Cahors | Ce beau-père qui abusait de sa belle-fille de 8 ans

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Le procès pour inceste : seulement 4 ans de prison
photo d'une femme agressée plaquée au sol maintenue et molestée
Ingénieur dans une grande entreprise du Lot, un homme de 44 ans est condamné à 4 ans de prison, pour agression incestueuse sur sa belle-fille, les faits ont duré plusieurs années.

Jeudi 14 janvier 2021, M. 44 ans, était appelé à la barre du tribunal correctionnel de Cahors, pour répondre d’agression sexuelle incestueuse, sur une mineure de moins de 15 ans.

Les faits incriminés se sont déroulés dans le Lot et remontent à la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2012.

Le président Olivier Bataillé fait mention de caresses des seins et de la zone pelvienne.

M. a reconnu les faits, en partie.

M., ingénieur de formation, travaille dans une grande entreprise du Lot.

Il se met en couple avec la mère d’une enfant de 3 ans, laquelle sera abusée lorsqu’elle aura une dizaine d’années.

Les faits ont été révélés en avril 2019, soit une dizaine d’années après qu’ils aient été commis, au moment où la mère s’est confiée à une assistante sociale.

Le couple a donné naissance à un garçon, aujourd’hui âgé de 18 ans. Le président Olivier Bataillé demande au prévenu de s’expliquer :

 

« Les relations étaient très saines avec la petite, jusqu’à ses 11 – 12 ans. Après, j’admets qu’il y a eu une défaillance, très dramatique, je le regrette profondément ».

« J’aimais bien avoir quelques frissons… je ne savais pas où se situait la limite légale »

Quant aux faits d’agression incestueuse, M. précise, tout en faisant part de ses regrets, qu’il s’agit d’une période chaotique de sa vie et qu’à un moment donné, il avait une attirance pour les jeunes filles.

« Mais je le regrette ! » dit-il. Et il ajoute :

« Je ne pensais pas être allé jusqu’au délit ! Je savais qu’il y avait eu un débordement, mais je ne savais pas où se situait la limite légale… »

Le président Bataillé demande des précisions sur les câlins évoqués par le prévenu :

« Devant la télé, sur le canapé, des câlins comme un père peut les faire avec sa fille… mais après, ça a débordé. On se caressait normalement, parfois à fleur de seins, en dessous le nombril… Je ne pensais pas que ce soit si dramatique que ça ! J’aimais bien avoir quelques frissons… Mon corps a réagi, une fois j’ai été en érection… » déclare-t-il, assurant que cela ne s’est guère passé qu’une fois ou deux.

Le président à peine à croire que ce monsieur puisse penser à l’époque des faits, que ce comportement n’était pas répréhensible.

Quant à la jeune femme, aujourd’hui âgée d’une vingtaine d’années, elle soutient que les agissements de son beau-père avaient lieu quasiment tous les jours, « jusqu’à ce que je grandisse et que je le repousse ».

« Et la fois où vous étiez avec la petite dans le lit ? » demande le président au prévenu.

« Dans mes souvenirs j’étais sur les draps ! » précise M. Il ajoute : « Je ne conçois pas que ce soit incestueux le seul fait d’être sur le lit ! »

« Et quand vous lui avez demandé un massage, parce que vous aviez mal au dos ? » poursuit le président.

« Je ne me souviens pas, je n’ai pas les mêmes souvenirs qu’elle, mais je suis honnête et prêt à assumer ! » répond-il.

Selon les déclarations de la jeune femme, son beau-père, lui soulevait le tee-shirt pour être peau contre peau.

M. explique :

« Souvent cela se passait le mercredi après-midi, quand sa mère travaillait. Tout s’est arrêté lorsqu’une fois elle a saisi mon sexe, je n’ai pas eu d’autres expériences, tout s’est arrêté… Pour moi, je n’avais pas conscience de cet accident, de ce débordement, cela restait des câlins…»

A l’issue de cette période, qui prit fin lorsque la mère de l’enfant changea son emploi du temps, M. ne toucha plus la petite et s’adonna alors à la boisson, jusqu’à la séparation du couple, trois ans plus tard.

M. admet que ses priorités à ce moment-là allaient vers l’alcool et les « cigarettes améliorées ».

« Qu’est-ce que vous appelez les cigarettes améliorées ? » demande M. Bataillé.

« Je veux dire un joint de cannabis ! » rétorque M.

M. se met alors en couple avec une fille de 15 ans et demi

Agé de 35 ans à ce moment-là, M. se met alors en couple avec une fille de 15 ans et demi.

Le président demande au prévenu s’il est attiré par les jeunes filles.

« Non ce n’est pas ça ; j’ai cru en une histoire d’amour ; je fais une grosse différence entre une fille de 15 ans et demi et une fille de 12 ans ! » affirme-t-il. La relation avec la jeune fille s’est arrêtée au bout de deux ans, car, ajoute-t-il : « Je n’étais pas très bien accepté par sa famille ».

