Orléans | Manque de personnels et violence à la Maison de l’enfance

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Une maison de l’enfance défaillante
Cet établissement public, directement géré par le conseil départemental accueillant 160 enfants, est confronté aux manque de personnels, locaux inadaptés au nombre de jeunes accueillis, prostitution, violence… Une illustration du désengagement de l’État en faveur de la protection de l’enfance.

Violences entre jeunes placés, agressions visant les encadrants, viols répétés de mineurs, prostitution, manque de personnel, conditions de travail dégradées, enfants accueillis en surnombre…

Dans les institutions dont dépend la protection de l’enfance et particulièrement à la maison de l’enfance (MDE) du Loiret, rien ne va plus.

«Il y a un va-et-vient continuel des personnels, y compris des nombreux intérim. en carence évidente de formation», déplore Florian (1), qui a travaillé un temps dans la structure en qualité de travailleur social intérim.

«La structure, sous-équipée, accueille des enfants de leur naissance jusqu’à leur majorité, sur décision juridique, car il n’y a pas assez de familles d’accueil dans notre département».

En moyenne, ils sont 160 mineurs à être accueillis dans ces locaux inadaptés. Une chambre de 9 m2, qui devrait être dédiée à un seul enfant, se retrouve occupée par 2 mineurs souvent porteurs de pathologies sans que leur compatibilité d’humeur ou de caractère ne soit avérée, faute de moyens humains.

«Il y a un manque de salles communes et de cuisine adaptée, d’une alimentation saine, de douches fonctionnelles et en nombre suffisant, il n’y a pas de salle de jeu digne de ce nom, les enfants n’ont pas d’intimité…» se désole un agent anonyme, et malgré les conditions reste pour ne pas les abandonner.

«Nous alertons notre direction depuis 19, mais rien n’y fait ; à part nous attribuer une prime, histoire de nous faire taire, mais ce n’est évidemment pas la solution»

Florence Galzin, vice-présidente du conseil départemental, joue la carte de la transparence.

«Il s’agit d’une question tendue,complexe, je ne nie rien. Malgré une hausse des moyens de 14 à 17 millions d’euros, nous avons dû faire face, en 2 ans, à une augmentation de 27 % du nombre de placements. Nous sommes en bout de chaîne. Personne ne se préoccupe de la manière dont nous sommes contraints de gérer cette situation»

L’élue de centre droit pointe notamment les différence de recrutement dues à une attractivité relative.

«Même si nous avons pérennisé 40 postes d’intérim, la situation ne va pas s’améliorer immédiatement».

En 2023, sur les 80 signalements remontés à la direction de la protection de l’enfance du département du Loiret, 20 % ont directement concerné la MDE.

«Les faits évoqués sont d’une gravité absolue, mais c’est un phénomène national. On essaye de faire le moins mal possible»

Parmi les affres liées à ce manque de moyens, le personnel et ses représentants pointent le retour arbitraire d’enfants dans leurs foyers.

Ces mêmes foyers qui leur ont souvent valu un placement d’urgence.

Autre conséquence dramatique, le développement de réseaux de prostitution.

«Ce manque de moyens que nous dénonçons depuis des années aboutit à ce que des réseaux viennent cueillir des enfants le soir pour les emmener se prostituer en région parisienne en échange de cadeaux. Sans compter les fugues de plusieurs semaines, les tentatives de suicide qui parfois aboutissent», déplore Laure Denat, psychologue et secrétaire adjointe de la CGT au département.

Parmi ces enfants se trouvent également des porteurs de handicap, environ 20 actuellement.

Selon elle, il ne sont scolarisés que 2 h./semaine «Le reste du temps, ils restent au foyer, ce qui est une source supplémentaire de stress».

(..)Pour sortir de l’ornière, outre la mise en place d’une mission d’informations, le département tente de multiplier les petites structures d’accueil de 6 à 8 enfants, ainsi que la sollicitation de tiers proches, type oncles ou tantes.

Des solutions défendues par le personnel et ses représentants, si tant est que les autres revendications structurelles soient satisfaites.

(1) prénom modifié

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