Les réseaux pédocriminels n’existent pas | Round 15 | Réseau Smith-Rochdale

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Comment le député pédophile Cyril Smith a été protégé par le MI5 et l’establishment anglais.
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Un livre explosif vient de sortir en Angleterre, écrit par un député successeur de Smith dans sa bonne ville de Rochdale. Ce livre nous apprend, en plus, que malgré plus de 144 plaintes de victimes contre Smith, la police a été forcée par le MI5 de laisser tomber ses enquêtes.

Le podcast complet de cet article est téléchargeable ci-dessous (clic-droit puis “enregistrer la cible du lien sous”) ou à retrouver sur notre chaine Youtube.

Podcast – Réseau Smith – Rochdale (15′)

La question est : pourquoi ?

Simon Danczuk [1], l’auteur de ce livre diffusé en épisodes dans le Daily Mail, est dégouté depuis qu’il a rencontré des victimes et aussi un ancien flic de la Metropolitan Police, venu lui parler des nombreux dossiers qu’avait la « Met » sur Cyril Smith.

Fort heureusement, contrairement à la France, il existe en Angleterre un Freedom of Information Act, qui consiste à transmettre des documents sensibles à la demande des journalistes, d’historiens ou même de personnes lambda.

Parfois, cette procédure fonctionne, en l’occurrence elle a permis de mettre la main sur des documents jusque-là planqués aux yeux du public, concernant Cyril Smith.

Pendant quarante ans, les flics ont été systématiquement forcés à abandonner leurs investigations concernant les activités pédophiles de Smith, qu’on trouve aussi bien parmi les clients des orphelinats du Pays-de-Galles ou à Elm Guest House[2].

Grâce à son clientélisme, il a régné sur la ville de Rochdale (10 km au nord de Manchester) pendant 40 ans, et s’est agité sur la scène nationale pendant 20 ans.

A Rochdale, personne n’entrait au conseil municipal sans son aval.

Les membres de son parti l’ont protégé, disant à la police qu’une procédure contre Smith nuirait inévitablement au budget de la sécurité, par exemple.

D’après Dankzuc, Smith a aussi été protégé par des politiciens conservateurs liés au Paedophile Information Exchange, un groupe de pédophiles qui s’échangeaient les bons plans, des images et vidéos, et qui faisaient du lobbying pour « les droits des pédophiles » et l’abaissement de la majorité sexuelle à quatre ans.

Cela, en partie avec des subventions publiques.

Patricia Hewitt (ex secrétaire d’État à la Santé), Harriett Harman, Jack Dromey (le mari d’Harman), seraient parmi ceux qui ont assuré l’impunité de Cyril Smith.

Ce sont aussi ces politiques, toujours en activité, qui ont bloqué une bonne partie des lois destinées à protéger les enfants.

Smith était aussi proche du leader du Paedophile Information Exchange, Peter Righton, qui était le professionnel national en matière d’abus commis contre les enfants, pour le National Childrens Bureau.

Sans blague, il a seulement été grillé en toute fin de carrière après avoir minimisé autant qu’il le pouvait toutes les affaires d’abus à grande échelle commis dans de nombreuses institutions du pays.

Et au passage, en défendant ouvertement les “relations sexuelles” entre adultes et enfants.

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Righton était, semble-t-il, au centre d’un énorme réseau pédophile qui remontait jusqu’à Downing Street, le squat du premier ministre [3].

Il n’hésitait pas à menacer les victimes, ou à leur promettre une belle carrière si elles se taisaient, grâce à ses amis au gouvernement.

Smith a même été nommé chevalier de l’ordre de la reine, puis anobli en 1988, à la demande du leader du parti libéral auquel il appartenait, Lord Steel, et malgré que celui-ci était parfaitement au courant des accusations contre Smith.

Son parti l’a en effet couvert parce qu’il était populaire, avec un accès assuré aux médias et un discours populiste du genre : les chômeurs sont des parias, les classes moyennes laborieuses sont l’Angleterre.

Il faut dire que le leader du parti de 1967 à 1976, Jeremy Thorpe, a été accusé de vouloir faire assassiner le maquereau d’un jeune prostitué qu’il fréquentait [5].

Toutefois, il est probable que Thorpe ait aussi agi à la demande de ses copains.

Marié à une cousine de la reine, Thorpe avait de l’entregent.

Le parti libéral a tout fait pour dissimuler les faits, et encore aujourd’hui.

Quand Simon Danczuk a commencé à remuer cette boue [6], certains membres du parti ne lui ont plus adressé la parole.