« Comment peut-on avoir une telle attirance pour les jeunes filles ? » interroge encore le président.

« Je pense qu’il faut être un peu fou ! » lâche le prévenu du tac au tac.

« L’adulte c’est lui, l’enfant c’est elle, c’est l’inceste ! »

« Il minimise tout ! » tel est le cri du cœur de la jeune femme invitée à s’exprimer.

Selon elle, les faits auraient débuté lorsqu’elle avait 8 – 9 ans, sans qu’elle puisse donner de date précise.

Elle raconte comment M. jouait le papa modèle, en la prenant au McDonald’s le midi, avant de regarder des films les après-midi, durant lesquels il en profitait pour abuser d’elle.

Les faits se seraient également produits en soirée, lorsque la mère de la petite dormait.

« Lui il me disait que tout ça était normal ! » rapporte-t-elle.

La jeune femme a fait l’objet d’un suivi psychologique, qui n’est pas encore terminé.

Elle précise qu’elle n’a pas voulu porter plainte, car pendant longtemps, elle avait peur des conséquences que cela pourrait avoir.

« Tout cela est finalement sorti, quand ma mère est tombée malade » termine-t-elle.

« Un dossier sordide où il faut appeler les choses par leur nom ! L’adulte c’est lui, l’enfant c’est elle, c’est l’inceste ! » s’exclame maître Mustapha Yassfy, avocat de la victime et de sa mère.

Le bâtonnier enfonce le clou en dépeignant le comportement du prévenu, dont les agissements font penser à l’affaire Olivier Duhamel, révélée dans le livre de Camille Kouchner, « La Familia Grande ».

L’avocat décrit les scènes incestueuses, tel un rituel.

Il s’étonne du comportement du prévenu devenu subitement amnésique.

Il insiste sur le fait que ces faits ont blessé à vie la jeune femme.

Il demande une expertise psychiatrique et psychologique pour la victime, avec provision de 5000 €.

Maître Yassfi considère également la mère, comme victime indirecte, « parce qu’elle faisait confiance à son compagnon avec qui elle a eu un enfant, or il en a profité pour sauter sur sa proie… ».

Le bâtonnier estime que M. a manipulé tout le monde pour parvenir à ses fins. Il demande 3000 € pour la mère.

Cécile Lasfargues, Vice-procureur de la République du Lot, met à mal les propos policés du prévenu et retient sa culpabilité.

Elle rappelle que lorsque M. a connu sa mère, la petite avait 3 ans et qu’elle l’a considéré comme son père.

Elle dénonce la manipulation dont l’enfant a fait l’objet.

La magistrate rend hommage à la victime qui a dû rassembler tout son courage, pour engager les démarches de dénonciation des faits subis.

Elle le dit haut et fort au prévenu : « ce que vous avez fait est interdit ! »

Elle requiert 3 ans de prison dont 24 mois avec sursis probatoire assorti d’une injonction de soins et obligation d’indemniser la victime.

Pour sa défense, M. qui n’était pas assisté par un avocat, déclare : «  Je culpabilise pour moi, je suis désolé du mal être qu’elle a subi et pour toute sa vie, ce n’est pas du tout ce que j’aurai souhaité pour cette enfant, ce n’est pas l’avenir que je lui prédisais. »

Le tribunal alourdit les peines requises

Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné M. à 4 ans de prison, dont 2 avec sursis probatoire pendant une durée de 2 ans.

M. est également soumis à une injonction de soins, une obligation d’indemniser la victime, interdiction d’entrer en relation avec elle et avec sa mère, interdiction d’entrer en contact avec des mineurs.

Le tribunal ordonne une expertise psychiatrique. M. est condamné à verser 5000 € à la victime et 1000 € à sa mère.

Une audience sur intérêts civils est fixée au 15 septembre 2021, qui arrêtera le montant total des dommages et intérêts que M. aura à verser à sa victime.

Qu’est-ce que l’inceste ?

L’inceste est défini comme une relation sexuelle entre un enfant et un membre de la famille ou de l’entourage familial de l’enfant.

Le membre de la famille peut être : un ascendant (parents, grands-parents, beaux-parents, tuteurs) ou un collatéral (oncles, tantes, frères, sœurs, neveux, nièces).

Le membre de l’entourage familial est lui une personne proche ayant une relation de confiance et/ou d’autorité : ami de la famille, voisin, autre enfant, enseignant, éducateur, etc.

L’inceste existe lorsqu’une conduite à caractère sexuel est imposée à l’enfant à son insu,qu’il en ait conscience ou pas, qu’elle ait lieu une ou plusieurs fois, de façon cachée ou pas.

L’abus sexuel n’implique pas obligatoirement une pénétration.

Il peut s’agir de toute autre contrainte verbale, physique, ou psychologique : baisers, attouchements, exhibitionnisme, insinuations sexuelles répétées, usage de matériel pornographique, simulation de rapports sexuels…

Un Français sur dix se dit victime d’inceste.

M. dispose d’un délai de 10 jours pour interjeter appel.

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