Nièvre| Laxisme judiciaire pour celui qui a violé à de nombreuses reprises une jeune fille

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Un viol, chaque mercredi. Avec toujours un arrêt en forêt.
La partie civile a raconté qu’il lui faisait souvent des cadeaux. Des bracelets, des colliers… Et un téléphone, sur lequel ils échangeaient des « mots doux » par SMS. Il lui aurait aussi ouvert un compte Facebook, dont il aurait conservé le code d’accès pour l’espionner et lui reprocher ses contacts

Il l’emmenait chez sa grand-mère. À un rythme hebdomadaire. Avec toujours un arrêt en forêt. Il n’y aurait eu de relation sexuelle contrainte que la première fois.

Ensuite, cela aurait été consenti. Pour « les cadeaux » et « faire comme les copines ». Sauf qu’elle n’était pas avec un autre collégien, comme ses amies, mais avec un homme de quarante-quatre ans de plus qu’elle.

« Il m’a forcée au départ.
– Forcée à quoi ?
– À faire l’amour. »

De manière inhabituelle, le procès des mardi 21 et mercredi 22 septembre devant la cour d’assises de la Nièvre s’est ouvert par la lecture d’extraits de la déposition de la partie civile. Âgée de 13 ans au début des faits, qu’elle a dénoncés lorsqu’elle en avait 16, elle est désormais majeure et absente du procès.

Pour cadrer les débats, le président, Sami Ben Hadj Yahia, a donc repris ses déclarations les plus fortes et les plus signifiantes face aux gendarmes.

«Je m’en voulais parce que je n’étais pas prête et que j’avais peur de la réaction de mes parents».

« Comment tu t’es sentie après ?
– Je m’en voulais.
– Pourquoi ?
– Parce que je n’étais pas prête et que j’avais peur de la réaction de mes parents. »

L’accusé de 65 ans est un ami de la famille de la victime.

Un vendredi de 2013, il s’est proposé de la ramener du collège dans son véhicule sans permis. Il se serait arrêté dans un bois et il l’aurait violée. Ensuite, chaque mercredi après-midi, il la conduisait chez sa grand-mère. Là encore, il y aurait eu un détour par ce coin reculé. Pour des relations sexuelles avec la mineure dans la voiturette.

Il l’aurait espionnée sur son compte Facebook

« C’était des viols ?
– La première fois, oui.
– Et les autres fois ?
– Non, parce que j’étais d’accord.
– Tu étais d’accord ?
– J’en avais envie et je voulais faire comme mes copines. »

La partie civile a raconté qu’il lui faisait souvent des cadeaux. Des bracelets, des colliers… Et un téléphone, sur lequel ils échangeaient des « mots doux » par SMS. Il lui aurait aussi ouvert un compte Facebook, dont il aurait conservé le code d’accès pour l’espionner et lui reprocher ses contacts avec des garçons de son âge.

Au bout de plusieurs mois, il lui aurait offert une bague et demandé sa main.

L’adolescente relate :

« J’ai accepté, pour lui faire plaisir… ».

L’accusé, qui comparaît libre, se défend :

« Elle m’accuse, d’accord, mais il n’y a rien eu ».

Durant l’instruction, il a nié, puis reconnu des relations consenties, avant de se rétracter.

« On était très proche l’un de l’autre. Mais ça n’a jamais été plus loin. Elle m’a dit qu’elle était amoureuse de moi. Mais je lui ai dit que j’avais une famille et qu’il ne se passerait rien. »

Selon le récit de la partie civile, elle n’a plus vu l’accusé à partir du moment où elle a eu un petit ami au lycée et où elle a refusé de se rendre chez sa grand-mère le mercredi après-midi. Seulement, la compagne du sexagénaire avait trouvé des messages douteux sur son téléphone et elle a prévenu les parents de l’enfant, qui ont déposé plainte.

Le président note :

« Elle ne vous accable pas ».

« Elle fait la part des choses entre la première fois et les suivantes ».

L’accusé répète :

« Il n’y a jamais rien eu ».

