Saffré | Rencontre avec Eric Kuhn de l’association Stop aux Violences Sexuelles

L’association nationale Stop aux violences sexuelles (SVS) est implantée à Saffré depuis fin 2016. Rencontre avec Eric Kuhn, l’un des cofondateurs de l’antenne départementale.

Eric Kuhn de l’association Stop aux violences sexuelles 44. (©Eclaireur)

En quoi les violences sexuelles concernent-elles la société dans son ensemble ?

Une femme sur quatre et un homme sur six sont victimes de violences sexuelles dans leur vie.

Ce sont des statistiques, la plupart de ces violences sont intrafamiliales et beaucoup restent cachées.

Ne pas en parler, c’est un système de défense pour les victimes ?

Le principal mécanisme de protection psychique est le refoulement du ou des traumatismes.

On parle aussi d’amnésie post-traumatique.

Il est l’une des principales raisons des prises de conscience tardives chez la plupart des victimes.

Quelles répercussions ces violences ont-elles sur les victimes ?

Les violences sexuelles réalisent des dégâts colossaux, aux facettes multiples.

Elles ont des conséquences sociales et familiales fortes.

On constate une surreprésentation de cas de diabète et d’obésité, des problèmes de peau.

L’espérance de vie peut être diminuée à cause de la production de cortisol – l’hormone du stress – qui baisse les défenses immunitaires.

Quel bénéfice pour les victimes à sortir du silence ?

Pour se débarrasser de la honte, de la culpabilité et des conséquences corporelles pathologiques de ces violences.

Le silence des mots engendre la violence des maux.

Un exemple parmi tant d’autres : une jeune femme de 33 ans qui ne se rendait pas compte à quel point elle était musculairement tendue.

Pour elle, c’était la normalité et vu que nous comparons rarement nos ressentis avec d’autres, son comportement était tout à fait logique.

Maintenant qu’elle a ressenti et commencé à accepter son état de tension, celui-ci commence à se relâcher, avec de nombreux bénéfices corporels et médicaux.

Votre association compare les violences sexuelles à une épidémie virale ?

Les violences sexuelles, de par leur fréquence et l’ampleur des dégâts qu’elles génèrent peuvent se comparer à une épidémie de type virale qu’il faut éradiquer.

Il faut vacciner la société contre ce fléau.

Les racines de cette violence se trouvent dans les agressions sexuelles faites aux enfants, garçons et filles.

Quelle stratégie mettez-vous en œuvre ?

Elle tient en quatre axes : informer, former, prévenir, guérir.

Pour cela, l’association crée une plateforme pluridisciplinaire constituée de médecins, juristes, enseignants, policiers, éducateurs sportifs…

Nous pouvons mettre les victimes en relation avec des professionnels formés et compétents dans le domaine médical, juridique et psychothérapeutique.

Peu de victimes portent plainte et seule une plainte sur dix aboutit : comment agissez-vous ?

Il faut former l’ensemble des professionnels concernés par la prise en charge de victimes et d’auteurs de violences sexuelles.

L’imprescriptibilité doit s’appliquer en matière de violences sexuelles.

Elle est de 10 ans pour une agression, 20 ans pour un viol, à compter de la majorité.

Un projet de loi veut allonger les délais de prescription respectivement à 20 et 30 ans.

Il manque également un regroupement des statistiques des différents parquets.

On n’a pas d’estimation du nombre de plaintes classées sans suite.

Pour les personnes qui portent plainte, combien de temps cela peut-il prendre pour être reconnu victime et être indemnisé ?

Le parcours juridique est long, notamment en civil.

J’ai l’exemple d’une victime qui, après 7 ans de procédure, vient seulement de voir son expertise psychiatrique être consolidée, étape incontournable sur laquelle les juges vont évaluer le montant des indemnités de réparation au vu du préjudice subi.

La parole des victimes s’est un peu libérée, notamment sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #BalanceTonPorc et #MeToo ?

On commence à sortir du déni.

Mais beaucoup de victimes, notamment issues de milieu modeste, ne se sentent pas aussi légitimes que des personnalités connues à briser le silence.

A-t-on une estimation du coût des violences sexuelles pour la société ?

Notre pays manque d’études épidémiologiques pour faire prendre conscience du fléau.

C’est une des raisons pour lesquelles des réponses adaptées ne peuvent être mises en œuvre.

Un économiste a évalué à 8 milliards par an le coût des violences sexuelles pour la Sécurité sociale.

Nous souhaitons inscrire les effets des violences sexuelles dans les Affections longue durée (ALD), prises en charges par la sécurité sociale.

À quoi s’attache le thérapeute qui accompagne une victime ?

À enlever la culpabilité.

Il est important que la victime rende symboliquement la violence, cela permet de s’en libérer.

Lors d’atelier d’escrime, encadré par un maître d’arme et un thérapeute, par exemple, la personne peut extérioriser ce qu’elle a subi, nommer son agresseur :

« toi, untel, tel jour tu m’as violée. »

 

stopauxviolencessexuelles.com

Source : Actu

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