Bastia | Peine maximale pour l’ex-prof d’échecs Dominique Bellicou

Le jury de la cour d’assises de la Haute-Corse, statuant en appel, a condamné Dominique Bellicou à 20 ans de réclusion criminelle pour viols sur une mineure de moins de 15 ans et attouchements sur d’autres jeunes filles

À l’issue de près de trois heures de délibéré, le jury populaire de la cour d’assises de la Haute-Corse, statuant en appel, a rendu son verdict.

Il a condamné Dominique Bellicou, 66 ans, ancien professeur d’échecs à la peine maximale, 20 ans de réclusion criminelle (dont les deux tiers en peine de sûreté), pour viols sur une mineure de moins de 15 ans et pour des attouchements sexuels sur d’autres jeunes filles, mineures de moins ou de plus de 15 ans au moment des faits, par une personne abusant de son autorité, eu égard aux fonctions qu’il exerçait auprès des jeunes.

À l’énoncé du verdict, l’adolescente victime des viols a été prise d’un nouveau malaise, deux autres étant survenus pendant le délibéré et plus tôt lors de la troisième et dernière journée d’audience de ce procès éprouvant.

Nadia *, aujourd’hui âgée de 16 ans, adolescente aux longs cheveux blonds, a suivi le procès entouré de sa famille, à l’instar de deux autres jeunes filles victimes d’attouchements.

Une peine conforme aux réquisitions

L’enquête a démarré en 2016 lorsque Nadia dépose plainte au commissariat d’Ajaccio contre son ancien prof d’échecs Dominique Bellicou pour des viols (sodomie et fellation) dont elle a été victime depuis 2011, à partir de l’âge de 8 ans, à son domicile, celui de l’accusé, et au club d’échecs. Par la suite, sept autres personnes, dont six mineures (âgées de 8 ans, 9 ans et 17 ans), ont accusé l’éducateur d’agressions sexuelles survenues en milieu scolaire ou dans un club d’échecs.

En première instance, le 25 mars 2019, la cour d’assises de Corse-du-Sud a condamné Dominique Bellicou à 19 ans de réclusion criminelle soit deux ans de plus que les réquisitions du ministère public. Le sexagénaire avait interjeté appel de ce verdict, mais hier soir au palais de justice à Bastia, les jurés sont donc allés un peu plus loin. Ils ont suivi en tout point les réquisitions de l’avocat général Vincent Auger, qui avait demandé la peine maximale prévue par le Code pénal pour ce type de crimes, en l’occurrence 20 ans de réclusion criminelle (avec une période de sûreté correspondant aux deux tiers de la peine).

Il a fustigé l’appel formé par l’accusé pour obtenir une réduction de sa peine, sans tenir compte des victimes et sans s’expliquer.

Il a également déploré les défaillances de l’Éducation nationale et de la Ligue corse d’échecs, qui n’ont pas pris en considération les paroles des enfants, alertant sur les comportements de Dominique Bellicou.

Les avocats des parties civiles, Mes Anna-Maria Sollacaro, Lætitia Ziller et Andrea Arrii, ont souligné la souffrance endurée par Nadia et celles de ses parents et de sa soeur aînée. Elles ont fait remarquer que, lorsqu’elle a dénoncé les faits en 2016, elle “n’avait plus le regard d’une enfant, son innocence l’avait quittée”, mais “malgré ses fragilités évidentes, elle a donné une leçon de vie en indiquant que “personne n’arrivera à se reconstruire sans que je n’y arrive moi-même”.”

Les avocates ont également pointé “les dysfonctionnements institutionnels” qui ont “enfermé les autres victimes dans une prison de silence” – citant l’une d’elles qui s’était écriée qu’elle n’était “pas folle, n’avait pas rêvé, n’était pas mytho” – jusqu’à ce qu’elles en soient délivrées par le dépôt de plainte de Nadia. Mes Sollacaro, Ziller et Arrii ont également déclaré qu’elles ne sont pas convaincues par “les sanglots” de l’accusé, ont fustigé son “absence de pardon” face à ses “déviances pédophiliques”, et son discours “cherchant à minimiser la parole” de Nadia.

Les avocats de la défense ont tenté de présenter une autre lecture du dossier. Me Marie-Laure Battesti a noté, rapportant le propos d’un expert qui dit que “certaines déclarations de la victime sont peu plausibles”, qu’”au vu des incohérences et des contradictions, on se doit de se poser des questions. Nous ne disons pas que est une menteuse.

Elle a vécu des faits horribles, mais nous émettons l’hypothèse que le traumatisme survenu dans l’esprit de l’adolescente a pu apporter une confusion dans ses propos.” La défense fait remarquer que Dominique Bellicou a avoué un seul acte sexuel, une pénétration anale, et qu’aucun élément matériel n’atteste les autres faits dénoncés. Me Jacques Vaccarezza a ainsi “demandé aux jurés de prendre du recul”, de “juger ce fait qui est grave mais ce seul fait”, et “de rendre une décision juste” en tenant compte des “aveux sincères” de l’accusé chez qui, selon un expert, “il n’y a aucune tendance à la prédation.”

Appelé une dernière fois à la barre à la demande de la présidente de la cour d’assises, Véronique Maugendre, avant que le jury ne se retire pour délibérer, Dominique Belllicou a exprimé ses regrets et déclaré qu’il s’est “livré sans retenue. J’ai apporté de la douleur” à Nadia “et à toutes ces familles. Je cherche à réparer et je ne peux que demander pardon à tout le monde. J’aimerais pouvoir apaiser ces souffrances.”

* Le prénom de la victime a été modifié.

Source : corsematin.com

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