Le sexagénaire a avoué, après un jour de procès, des relations sexuelles avec la jeune victime. Le sexagénaire est questionné en profondeur, dans la soirée du mardi 21 septembre, à Nevers, sur sa reconnaissance des faits durant l’instruction, avant sa rétractation. Et c’est alors qu’au mitan du procès, il bascule.

Le président le coince dans ses contradictions, boucle toutes les issues de secours verbales.

Et l’accusé cède dans un grognement :

« C’est oui. »

Les masturbations, les pénétrations digitales, il les reconnaît à nouveau.

Il minimise :

« Six ou sept fois ».

Il conteste encore certaines déclarations de la partie civile, notamment les pénétrations péniennes, mais l’essentiel est là. Il y a bien eu des relations sexuelles avec la plaignante, âgée de 13 ans lorsque ça a commencé, absente à l’audience.

Ces actes étaient consentis, à l’exception du premier, a toujours soutenu l’adolescente. Mais la grande différence d’âge entre eux (quarante-quatre ans), la vulnérabilité intellectuelle dans laquelle elle se trouvait, la figure d’autorité qu’il revêtait, brouillent les frontières entre un accord tacite et éclairé et une manipulation perverse.

La cour d’assises de la Nièvre aura à décider, mercredi 22 septembre, si elle condamne l’accusé pour viol ou pour viols. D’ici là, elle s’attachera à mieux le connaître. Ancien employé, entre autres, de la SNCF et d’un service municipal d’espaces verts, il est désormais retraité… et célibataire.

Cette affaire a mis fin à son couple, qui battait déjà de l’aile. Le lit conjugal commençait à être froid, lorsqu’il s’est mis à rencontrer hebdomadairement la jeune fille. À l’époque, il était aussi fréquemment sur internet. En quête d’une relation. Tarifée ou non.

Le président, Sami Ben Hadj Yahia, , l’interroge :

« Pour compenser ce que vous n’aviez plus à la maison ? »

Il répond :

« Oui, c’est ça ».

Il multipliait aussi des contacts sur les réseaux sociaux avec des adolescentes. Là aussi avec des intentions sexuelles ?

Il se cabre :

« Non ».

Faut-il le croire ? Alors qu’il a menti à plusieurs reprises sur des détails plus ou moins importants de sa biographie. Il est en effet capable de s’inventer un service militaire sur un porte-avions voguant jusqu’à Tahiti, ce qui paraît sans conséquence. Comme de donner aux enquêteurs un mauvais prénom pour l’une de ses filles, née d’une première union, ce qui semble préoccupant.

L’avocat général, Vincent Bonnefoy, au sujet du premier mensonge, réagit :

« Vous avez une propension à dire n’importe quoi qui est conséquente ».

Pour sa fille, il lance :

« J’émets l’hypothèse que vous n’aviez pas vraiment envie que nous retrouvions cette personne ».

L’accusé a été mis en examen également pour des viols incestueux sur une fille de son second ménage. L’instruction a débouché sur un non-lieu. Mais ces soupçons pourraient bien former un nuage noir au-dessus du sexagénaire lors des délibérés. Groggy après ses aveux et alors que les avocats ont encore des questions à lui poser, le président lui propose une siège. Il finit ainsi l’audience assis. Visiblement K.-O.

Finalement, le retraité de 65 ans a été condamné à 8 ans de prison par la cour d’assises de la Nièvre, pour des viols sur la fille de ses amis, sur une période courant des 14 ans aux 16 ans de la victime.

Au terme de trois heures et demie de réflexion, la cour d’assises de la Nièvre a reconnu, dans la soirée du mercredi 22 septembre, un retraité de 65 ans coupable de viols sur la fille de ses amis, quand elle était âgée de 14 à 16 ans.

Dans ses motivations, le jury a relevé le « conditionnement » de la mineure, qui a reconnu avoir fini par éprouver des « sentiments pour son bourreau », comme l’a expliqué son avocate, la première à prendre la parole lorsque les plaidoiries ont commencé.

