Affaire Balme | Procès d’un frère qui venge ses 2 grandes sœurs victimes d’inceste

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Jérôme Manini condamné à 16 ans de prison ferme pour meutre
Le procès de l’affaire Balme débute ce vendredi 12 novembre à la cour d’assises des Hautes-Pyrénées. Jérôme Manini est accusé d’avoir tué Joël Balme, son ancien beau-père, le 31 janvier 2018 pour régler les comptes de sa famille.

Actualisation du 25 novembre 2021 :

D’ordinaire, les journées de travail de Joël Balme sont longues. Il est chauffeur livreur et rentre tard chez lui. Mais aujourd’hui, c’est différent, il a suivi une formation qui s’est terminée vers 17 heures, si bien que le voilà déjà de retour dans sa maison, près de l’hôpital de Tarbes… Il surfe d’abord un peu sur Internet, puis passe dans la cuisine pour préparer le dîner en attendant Aurélie, sa compagne. Il est en train de s’affairer derrière l’unique fenêtre ouverte sur la rue, quand soudain, à 18 h 40, une main frappe au carreau. Joël s’approche, se penche pour mieux voir. Un homme d’une trentaine d’années se tient sur le trottoir et lui demande :

— Tu me reconnais ?

Le livreur n’a pas le temps de répondre. Son visiteur brandit un pistolet et ouvre le feu sur lui, à sept reprises ! Avant de prendre la fuite en voiture, laissant Joël Balme, 58 ans, agonisant sur le carrelage jonché de douilles.

Trois années ont passé depuis cette exécution de sang-froid.

Ce vendredi 12 novembre, les assises des Hautes-Pyrénées jugent Jérôme Manini, l’assassin de Joël. Qui est aussi son ancien beau-fils. De taille moyenne, les cheveux bruns coupés court, l’accusé paraît petit auprès de l’imposant policier barbu qui l’escorte. Comme si, malgré ses 36 ans, il n’avait jamais quitté cette enfance où plongent, selon lui, les racines de son crime…
Il s’érige en protecteur de la famille

Les premières années de Jérôme Manini ont certes été chaotiques.

La cour apprend qu’il est né dans un foyer rongé par l’alcoolisme de son père. C’est d’ailleurs pour échapper à cet homme violent que sa mère, Nadia, a renoué en 1990 avec un flirt de jeunesse : Joël Balme. Lequel s’est érigé en protecteur de la jeune femme, mais aussi de ses enfants, Jérôme donc, et ses deux sœurs, Vanessa et Aurélie.

— J’ai vu Joël mettre mon père en joue avec un fusil pour nous défendre, confie l’accusé. Je n’avais que 5 ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier.

Joël et Nadia s’installent à Pierrelatte, au sud de Valence, où ils auront ensemble une autre fille, Magali. Balme devient pour Jérôme un père de substitution. Il l’initie à la chasse, à la pêche, à la nature. Mais ce bonheur s’effondre en 1997, quand l’homme déserte brutalement le foyer familial.

Les raisons de son départ ? On les cache à Jérôme, qui n’a que 12 ans. Mais il comprend à demi-mot qu’on accuse son beau-père d’attouchements sur ses sœurs… Joël Balme a beau clamer son innocence, le tribunal correctionnel le condamne, en juillet 1998, à cinq années de prison. Jérôme est encore sous le choc de ce verdict quand un second drame se produit : le soir de Noël 1998, son père biologique, auquel il reste malgré tout attaché, tue son frère jumeau au cours du dîner !

— Je perdais un oncle que j’adorais alors que je venais d’apprendre que mon beau-père avait abusé de mes sœurs, résume l’accusé, écrasé par ses souvenirs.

Pas facile pour lui de se délivrer du passé. D’autant qu’au fil du temps, il apprend de nouveaux détails sordides sur les agissements de Joël.

— J’ai compris que ses agressions sexuelles étaient fréquentes, quasi quotidiennes, qu’elles avaient lieu presque sous mes yeux. Il abusait de ma sœur alors que je dormais dans la chambre voisine… J’ai su qu’une nuit, il s’était interrompu en m’entendant aller aux toilettes, puis qu’il avait recommencé après. Je me suis senti coupable, je m’en voulais d’avoir aimé cet homme sans savoir qui il était vraiment.

