Nord | Dino Scala, le pédocriminel en série aux 56 victimes connues actuellement jugé

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«Pour moi, j’étais coupable. D’une chose que je n’ai pas commise», a confié une des victimes
Devant la Cour d’assises du Nord, l’une des victimes présumée de Dino Scala revient avec émotion sur son agression sexuelle, confiant les séquelles psychologiques qu’elle en a gardées, 31 ans plus tard.

Actualisation du 14 Mars 2023:

Après trois semaines d’audience, la Cour d’assises du Nord a condamné Dino Scala à vingt ans de réclusion criminelle pour 54 viols, agressions sexuelles ou tentatives.

Innocenté pour un viol et une tentative de viol sur mineure, celui que la police surnomme « le violeur de la Sambre » a fait appel de sa condamnation.

Son avocate estime qu’il doit être condamné uniquement pour les crimes qu’il a commis.

« Puisqu’il vous dit que ce n’est pas lui ».

Les deux avocates de Dino Scala ont eu fort à faire, lors du procès de celui que la police avait surnommé « le violeur de la Sambre ».

Après trois semaines d’audience, la cour d’assises du Nord a condamné le père de famille de 61 ans à vingt ans de réclusion criminelle pour 54 viols, agressions sexuelles ou tentatives.

Or, ce dernier a décidé, jeudi, de faire appel du jugement.

Alors qu’il a avoué être l’auteur de 40 faits, dont 16 viols, Dino Scala conteste toujours 14 faits qui remontent au début des années 1990.

Pourquoi faire appel alors que sa peine, au vu de la gravité des faits, n’a quasiment aucune chance d’être réduite ?

Une loi inadaptée pour les viols en série ?

Pour comprendre l’enjeu de ce nouveau procès en appel, il faut d’abord se replonger dans le Code de procédure pénale.

Comme l’avait évoqué l’avocate générale lors du procès,

« Avec un seul de ses viols avec arme, Dino Scala encourrait déjà quinze ans de réclusion ».

Sauf que la loi ne prévoit pas la préméditation comme circonstance aggravante à propos des viols.

La peine maximale que risquait Dino Scala dans cette affaire de viols en série était donc de vingt ans de réclusion avec une peine de sûreté des deux tiers.

Peine dont il a effectivement écopé.

Pourtant, dans son verdict,

« la Cour n’a pas été insensible à la sincérité de l’accusé »,

assure son avocate, Margaux Mathieu.

En effet, il a été innocenté du seul viol qu’il contestait, mais aussi d’une tentative de viol sur une mineure de 13 ans.

Des faits contestés

« Il est cependant regrettable que la Cour ne soit pas allée au bout de son raisonnement.

Pour 14 faits contestés qui sont des délits, la Cour a condamné mon client sans le moindre élément à charge.

Parfois des délits remontant à 35 ans pour lesquels aucune procédure n’a été retrouvée. »,

estime Me Mathieu

Dans sa plaidoirie, l’avocate avait notamment évoqué le cas de violeurs ayant sévi dans le même secteur.

« Il a été établi que d’autres hommes commettaient des agissements en tous points similaires sur la même période.

Dino Scala doit être condamné pour ce qu’il a fait, et non pour des agressions commises par d’autres. »,

affirme Margaux Mathieu.

Et les victimes dans tout ça ?

Avocate de neuf victimes, Fanny Bruyerre regrette, en revanche, cet appel.

« Elles sont déçues et se demandent si elles vont devoir revenir témoigner à la barre.

C’est une épreuve terrible pour elles »,

explique-t-elle.

Cet exercice risque, en effet, de réveiller à nouveau des souvenirs douloureux, mais le procès en appel, qui doit se tenir dans plusieurs mois à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, permettra peut-être de lever les derniers doutes.

Ce procès pourrait d’ailleurs ne pas être le dernier.

Le ministère public a décidé de rouvrir 14 procédures à l’encontre de Dino Scala.