« Il l’a manipulée, l’a contrôlée »

Sur l’absence de la victime :

« Elle n’a pas eu la force, le courage de venir. Je lui ai parlé de l’importance d’être présente. Elle m’a dit qu’elle allait essayer… mais c’était trop dur. »

Sur ses parents :

« Elle a vécu dans une famille défaillante. Elle était laissée à son propre sort. Son père et sa mère ne lui donnaient aucun repère. »

Sur la rencontre avec l’accusé :

« Elle recherchait de l’affection. Elle a vu en lui un ami, un confident, un second père. Quelqu’un de présent, tout simplement. »

Sur l’emprise :

« La relation était déséquilibrée dès le départ. Elle ne se rendait pas compte qu’elle était complètement dépendante. Il en a profité, l’a manipulée, l’a contrôlée. »

Sur le premier viol :

« Elle a dit non. Elle a eu mal. Elle avait 14 ans. Elle a saigné. Elle n’avait jamais eu de relation sexuelle. »

Sur les autres fois :

« Elle a eu des sentiments pour son bourreau. Si elle n’est pas là, c’est aussi parce qu’elle a honte d’avoir aimé cet homme-là. »

Sur les aveux partiels :

« Il reconnaît a minima, en salissant [la victime], en disant qu’elle n’était pas vierge ».

Sur les parents :

« Ils ne sont pas là. Manifestement, ce qui est arrivé à leur fille ne les intéresse pas beaucoup. C’était vraiment quelqu’un de profondément seul. »

Sur l’absence de la victime :

« Venir dire devant tant d’adultes, dans un tel décorum, qu’elle a été violée et qu’à un moment elle y a pris du plaisir, c’était une montagne trop haute à gravir. »

Sur la crédibilité de la victime :

« Il y a sa constance. Et il y a sa franchise. Car ses déclarations ne vont pas toujours dans le sens de ses intérêts. »

Sur la crédibilité de l’accusé :

« Il a osé jurer à sa femme qu’il n’y avait rien eu, sur la tête de ses enfants ! C’est un parjure… Un parjure, un menteur et un violeur. »

Sur les aveux partiels :

« Il n’a pas envie d’aller au bout de la reconnaissance des faits. C’est lamentable, mais le mensonge fait partie de son ADN. »

Sur le consentement :

« Elle a moins de 15 ans et elle est considérée comme vulnérable. À partir de là, la loi nous dit que, s’il y a eu rapport sexuel, il y a eu viol. Son accord n’était pas valable. »

Sur la pédophilie :

« Je ne crois pas que [l’accusé] ait des tendances pédophiles. Il trouvait juste [la victime] jolie, je ne pense pas qu’il est allé chercher l’enfant en elle. »

Il a requis une peine de 8 à 10 ans de prison.

Sur l’absence de la victime :

« Toute une série de questions n’ont pas pu être posées. Elles auraient pu laisser apparaître des contradictions. Il est plus facile d’être constant lorsque l’on n’est pas là. »

Sur ses parents :

« Je me demande toujours pourquoi ils ont laissé leur fille partir aussi souvent avec un homme de cet âge. […] Ils n’ont absolument rien fait en 2015, quand sa compagne les a prévenus qu’il se passait quelque chose. Ils n’ont déposé plainte qu’en 2016. Pourquoi ? En raison de la dégradation, à cette époque, de leurs relations avec [l’accusé] ? On peut se le demander ».

Sur la lettre de la victime :

« Ce n’est pas habituel d’avoir une partie civile qui écrive à un accusé. Ce n’est pas habituel qu’une partie civile dise qu’elle veut vivre avec l’accusé, avoir des enfants de lui. Ce n’est pas habituel d’avoir une partie civile qui fuit le regard du psychologue durant tout l’entretien, au point que celui-ci n’exclue pas qu’elle puisse lui avoir parlé de choses qui ne se seraient pas produites. »

Verdict

Le jury s’est retiré à 15 h 45. Il est revenu à 19 h 15 avec un verdict de culpabilité sur l’ensemble des faits. La peine est de 8 ans de prison. Elle s’accompagne d’un suivi sociojudiciaire de 3 ans, d’une obligation de soins, d’une interdiction de toute activité en contact habituel avec des mineurs, d’une inscription au fichier automatisé des délinquants et criminels sexuels…

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