Quand Vanessa lui apprend que leur mère était au courant des attouchements, Jérôme craque. Il préfère s’éloigner de sa famille que d’entendre de nouvelles horreurs. Il construit avec succès sa propre vie, devient bûcheron – un métier qui le passionne –, rencontre une femme, Laura, avec laquelle il aura trois enfants…

Mais le 22 juin 2004, nouveau coup du sort : un arbre s’abat sur lui. Jérôme reste paralysé d’un bras. Treize ans de procédure lui seront nécessaires pour être indemnisé. Treize ans pendant lesquels il travaille pour une entreprise de bois industriel. Ensuite, en 2016, il se retrouve au chômage. Livré aux fantômes d’un passé qui lui revient par bouffées. Et qui l’obsède.

— Chez moi, à Montélimar, dit-il, j’étais souvent seul. Je repensais à mes sœurs, à ce qu’elles avaient souffert. Ça a fait « cocotte-minute »…

On ignore à quelle date précise Jérôme a décidé de se venger de Joël. On sait seulement qu’il s’est rendu à Marseille pour s’y procurer une arme.
Jérôme s’imagine le calvaire de ses sœurs

Dans un bar, il prend contact avec un homme qui lui apporte le soir même un automatique et une vingtaine de projectiles, contre 1 000 euros en liquide.

Jérôme cache l’arme dans son garage. Et cet achat l’apaise pendant quelques mois.

— J’hésitais, explique-t-il. J’avais envie de tuer Joël, mais j’avais aussi envie qu’il s’excuse…

Le problème, c’est qu’en voyant grandir sa propre fille, Jérôme rumine davantage le calvaire de ses sœurs. L’envie de meurtre reprend le dessus… Il retrouve sans mal la trace de son ex-beau-père. Depuis sa sortie de prison, Joël Balme a refait sa vie à Tarbes avec une certaine Aurélie, qui a trente ans de moins que lui. Jérôme se procure son numéro de téléphone et l’appelle en se faisant passer pour un agent de l’EDF afin d’obtenir son adresse. Ne reste plus qu’à se rendre sur place.

De Montélimar à Tarbes, il y a 600 kilomètres de route. Pour faire le trajet sans être repéré, Jérôme achète une Clio volée, de fausses plaques, une fausse attestation d’assurance. Ensuite, comme son bras inerte l’empêche de conduire, il trouve un chauffeur en la personne d’un ami, Adil Khatouf, 21 ans, qui comparaît lui aussi devant les assises aujourd’hui et qui, derrière ses lunettes à grosse monture, reconnaît avoir aidé Jérôme.

— Je suis quelqu’un de droit, de travailleur, parfois un peu bête, explique-t-il. J’aime bien rendre service. Jérôme m’avait raconté qu’il devait simplement récupérer de l’argent. Il est venu me chercher à Valence. On s’est levés tôt. Comme le pommeau de vitesse de la voiture manquait, j’ai fait une boule avec du scotch… Ça aurait dû me sauter aux yeux, qu’elle avait été volée ! Mais j’ignorais tout du projet d’assassinat !

— C’est vrai, confirme Jérôme, je ne lui avais rien dit.

Le 31 janvier 2018, le duo, parti avant l’aube, se gare dès 11 heures devant le 47, rue du Corps-Franc-Pommiès, l’adresse de Joël Balme. Jérôme s’apprête à assouvir une vengeance vieille de dix-neuf ans. Mais a-t-elle encore un sens ? Tous ses proches (voir encadré) jurent que Joël avait beaucoup changé, qu’il n’était plus le même homme… Certains pensent même qu’en 1998, on l’a condamné par erreur ! Qu’il n’a jamais été le pervers qu’on prétend.

