Bordeaux | Un instituteur jugé pour viol

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Comment cet enseignant s’est-il retrouvé, plusieurs midis de suite, porte fermée, avec des enfants ?
Gilles Delignac, instituteur de l’école catholique Saint-Genès La Salle de Bordeaux-Talence est renvoyé devant la cour criminelle de la Gironde pour des viols sur 17 élèves âgés de 10 et 11 ans, commis entre 2008 et 2023.

Le collectif girondin Enfantiste a manifesté, pancarte à la main, ce mardi 13 janvier, à 7h45, à l’heure de la rentrée des classes, devant l’établissement catholique Saint-Genès-La Salle de Bordeaux-Talence, pour dénoncer l’omerta au sein de cette école.

Quinze ans, c’est énorme.” “Ce n’est pas possible que dans un regroupement de gens qui travaillent ensemble, que personne n’ait rien vu. D’autres savaient c’est évident “.

Le parquet a annoncé le renvoi de Gilles Delignac, un ancien instituteur de cet établissement catholique, âgé de 54 ans, devant la cour criminelle de la Gironde pour viol et violences sexuelles sur des enfants entre 2008 et 2023.

Pas moins de 36 victimes ont été identifiées dans cette nouvelle affaire de pédocriminalité hors norme, qui secoue l’institution catholique.

“D’autres savaient”

Pour Caro Fabre, porte-parole du collectif, l’omerta autour de l’enseignant ne fait aucun doute.

“Un enseignant n’a absolument aucun droit d’être seul avec un enfant. Comment cet enseignant s’est-il retrouvé, plusieurs midis de suite, porte fermée, avec des enfants isolés ?, interroge-t-elle,

Les fillettes auraient été agressées pendant leur sommeil et lors du “jeu du goût”.

Déjà en 2011, dans un courrier adressé à la direction de Saint-Genès La Salle, une mère de famille avertissait que l’instituteur recevait des fillettes pendant les pauses, portes fermées, et leur bandait les yeux pour pratiquer le “jeu du goût”. L’accusé en aurait profité pour imposer “des fellations” aux fillettes à leur insu.

La direction de l’époque n’a pas pris de mesures contre l’enseignant, se contentant d’une remontrance orale. Une quinzaine de parents ont porté plainte contre le directeur adjoint de l’époque, qui n’aurait pas agi à la hauteur des évènements.

Omerta autour des agissements de l’enseignant

Selon Caro Fabre qui est par ailleurs enseignante, il s’agit d’un problème sociétal profond.

“L’omerta existe à tous les niveaux de la société, la parole de l’enfant n’est pas entendue. Les enfants parlent rarement avec des mots, mais avec des attitudes des symptômes, avec des problèmes de comportement, etc.””C’est une société qui n’entend pas les enfants et qui va les sacrifier. Au nom du confort familial dans les cas d’inceste et, ici à St Genès, c’est au nom du confort institutionnel.

“Chacun devra répondre de ses responsabilités”

“S’il y a eu omerta elle est absolument inacceptable, répond Olivier Riant, le nouveau directeur de l’établissement. À titre personnel, je ne peux pas concevoir une seule seconde que quelqu’un ait pu avoir un soupçon et ait pu ne rien faire pour protéger les enfants. C’est inconcevable. Si c’est le cas, chacun devra répondre de ses responsabilités”.

Après l’affaire de Notre-Dame de Bétharram et celle du village des prêtres agresseurs de Riaumont, “c’est une affaire de plus qui sort, regrette Elisabeth Magne du Planning familial de Bordeaux, présente aux côtés de collectif Enfantiste. Être là, c’est important car le silence, il n’y a rien de pire. Dire à un enfant, on te croit, c’est la démarche qu’il faut avoir pour que les choses soient prises en charge le plus rapidement possible lorsqu’elles sont connues”.

Nouveau scandale de pédocriminalité

Ce nouveau scandale de pédocriminalité ébranle l’établissement catholique SaintGenès, très réputé à Bordeaux de par son ampleur et sa durée. Depuis 2023, l’école est dans la tourmente après l’interpellation de l’enseignant et le suicide de l’ancien directeur, rongé par les remords de ne pas avoir agi.

Ce 13 janvier, le président de l’association des parents d’élèves qui représente 2200 familles, était également présent devant l’établissement.

“Si omerta et manquement il y a pu avoir, c’est évident et c’était dans le passé. Et à l’issue des évènements dramatiques qui ont frappé cet établissement il y eut réellement un après avec une nouvelle direction et avec une envie de changer les choses”, assure Julien Védrines.

Le père de famille se dit en contact avec de nombreuses victimes et veut souligner que plusieurs actions ont été mises en place pour éviter que de tels faits se reproduisent au sein de l’école.

“Quand on est parent d’élèves, face à de tels agissements, soit on quitte l’établissement soit on fait le choix d’agir avec la direction. Il y a une charte par exemple de bons comportements pour les enseignants et les encadrants, il y a aussi beaucoup plus de communication et il y a la présence fréquente d’associations comme Colosses aux pieds d’argile, qui viennent sensibiliser les enfants et les parents”, décrit Julien Védrines.

“On met tout en œuvre pour que la vérité soit établie”

Le nouveau directeur de Saint-Genès prend acte de la situation et se dit:

Absolument aux côtés des victimes, il n’y a aucune ambiguïté sur la position de l’établissement. Nous ne sommes pas là pour défendre une institution , mais les personnes. Nos premières pensées vont aux victimes.

Olivier Riant prend acte également

“De la manière dont a été traitée de façon insuffisante, à l’époque, la lettre de 2011 puisque nous en avons pris connaissance à travers l’acte de mise en accusation. L’enquête déterminera les responsabilités en termes de justice et on met tout en œuvre pour que la vérité soit établie et pour que cela n’arrive plus”.

Dans cette affaire, l’établissement Saint-Genès s’est porté partie civile.

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