Quand, en 2012, il a commencé à dénoncer les viols commis par Smith, des collègues sont allés le dénigrer sur les plateaux télé.

Quant au patron du parti, Nick Clegg, il n’a jamais eu assez de flatteries pour Smith.

Et son bras droit de l’époque, Simon Hugues, qui a révélé être homosexuel puis bisexuel, était lui aussi très proche de Smith [7].

Celui-ci l’a soutenu en 2006 quand Hughes a voulu prendre la tête du parti.

Smith qualifiait Hughes “d’ami personnel depuis 20 ans“.

Une des raisons pour lesquelles Smith a pu être ainsi protégé, c’est qu’il a été l’un des grands artisans du rapprochement entre les libéraux et le Labour, qui a ainsi pu rester au pouvoir.

Auparavant, en 1974, il avait opéré un rapprochement avec les conservateurs, menés par le sataniste et pédophile Ted Heath, passé lui aussi, entre autres, par l’orphelinat de Jersey.

Heath lui avait même promis un ministère.

C’est à partir de cette époque que les fichiers sur Smith ont commencé à disparaître.

Et maintenant que le scandale éclate enfin, eh bien personne ne savait rien : Nick Clegg, chef du parti libéral, n’a jamais entendu parler d’aucune accusation contre Smith.

Roger Ellis, ancien chef exécutif de la ville pendant 12 ans, n’a jamais rien entendu non plus

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Protection par le MI5

Au fur et à mesure que Smith constatait son impunité, il prenait de plus en plus de libertés.

A la fin des années 70, tous les flics savaient que Smith appréciait beaucoup les jeunes garçons, et ils disposaient de très nombreux témoignages à ce sujet.

Pourtant, l’étouffement a perduré.

D’après Tony Robinson, officier la police du Lancashire dans les années 70, tous les fichiers sur Smith ont été pris par le MI5 dans les locaux de la police de Preston, où ils étaient en sécurité, pour les amener à Londres.

On n’a plus retrouvé la trace de ces fichiers depuis.

Ces agents venaient probablement de la section chargée de s’occuper des députés.

Dans ces dossiers, il y avait les déclarations détaillées de plusieurs des victimes de Smith.

Des policiers sont aussi venus dire à Danczuk que la police était parfaitement au courant des agissements de Smith, mais que leurs supérieurs refusaient d’agir.

Son cas était tellement connu qu’il était abordé lors de la formation des policiers sur les abus contre les enfants.

Au moins trois investigations poussées de la police ont eu lieu contre Smith, en 1970, 1998 et 1999, et ont été communiquées au parquet, qui n’a pas poursuivi car ce n’était “pas dans l’intérêt du public” [8] !

Une fois, la police a retrouvé de la pédopornographie dans le véhicule de Smith, mais suite à « un coup de fil de Londres », ils ont du le laisser repartir avec.

Rien de grave, sans doute, selon les autorités anglaises.

Et un sentiment croissant d’impunité pour Smith.

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Plus de 144 plaintes concernant Smith ont été déposées à la police durant quarante ans.

Aucune n’a été instruite par la justice, car toutes les poursuites ont systématiquement été bloquées par les autorités.

Qui a donné ces ordres ? Il serait intéressant de le savoir.

Dans les années 70, il a été arrêté plusieurs fois dans des toilettes publiques à du parc St James à Londres, haut lieu de prostitution masculine où il était facile de trouver des jeunes.

Bien sûr, il est reparti libre à chaque fois, en raison de son « statut ».

On est écœuré, les victimes le sont encore plus.

En 1972, une nouvelle enquête est lancée par la police de Rochdale au sujet de Smith.

Mais très vite, les policiers ont été menacés par le chef du conseil municipal, un libéral du même parti que Smith.

D’autres ont été “découragés” de l’interroger au cours d’une enquête concernant le meurtre d’un jeune homme disant être l’une des victimes de Smith.

Il a quand-même été entendu au moins deux fois par la police, suite aux déclarations de huit enfants.

Évidemment, il a nié avoir abusé d’enfants au Cambridge House Hôtel, mais n’a pas fait de déclaration officielle.

En effet, la police disposait de sept témoignages différents concernant les perversités de Smith dans ce foyer.

Il est revenu une semaine plus tard, visiblement conseillé entre-temps par ses avocats, rappelant à quel point il était populaire, et à quel point il aimait les enfants, d’ailleurs ses bonnes œuvres le prouvent.

“Je pourrais appeler vraiment beaucoup de témoins, et pas seulement sur ma propre intégrité, qui n’a jamais été remise en cause, mais aussi sur l’aide incessante et le soutien que j’ai toujours été connu pour donner aux écoliers en général, et à ceux de la ville en particulier”, a-t il déclaré ce jour là.

