Doubs | Elle dénonce des viols et des agressions sexuelles subis dans une école catholique
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- 02/03/2026
- 20:10
La parole se libère du côté des anciens élèves d’écoles catholiques partout en France.
En 2023 l’affaire Betharram, met en lumière les violences qui pouvaient être commises dans ces écoles.
Depuis quelques semaines, les établissements catholiques de la congrégation lasallienne sont pointés du doigt.
Le 1er février 2026, un collectif d’anciens élèves s’est constitué pour dénoncer les violences physiques et sexuelles qui s’y seraient produites.
Marie-Paule*, âgée de 67 ans a été scolarisée une partie de son enfance, dans les années 1970, au sein de l’ancienne école lasallienne de Besançon, Saint-Bernard Sainte-Marthe.
Aujourd’hui installée à Lons-le-Saunier dans le Jura, elle dénonce des viols et agressions sexuelles commis par l’ancien directeur de l’école.
Elle aurait été victime de ce frère laïque entre le CE2 et la quatrième.
Son agresseur avait alors une cinquantaine d’années.
Le frère P. est décédé à Besançon en 2000.
Selon Marie-Paule*, plusieurs autres petites filles auraient été victimes de l’homme d’église.
La Lédonienne arrive dans l’école Saint-Bernard Sainte-Marthe en CE1 ou CE2, ses parents veulent une éducation stricte catholique pour leurs enfants.
Les sévices commencent rapidement :
“Il a organisé un véritable guet-apens pour nous avoir à sa merci. Il est devenu ami avec mes parents, il venait déjeuner, dîner à la maison”, se souvient Paule*.
Elle dénonce des faits graves, des pénétrations digitales, des masturbations, et décrit une ambiance pesante instaurée par l’homme d’Église :
“C’était quelqu’un de mielleux, qui pour arriver à ses fins, usait de prétextes qui n’en étaient pas. Par exemple il nous demandait d’aller ranger des choses dans la maison du patronage. On quittait l’école, et c’est là qu’il se rapprochait de nous très fortement”, raconte l’ancienne élève.
Marie-Paule* affirme que sa petite sœur ainsi que plusieurs autres fillettes ont été victimes du frère P.
Les violences se produisent durant plusieurs années, parfois à l’école, d’autres fois lors de voyages :
“Il m’a emmenée à un séminaire, je crois qu’il appelait ça comme ça. Il m’a emmenée le samedi, on est revenu dimanche. Il y a eu des attouchements dans la voiture, bien évidemment. Mais j’ai une amnésie totale de ce qui s’est passé là-bas”, témoigne Marie-Paule.
À son arrivée au collège, la Lédonnienne pense être sortie d’affaire alors qu’elle quitte l’établissement, mais le cauchemar continue :
“J’étais tous les midis à la cantine avec le frère P. parce qu’il a proposé à ma mère que j’aille déjeuner dans son école tous les midis, certainement en lui offrant un prix pour la cantine. Je me suis retrouvée à être à la cantine avec lui, à sa table. Il se passait encore des rapprochements”, se désole-t-elle.
À la fin de la cinquième, tout s’arrête :
“Je pense qu’il s’est senti en danger, j’avais plus de 12 ans donc je pouvais peut-être parler. Je ne sais pas vraiment, mais les choses se sont arrêtées à ce moment-là”, conclut-elle.
Des conséquences énormes
Ces violences sexuelles ont durablement marqué Marie-Paule* :
“Lorsque j’étais enfant, j’ai commencé à faire des insomnies. J’étais énurétique. J’ai fait pipi au lit très très longtemps”, raconte-t-elle. “Pendant ces insomnies, je pensais que le diable allait m’emmener en enfer, je comprenais que c’était mal mais je ne comprenais pas ce que l’on me faisait”, complète la victime.
Durant ces années de calvaire, Marie-Paule* et sa sœur tentent d’alerter leurs parents :
“Ils ont refusé d’entendre ce qui nous était arrivé. Pourtant des amis ont tenté de les prévenir, on a essayé de leur parler mais ils étaient dans un déni total”, raconte-t-elle.
Si aujourd’hui la retraitée ne reproche rien à ses parents, elle a très tôt quitté le domicile familial, et Besançon.
Elle n’a plus jamais mis les pieds dans la préfecture du Doubs, traumatisée par son passé.
“Toute ma vie, j’ai été terrorisée”, se désole la sexagénaire.
Son parcours de vie a été, par la suite, tout particulièrement compliqué.
Grâce à plusieurs années de thérapie, et aidée par sa vocation professionnelle, Marie-Paule sort progressivement de l’enfer et devient infirmière.
Ce drame a néanmoins marqué sa vie entière :
“Je n’ai pas voulu d’enfant, parce que je n’avais pas réglé ça. Il était impensable pour moi de procréer”, se désole-t-elle.
Le frère P. aurait été “déplacé” en 1975 selon Marie-Paule*.
Beaucoup de rumeurs auraient circulé à son sujet.
Depuis 2014, la congrégation des Frères des écoles chrétiennes a mis en place une cellule d’écoute, chargée de recueillir des signalements et “d’accompagner” les victimes. Selon l’avocat de la congrégation, Me Matthias Pujos “72 saisines” ont été enregistrées. 70 d’entre elles ont permis le versement d’une indemnité financière, conformément aux recommandations de la Commission reconnaissance et réparation (CRR) mise en place par l’Église.
Si Marie-Paule* a choisi de témoigner, c’est avant tout pour mettre en lumière ces agissements et protéger de futures victimes potentielles :
“Aujourd’hui ce n’est pas nécessaire pour moi, c’est plus bouleversant qu’autre chose et je ne peux pas revenir sur ma vie. Mais au moins, j’espère que ça servira. Il est important que les parents croient leurs enfants”, conclut l’ancienne élève.
*Le prénom a été modifié
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