Affaire du petit Grégory | Sur la piste du corbeau, trois gardes à vue sont prolongées.

Un spectaculaire rebondissement dans l’affaire Grégory mercredi a conduit aux auditions et aux gardes à vue de cinq membres de la famille Villemin. Les gendarmes sont sur la piste du corbeau.

Aumontzey (88), le 14 juin. Trois personnes sont en garde à vue, dont Marcel et Jacqueline Jacob, grand oncle et tante de Grégory, à qui appartiennent cette maison.LP / FREDERIC DUGIT

«La dernière chance…»Dans les cercles de l’enquête, on a conscience de jouer son va-tout. Mercredi matin, cinq personnes ont été entendues par les gendarmes de la section de recherches de Dijon (Côte-d’Or) dans le cadre de l’affaire du petit Grégory. La garde à vue de trois d’entre elles a été prolongée ce jeudi : Marcel Jacob, grand-oncle de l’enfant, et son épouse, 72 ans, et Ginette Villemin, tante du petit garçon.

L’interminable affaire du petit Grégory débute au siècle dernier, dans l’obscurité d’un jour d’automne finissant. Le 16 octobre 1984, vers 21 heures, le corps d’un enfant de 4 ans, Grégory Villemin, est retrouvé poings et pieds liés, dans la rivière Vologne (Vosges). «Il semblait dormir», se souvient l’un des protagonistes de l’époque.

Trente-deux ans plus tard, va-t-on enfin connaître l’épilogue de l’une des plus mystérieuses énigmes criminelles françaises ? Ou s’achemine-t-on vers un nouvel échec ?

Tout s’accélère

Les enquêteurs sont convaincus que le meurtre résulte d’un complot «visant à punir Christine et Jean-Marie Villemin, les parents de Grégory, en raison de leur réussite sociale». Les suspects, placés pour certains en garde à vue malgré leur âge, sont des membres de la famille Villemin.
Leur implication avait déjà été envisagée sans jamais être prouvée. Parmi eux, Marcel Jacob, grand-oncle de l’enfant, et son épouse, 72 ans tous les deux. Il y a aussi Ginette, la tante de Grégory du côté paternel, 61 ans.
Et enfin Albert et Monique Villemin, grands-parents paternels de l’enfant, presque nonagénaires, dont l’audition a été levée mercredi soir. Dans l’entourage des gardés à vue, on évoque un «coup de bluff des gendarmes».

Une chose est sûre, les gendarmes disposent d’un temps limité, la durée d’une garde à vue, soit quarante-huit heures pour percer le mystère. Étrange sentiment d’urgence après trente-deux ans de soubresauts…

Le compte à rebours a débuté mercredi matin, à la surprise générale, tant les recherches récentes ont été effectuées dans la discrétion la plus totale afin de déstabiliser les personnes placées en garde à vue.

Des courriers saisis lors des perquisitions mercrediPendant plus d’un an, deux analystes criminels ont relu les 12 000 pièces du dossier. Cette avancée est le fruit de ce travail. Chaque protagoniste a été «positionné» dans le laps de temps fatal (une demi-heure) grâce au logiciel d’analyse «Anacrim».

Parmi les nombreuses expertises graphologiques du dossier, certaines seraient «compatibles» avec l’écriture de plusieurs suspects. Gendarmes et magistrats font des Jacob de possibles «corbeaux» ayant annoncé la mort du petit Grégory à ses parents. Ils pensent pouvoir identifier la personne qui, pour sa part, a menacé par écrit le magistrat à l’origine de la reprise des recherches en 1993.

Selon nos informations, lors des perquisitions de mercredi, des courriers ont été saisis. Des sources proches du dossier estiment que le rôle de certains protagonistes va au-delà de l’envoi de lettres d’intimidation.

Dès le début de leur enquête, les gendarmes d’Epinal, premiers saisis des investigations, étaient persuadés que l’enfant avait été enlevé par Bernard Laroche, un cousin de Jean-Marie Villemin.

Le ravisseur aurait agi par vengeance, animé par une jalousie maladive à l’égard du père, celui qu’on surnommait «le chef», à qui tout semblait réussir, lui qui avait deux voitures, un canapé en cuir. Et surtout cet enfant plein de vie, le petit Grégory.

Laroche soupçonné du rapt de l’enfant.

Peu après le crime, l’implication de Laroche est d’ailleurs corroborée par un témoin clé, sa jeune belle-soeur, Murielle Bolle, qui l’accable avant de faire marche arrière. Depuis, les scellés ont été réexploités et des investigations génétiques ont été lancées sur un timbre et des cordelettes. Sans succès.
Mais les gendarmes n’ont jamais abandonné leur piste initiale, celle de l’implication de Bernard Laroche et du frère de Jean-Marie Villemin, Michel. Aucun des deux hommes ne parlera : ils sont tous deux décédés. Mais les membres de la famille interrogés en ce moment sont proches du clan Laroche.
Le scénario esquissé par les enquêteurs comporte une variante essentielle : Laroche n’est plus soupçonné d’être l’assassin mais uniquement le ravisseur qui a pu remettre — vivant — l’enfant à un tiers. Ce qui change tout. Parmi les soupçons, celui de complicité d’assassinat.Depuis Marseille, un homme suit ces rebondissements. A 60 ans, il a passé la moitié de son existence avec le fantôme de Grégory. Cet homme, persuadé de l’implication de Laroche, s’appelle Etienne Sesmat. Il était à l’époque capitaine de gendarmerie et dirigeait l’enquête*.

«Certaines personnes ont été accusées à tort. Des gens n’ont pas dit tout ce qu’ils savaient. D’autres ont menti. J’espère que les journées qui viennent nous apporteront enfin des réponses», nous confie-t-il avec pudeur.

Source : leparisien.fr

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