Danczuk a constaté que ces protections sont toujours très actives même après la mort de Smith.

Il est vrai que certains faits posent question.

Par exemple, en novembre 2012 la police de Manchester (qui gère Rochdale) a promis qu’elle allait rouvrir les dossiers concernant Cyril Smith, mais il s’est avéré six mois plus tard que ladite enquête avait été close.

Ce qui étonnant quand on voit le nombre de déclarations (144 au moins) qu’il fallait ré examiner.

Et si, comme le disent les flics, Savile, et Smith, ne sont que “le sommet de l’iceberg“, on n’a pas fini d’en apprendre.

D’autant que tout cela, évidemment, a certainement continué de plus belle.

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Le réseau

La première victime connue de la police évoque des faits remontant à 1961, elle avait 14 ans à l’époque.

Smith l’avait sélectionnée parmi les enfants qui ont chanté lors d’une visite d’école, et s’est arrangé pour lui proposer de le payer pour prendre des cours de chants avec lui.

Mais, les premiers soupçons de la police de Rochdale remontent aux années 50.

Un des terrains de chasse favoris de Cyril Smith était la Knowl View School, un internat pour les jeunes ayant des difficultés d’apprentissage ouvert en 1969, dont il était gouverneur.

Il avait les clés des chambres des enfants, qu’il pouvait violer comme il le voulait.

Récemment, sept victimes de cette école sont venues dénoncer 11 suspects qui ont été identifiés [9].

La situation était devenue telle dans cet établissement, qu’en 1991 un spécialiste du SIDA venu étudier élèves de la Knowl View Scool a fait un rapport (et une conférence) à Rochdale, expliquant que si le grand public apprenait ce qu’il contenait, il “serait horrifié”.

D’ailleurs, ce rapport a promptement été mis au placard.

En effet : Phil Shepherd a constaté que 36 enfants de l’école âgés de 8 à 16 ans (un peu plus d’un quart des élèves) avaient des problèmes sérieux de sécurité et de comportements sexuels.

Shepherd a entendu des enfants lui dire que la nuit, des adultes venaient dans le dortoir et avaient des rapports sexuels avec des enfants.

On laissait des ados sortir régulièrement avec leurs petits copains adultes.

De nombreux élèves plus âgés avaient des rapports sexuels avec des plus jeunes.

Cinq parmi les plus jeunes faisaient leurs tournées dans les toilettes publiques [10]

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“Je me rappelle de son regard, comme celui d’une bête jaugeant sa proie”,

a dit une de ses nombreuses victimes (toutes des garçons, semble-t-il) violée en 1963 à Cambridge House, un autre foyer qu’il avait contribué à mettre en place avec d’autres politiciens [11], et destiné en principe à aider des jeunes défavorisés et à problèmes à trouver un travail.

Il se montrait hyper violent (au point d’envoyer des enfants à l’hôpital), méprisant, mentait à tous pour parvenir à ses fins.

A côté de cela, Smith en faisait des tonnes pour passer pour un inlassable défenseur des enfants.

Par exemple, il donnait de l’argent au club de foot.

Mais, cela lui donnait le droit de tripoter des enfants impunément.

Smith, en tant que politicien local bien implanté, était gouverneur d’une trentaine d’écoles.

Par ailleurs, Smith était un ami de Jimmy Savile, évidemment.

D’après Danczuk, Smith a protégé d’autres pédophiles de Rochdale, devenus ses sbires et jamais poursuivis.

Des gangs de pédophiles seraient actifs depuis bien longtemps à Rochdale, et Smith aurait su faire fonctionner ces réseaux en sa faveur.

Des pédophiles venaient de 40 kilomètres à la ronde pour se taper des enfants à la Knowl View School.

On commence aussi à reparler de Sydney Cooke, qui a été condamné pour deux meurtres d’enfants lors d’orgies entre pédophiles [12].

On a déjà parlé de lui plusieurs fois.

En gros, il faut surtout retenir que la police estimait que Cooke et son gang (tous passés pour des « marginaux », c’est tellement plus pratique) avaient commis au moins neuf meurtres d’enfants.

On sait aussi qu’un membre du gang était aussi présent lors du meurtre de Jason Swift, en 1985 [13].

Jason Swift était un ado de 14 ans qui, manifestement, se prostituait, après être passé par un orphelinat d’Islington, dont on a déjà parlé également car les 12 orphelinats de la ville, alors gérée par Margaret Hoodge, nommée ensuite par Tony Blair comme première “ministre de l’enfance”, abritaient des réseaux pédophiles.