Il s’agit de faits de viols et d’agressions sexuelles commis aussi dans le Val de Sambre et qui avaient déjà été étudiés et écartés du dossier.

« Le fait de rouvrir ces enquêtes après le procès aux Assises est insensé »,

selon l’avocate de Dino Scala.

En tout cas, l’affaire du « violeur de la Sambre » est loin d’être close.

https://youtu.be/C-94osP55Lg

 

Article du 17 Juin 2022:

«Je pensais avoir fait quelque-chose de mal».

Tremblante, au procès de Dino Scala, une victime a dit mercredi 15 juin s’être «toujours sentie coupable» depuis son agression sexuelle, en 1991, et n’avoir été libérée «qu’à l’ouverture du procès», au contact des autres victimes.

«Pour moi, j’étais coupable. D’une chose que je n’ai pas commise. Je me suis toujours demandé, pourquoi moi ? Je me suis dit “j’ai fait quelque chose de mal”, (…) Est-ce que c’était mes vêtements ?», frémit Sylvie (prénom modifié), retenant ses larmes devant la Cour d’assises du Nord.

«La culpabilité a été longtemps là, jusqu’à vendredi, l’ouverture du procès». Mais après avoir «vu les autres femmes (…) je sais», poursuit-elle, tournée de manière à ne pas voir l’accusé. «Je ne suis plus coupable, je suis victime.»

Sylvie se souvient :

«J’avais 19 ans, j’allais au lycée».

Puis elle chancelle, se recroqueville:

«Un individu m’a attrapée par-derrière, m’a soulevée», «traînée» jusqu’à un garage, où il m’a «plaquée contre le mur». «Il m’a dit “ne bouge pas, j’ai un couteau”.» Déboutonnant manteau et chemise, «il m’a palpée, tripoté la poitrine». En fuyant, raconte-t-elle, «il m’a dit: “je te retrouverai”».

«Je me suis renfermée»: «je ne sors pas le soir, je ne me permets pas de décolleté, de robe. Je garde toujours une écharpe. Mon mari s’approche de moi, je sursaute, après 31 ans. Mes enfants, je ne peux pas les prendre, les embrasser, ça me bloque.»

Elle évoque ses cauchemars, «violents», qui lui faisaient «taper les armoires, tordre les lampes de chevet».

Dino Scala reconnaît :

«C’est moi, le coupable».

Mais sur le pourquoi :

«Il n’y a pas de réponse. Elle était là», «une belle fille que je vois passer». «Ça aurait pu être quelqu’un d’autre». «Peut-on présenter des excuses à cette dame ? Va-t-elle les accepter ?», tente l’accusé.

Fébrile, Sylvie ne répond pas.

«Je m’étais rendu compte déjà, des dégâts. Aujourd’hui, c’est encore pire», lâche Dino Scala, qui comparaît pour des viols et agressions sexuelles sur 56 victimes.

Puis il évoque son propre mal-être :

Après «on se demande: “pourquoi j’ai fait ça ?” On espère que ce sera fini, puis ça recommence». «On a envie de se flinguer aussi. J’y ai pensé souvent.»

Un peu plus tôt, il avait nié les agressions sexuelles de Véronique et Marianne, attaquées le même jour en 1988, à trente minutes d’intervalle et 1,6 km.

«J’ai pas de souvenir d’une agression à cet endroit», a-t-il martelé. «Deux agressions le même jour, c’est pas possible», car après chacune «y a une prise de conscience».

La cour s’est aussi heurtée à l’effet du temps.

Sur les 56 plaintes initiales, trois ont été perdues. D’autres sont succinctes, réduites à une demi-page. Initialement, «vous ne parliez pas d’attouchements», a lancé la défense à Véronique.

«Je suis formelle, il m’a palpée. Ca n’a pas été mentionné» par les policiers, a-t-elle répliqué.

Interrogée par l’AFP, elle a estimé que sa plainte avait à l’époque été «prise rapidement», sans «entrer dans les détails».

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