France | Delphine Guidoni vient de publier “Les Yeux bleus de mon père”
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 19/03/2026
- 17:00
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Il aura fallu que Delphine Guidoni arrive à 35 ans pour se libérer. En ce dimanche de Pâques où sa fille va souffler sa première bougie, tout bascule à Puisserguier. La scène est pourtant anodine pour tout un chacun. Une petite fille sur les genoux de son grand-père.
“Ce jour-là, explique Delphine, quelque chose a traversé mon corps, comme une lame enfoncée et retirée immédiatement. Cela m’a figé. Bien entendu que je savais, mais c’était un secret que je m’étais promis de garder. Depuis toute petite, je l’ai caché en moi, à tel point que j’en ai fait un déni. J’avais même fini par oublier jusqu’à ce jour-là.”
Le premier qui saura ? Le mari de Delphine, celui qui a essuyé ses humeurs, les difficultés du couple, mais qui est resté.
“Je lui ai tout dit. J’ai été abusée… Je n’arrivais pas à dire par qui et puis il a insisté et c’est sorti. Mon père.” Le premier pas est franchi. Delphine ne peut plus aller en arrière. Elle livre toute son enfance. Elle a été abusée jusqu’à l’âge de 11 ans. Depuis quand ? Elle ne le sait pas.”Mes premières règles ont été mes principales excuses pour déjouer les intentions de mon père.” À compter de ce jour, hors de question de laisser sa fille dans les griffes de ce grand-père, ce “monstre”.
Arrive le jour où Delphine parvient à parler à son père. Elle est soutenue par un seul de ses deux frères et son mari.
“Pendant 35 ans, je n’avais jamais regardé mon père dans les yeux. Ce jour-là, j’ai vu le bleu de ses yeux. C’est la dernière fois que je l’ai vu. Je lui ai demandé pourquoi ? Je n’ai pas eu de réponse. En revanche, il a reconnu les faits. J’avais décidé de faire une croix sur cette cellule familiale que je trouvais nocive, d’autant que je savais que ma mère et mon frère aîné avaient tout écouté sans prendre parti pour moi. Mais ce jour-là, j’ai perdu ma mère et mon père. Elle savait tout depuis toujours et n’avait jamais rien dit de ce qui se passait dans notre famille “idéale”. J’ai pu dire à mon père, “tu es un pédophile et je suis ta victime”. Cela a été très fort. Je me suis fait ma propre justice. Jamais il n’a parlé durant notre conversation. Je l’ai juste senti triste parce que notre secret était levé. Il n’avait plus d’emprise sur moi. J’avais osé parler.”
Pendant dix ans, Delphine a gardé cette vie de souffrance enfouie. Puis elle a décidé de parfaire sa thérapie en couchant sur le papier toute son histoire. Pas question d’écrire quelque chose qui va incriminer qui que ce soit. Non ! L’idée a été, dès le début, de faire remonter quelque chose de positif de ce drame.
Parallèlement, Delphine s’est formée à la psychanalyse, ce qui l’a aidée à se reconstruire.
“J’ai, dans un premier temps réfléchi à l’impact que pourrait avoir un tel livre. Et j’ai décidé de ne pas me taire face à l’inceste et la pédophilie. Cela existe et nous les victimes, nous devons nous libérer de cette emprise qu’on nous impose. C’était décidé, il n’était pas question de fermer les yeux sur ce que j’avais vécu.” Il va falloir quand même trois années pour que le livre sorte enfin. La première année de rédaction, Delphine parvient à décrire sa vie en huit chapitres. Mais elle va buter sur le neuvième chapitre et devoir s’arrêter. Delphine ne parvient pas à aborder l’essentiel. Ce qui la traumatise et pourrit sa vie depuis des années.
“Je n’y arrivais pas. Je ne pouvais pas écrire ce qu’il m’avait fait subir. Les mots étaient trop durs. Alors j’ai arrêté.”
Mais Delphine a débuté ses consultations en psychanalyse. Elle aidait une femme qui souffrait comme elle. Les résultats encourageants des travaux qu’elles ont menés ensemble ont fini par avoir le dessus de sa torpeur.
“J’ai tout repris. J’ai écrit ces mots qui me faisaient si mal. Je les ai écrits en pleurant. Je me suis battue contre moi-même. “Victime”, “pédophile”.
Ces deux mots noircis sur le papier et j’avais gagné. J’ai enfin pu avancer. Ils étaient sortis”, raconte Delphine, la voix nouée par l’émotion. Et elle a de nouveau beaucoup pleuré quand elle a posé le point final à cet ouvrage.
“Je suis fière d’avoir écrit ce livre. Je suis fière, car il y a plein de victimes qui pourront se reconnaître, mais aussi parce que c’est une libération. S’il doit se passer quelque chose maintenant, je m’en fiche. C’est que ce sera sa destinée. Je suis suffisamment forte pour ne plus avoir à me rétracter sur ce sujet. Mes géniteurs ne me font plus rien craindre.”
Delphine Guidoni a fait le choix de ne pas poursuivre son père devant la justice.
“Les yeux bleus de mon père” disponible aux éditions L’écharpe d’Iris 13 €. L’ouvrage est disponible en version dématérialisée . Delphine Guidoni dédicacera son ouvrage courant avril à Cultura à Béziers. La date n’est pas encore définitivement arrêtée.
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