Jérôme Manini hésite encore. Pendant cinq heures, il fait le tour du pâté de maisons. Il frissonne. Il a envie de vomir. S’il savait… Pendant qu’il erre, torturé par sa conscience, Balme est en train de surfer en ligne sur des sites pornographiques, en utilisant ses mots-clés préférés : « Beau-père sodomise sa belle-fille », « Collégienne punie par son beau-père »…

18 h 40. Jérôme se décide et toque au carreau. Joël s’approche. Les sept coups de feu claquent, trois balles atteignent Joël au ventre… Un voisin qui entend les explosions pense à de simples pétards, si bien que le tueur et son chauffeur s’enfuient sans être inquiétés. Au passage, Jérôme jette l’arme du haut d’un pont. On ne la retrouvera jamais.

Aurélie découvrira son compagnon mort vers 20 heures. Manini et Khatouf, eux, seront interpellés six mois plus tard, après une enquête menée par la police de Pau dans l’entourage de la victime.

— Il ne s’agit pas de refaire aujourd’hui le procès de Joël Balme, a prévenu Dominique Coquizart, la présidente de la cour.

Jérôme Manini a été condamné à 16 ans de prison ferme.

 

Aticle du 14 novembre 2021 :

C’est ce vendredi 12 novembre 2021 que s’ouvre le procès de Jérôme Manini devant la cour d’assises des Hautes-Pyrénées. Cet homme de 36 ans, originaire de la Drôme, est jugé pour assassinat. Le 31 janvier 2018, vers 18h30, il a tué son ancien beau-père. Une histoire de vengeance familiale pour des faits d’inceste.

Jérôme Manini est jugé avec Adil Khatouf, un ami avec lequel il est venu en voiture jusqu’à Tarbes. Le procès doit se tenir jusqu’au jeudi 18 novembre devant les assises des Hautes-Pyrénées.

Jérôme Manini, c’est un frère qui venge ses 2 grandes sœurs qui ont été victimes d’inceste dans les années 90. Elles ont subi des agressions sexuelles de leur beau-père, le compagnon de leur mère qui s’appelle Joël Balme. Ce dernier vivait dans le centre-ville de Tarbes, rue du Corps Franc Pommiès.

C’est donc plus de 20 ans après les faits et à près de 600 km de chez lui, que Jérôme Manini vient régler les comptes d’une famille. Le jeune homme prend la route depuis la Drôme, il a emporté une arme qu’il s’était procurée à Marseille en 2016.

Règlement de compte à la fenêtre

Avec son ami Adil Khatouf, en voiture, ils se rendent au domicile de Joël Balme à Tarbes. Les choses se déroulent assez rapidement. Jérôme Manini sonne à la porte. Joël Balme ouvre la fenêtre pour voir qui a sonné. Jérôme Manini lui demande s’il se souvient de lui et sans attendre la réponse, il tire, plusieurs fois.

Il ne se venge pas pour lui parce que Joël Balme ne lui a jamais rien fait, mais pour ses sœurs qui ont souffert. Comme il l’a expliqué aux enquêteurs, Joël Balme avait touché à son sang et à sa famille.

L’avocat de la compagne de Joël Balme, Me Julien Marco, resitue les enjeux du procès :

“Il ne faudra pas se tromper de procès. Ce n’est pas le procès de Joël Balme qui a été condamné aux débuts des années 2000 pour avoir commis des faits d’agression sexuelle sur ses belles-filles; pour autant ça ne pourra jamais justifier la mort d’un homme. Aujourd’hui ce procès aura uniquement pour enjeu de déterminer la peine de Jérôme Manini, l’assassin, puisque celui-ci reconnaît les faits. Il ne cache pas ses motivations. Il avait un compte à régler avec son ancien beau-père, il avait mûri ce projet depuis plusieurs années. Il s’est donc rendu sur Tarbes ce mois de janvier 2018 pour une exécution froide, un assassinat.”

Le hasard du calendrier fait que le premier jour de ce procès tombe le jour de la date de naissance de Joël Balme, le 12 novembre. Me Lorea Chipi qui défend ses sœurs et ses neveux et nièces sait l’émotion des parties civiles :

“Joël Balme aurait eu 63 ans. Sa proche famille sera présente au procès. Leur attente, c’est que la justice soit rendue, c’est de comprendre pourquoi l’atteinte la plus grave a été portée à la vie de cet homme dans les conditions qui sont celles d’une véritable exécution.”

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