Il y a aussi des connexions entre le réseau pédophile de Cooke et celui des émigrés anglais d’Amsterdam, dans les années 80, début 90.

En effet, une victime de Cooke a dit qu’on l’envoyait parfois jusqu’aux Pays-Bas, pays devenu un havre de paix pour les pédophiles anglais en goguette.

Et surtout, on pense aussi que Cooke, qui était manifestement un Dutroux à l‘anglaise, fournissait Smith en chair fraîche.

A l’époque, des photos et vidéos avaient été saisies, sur lesquelles on voyait plusieurs adultes violer des mineurs.

Un ancien ministre qu’on voit sur les vidéos a admis devant les policiers qui l’interrogeaient avoir été présent à des partouzes, organisées par Sidney Cooke, et auxquelles on pouvait aussi croiser Jimmy Savile ou Cyril Smith, ou des juges…

Là aussi, bizarrement, on a vu le MI5 intervenir, envoyant des agents auprès des victimes en se faisant passer pour des journalistes.

Mais, l’affaire concernant le réseau de Cooke a été largement étouffée, et on n’en connaître jamais qu’une toute petite partie.

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La pédophilie de nos « élites » dirigeantes est un vrai problème, pour deux raisons essentielles : leur impunité créé une banalisation de la pédophilie puisqu’ils mettent en place un système politique basé sur cela.

Ensuite, ces gens sont sujets au chantage, et donc nuisibles à l’intérêt général.

Combien de décisions ont été prises parce qu’en face, les autres ont des dossiers sur un décideur ?

Enfin, suite à cette banalisation qui se fait par le haut, nous sommes désormais, en Angleterre aussi bien qu’en France et ailleurs, face à une véritable urgence de santé publique.

Nous faisons aujourd’hui face à une véritable épidémie d’abus sexuels, institutionnalisés mais aussi dans les cellules familiales.

 

[1] Il est député de Rochdale depuis 2010.

[2] Un bordel pour pédophiles actif à Londres au début des années 80.

Les VIP venaient y violer des gamins pris dans les orphelinats du coin.

[3] On le retrouve aussi à Elm Guest House et dans les orphelinats du Pays de Galles.

[4] Précisons que, comme sarkoléon et comme tous les populistes, Smith n’a en réalité jamais cessé d’attaquer les classes moyennes.

Il n’a pas non plus hésité à faire passer des réformes qui l’avantageaient personnellement.

[5] Lors de son procès en 1978, Thorpe avait menacé de balancer sur les perversions de membres du gouvernement.

Ça a marché : il a finalement été jugé non coupable.

[6] Il a dénoncé Smith comme étant pédophile fin 2012 au Parlement, au moment où le scandale Savile a éclaté.

[7] Il s’est aussi rendu à l’émission Tops of the Pops de Jimmy Savile, ce qu’il a pourtant nié dans un premier temps.

[8] C’est du moins la justification donnée par le parquet pour au moins une de ces trois investigations qui lui ont été transmises.

[9] En 2000, une enquête menée au sujet de la Knowl View School a mené à l’arrestation d’un enseignant, David Higgins, pour indécence et agression sexuelle commis en 1971.

Il n’y avait pas assez de preuves pour charger d’autres suspects.

[10] La police a grillé un des gamins, âgé de 8 ans. Mais il ne s’est rien passé…

[11] Le foyer était financé par les contribuables, mais aussi par les donations de plusieurs hommes d’affaires.

Pour le remplir, Smith est allé trouver des familles défavorisées pour leur dire que leurs enfants seraient bien mieux à la Cambridge House.

[12] Pour cela, il  n’a mystérieusement pris que 19 ans de prison.

Puis sa peine a encore été réduite de 3 ans après qu’un membre du gang, Leslie Bailey, ait dit que c’était lui le leader du groupe, ce qui était faux.

Cooke a donc été libéré en 1998 après 9 ans de taule seulement.

Cooke avait pourtant l’habitude de pervertir des enfants (toujours des garçons semble-t-il), jusqu’à ce qu’ils considèrent comme « normal » d’avoir des relations sexuelles avec des adultes.

« Il me donnait du plaisir et je le lui rendais », a dit Cooke au sujet de sa victime préférée, qu’il a violée de 1972 à 1978.

[13] William Malcolm, lui aussi condamné par ailleurs, était présent lors du meurtre de Jason Swift.

Juste après sa sortie de prison, il a été tué d’une balle dans la tête sur le pas de sa porte.

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