les fenêtres du conseil départemental.

Le soir du 3 novembre, Faysal est arrivé plus tôt au travail, sachant que la transmission des informations prendrait du temps après ses dix jours de vacances. À 22h20, il se trouve à l’appartement inférieur, et a laissé ouvert le logement du haut, pour permettre à une des résidentes de sortir fumer.

Il a demandé du renfort. Impossible de surveiller seul deux logements simultanément, mais personne ne vient.

« J’ai vu la peur sur son visage »

Vers 2 heures du matin, les résidentes somnolent dans leur chambre et Faysal entend grincer le portillon à l’étage du dessus. Il monte. Aussitôt une main le tire à l’intérieur, et l’éclair d’une lame de machette lui fend le crâne. Il distingue trois silhouettes : un jeune « d’une vingtaine d’années », cagoulé, et deux trentenaires, visage découvert. Il ne les connaît pas. Il distingue une feuille de boucher à leurs pieds.

Faysal raconte, récit clinique.

« J’arrive à faire tomber la machette d’un des gars, mais l’autre arrive dans le couloir avec la jeune fille, il lui a mis la machette sous la gorge. J’ai vu la peur sur son visage. »

Faysal connaît bien cette adolescente, arrivée à l’âge de 15 ans à l’Aide sociale à l’enfance, repartie chez sa mère puis à nouveau en rupture familiale.

« Les agresseurs sont venus directement dans sa chambre, ils avaient l’air de savoir où aller. Moi, je me suis servi de mon agresseur pour déséquilibrer celui qui tenait la fille et je les ai attirés dehors sur la terrasse. »

Un deuxième coup de lame, « 60 cm de long », s’abat sur le veilleur de nuit, qui par réflexe place sa main « en opposition ». Une de ses phalanges tombe au sol, une autre est sectionnée, une troisième touchée. Faysal évite encore un coup aux jambes.

« Au secours ! » Les voisins sortent les têtes des fenêtres, alertés par ses cris et les hurlements des jeunes filles. Les trois hommes s’enfuient. Faysal ramasse son doigt, se bricole un point de compression avec un drap et appelle les secours.

Les autorités déclencheront pour lui le « protocole victime gravement traumatisée », indique le procureur.

L’institution « n’a pas pris la mesure de la gravité du phénomène »

Dix jours ont passé depuis cette nuit d’horreur, et le veilleur, la main bandée par de larges pansements, oscille entre douleur et colère. Ces derniers jours, il ne « sentait plus rien » sur la moitié de son crâne, « scalpé » par la lame et recousu de dix points de suture.

Faysal a décidé de porter plainte contre le département de Haute-Garonne, et son employeur, « pour blessures involontaires et mise en danger », annonce son avocat, Me Pierre Debuisson.

« Mon client a subi une agression qui aurait pu lui coûter la vie, et il est totalement délaissé par une institution qui, de surcroît, n’a pas pris la mesure de la gravité du phénomène, cette prolifération d’actes de violence qui touchent des mineures et ceux censés les protéger », s’indigne-t-il.

Contacté, le conseil départemental affirme œuvrer depuis 2021 à un travail collectif « pour prévenir » et repérer les situations de prostitution.

Le foyer d’hébergement de Toulouse, qui ne cache pas son impuissance face à « un phénomène de criminalité organisée qui dépasse très largement la capacité d’agir de l’établissement », a pu embaucher « des agents de sécurité supplémentaires avec le recours à une société de sûreté », et s’assurer de rondes régulières de la police aux abords de ses lieux d’hébergement.

Depuis l’agression, les deux appartements dans la résidence couleur crème ont été vidés et les résidentes transférées vers d’autres lieux d’accueil.

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