Paris | Francis Barjot, un ancien prêtre parisien mis en examen pour viols sur mineurs

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Tout le monde lui faisait confiance aveuglément
Âgé de 81 ans, Francis Barjot est accusé d’abus sexuels sur des mineurs, notamment lors de camps de louveteaux ou à l’occasion des journées mondiales de la jeunesse. Une victime livre son témoignage au Figaro.

C’est dans l’espoir de «faire avancer la machine» que Jean-Charles, 41 ans, témoigne auprès du Figaro. L’homme accuse le père Francis Barjot, qui a officié durant plus de trente ans dans différentes paroisses parisiennes, d’avoir abusé de lui.

Il a porté plainte et le religieux de 81 ans a été mis en examen jeudi dernier à Paris pour des viols répétés commis notamment lorsque la victime était mineure, révèle Le Figaro. Trois autres plaignants se sont signalés mais les faits sont prescrits.
Après des années de silence, Jean-Charles a porté plainte en juin 2024 pour dénoncer les agissements de cet ecclésiastique.

Il situe la première tentative d’agression en 1994, alors qu’il n’avait que 9 ans.

«Il a tenté de m’embrasser alors qu’on préparait la cérémonie de la promesse des louveteaux», confie-t-il.

Puis trois ans plus tard, la prédation aurait franchi un nouveau cap lors des journées mondiales de la jeunesse, organisée en 1997 à Paris.

«À partir de cet instant, il y a eu des viols répétés, j’avais alors 12 ans. J’ai coupé les relations sexuelles bien après ma majorité, en 2014.»

Durant toute cette période, la famille de Jean-Charles n’en a rien su.

«Ils savaient que j’allais chez lui, mais ils n’étaient pas au courant du reste. C’est quelqu’un qui a une grande emprise. Il est admiré par tout le monde, tout le monde lui faisait confiance aveuglément», soupire Jean-Charles.

Il en a d’abord parlé à une première amie en fin d’année 2023, puis s’est confié à son médecin qui l’a dirigé vers un psychologue. Il l’a ensuite annoncé à sa mère qui «est tombée des nues». Aujourd’hui, il dit garder «beaucoup de séquelles», sans s’étendre davantage.

Une «cabale»

Sa plainte a entraîné l’ouverture d’une enquête menée par la brigade de protection des mineurs de Paris. Deux nouvelles plaintes ont été déposées à l’encontre de l’ecclésiastique, dénonçant des faits similaires qui se seraient produits notamment lors d’un rassemblement Scouts et Guides de France, au château de Jambville, en 1979.

Interpellé à son domicile puis placé en garde à vue la semaine dernière, l’octogénaire a admis une relation «affective et amoureuse» avec Jean-Charles, et ce, malgré sa minorité. Il a en revanche nié les faits pour les deux autres plaignants, dénonçant une «cabale», à son encontre, selon une source policière.

Contacté par Le Figaro, le parquet de Paris indique que trois autres majeurs ont fait état de violences sexuelles commises entre 1979 et 1986, mais les faits sont prescrits.

Il ajoute que le religieux est soupçonné d’avoir agi

«lors de camps de louveteaux, à l’occasion des journées mondiales de la jeunesse, et en différents lieux paroissiaux, à partir des 12 ans de la victime.» À l’issue de sa garde à vue, il a été mis en examen pour les faits dénoncés par Jean-Charles, pour «viols sur mineur de moins de 15 ans entre 1997 et 2000, viols sur mineur de plus de 15 ans par personne abusant de l’autorité de sa fonction entre 2000 et 2003, viols par personne abusant de l’autorité de sa fonction entre 2007 et 2015».

Francis Barjot a officié à la paroisse de Notre-Dame des Épinettes (17e arrondissement de Paris), avant de partir trois ans aux États-Unis, pour un motif inconnu. Il est ensuite revenu à Paris, où il est devenu le curé de l’église Notre-Dame du Rosaire (14e arrondissement de Paris) de 1992 à 1999, puis de Saint-Hippolyte (13e arrondissement ), puis de Notre-Dame d’Espérance (11e arrondissement) jusqu’en 2020, date à laquelle il est devenu prêtre résident à l’église Saint-Éloi (12e arrondissement).

Interdiction de tout exercice du ministère depuis octobre 2024

Les investigations se poursuivent afin de retrouver d’autres potentielles victimes. D’ici là, le religieux a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec d’anciens mineurs encadrés dans le cadre de ses fonctions. Au printemps 2018, l’abbé Francis Barjot avait déjà fait l’objet de deux signalements d’hommes mineurs au moment des faits, incitant le diocèse de Paris à alerter la justice en mai 2018.

Le diocèse de Paris avait alors pris «des mesures de prudence» à son encontre en l’interdisant d’exercer auprès des mineurs. Mais l’enquête avait été classée sans suite en mars 2019.

Contacté par Le Figaro, le diocèse de Paris précise que «sans préjuger de la véracité des faits, mais accueillant ce témoignage, comme les précédents, avec la plus vive attention», il a de nouveau pris des mesures à l’encontre de l’abbé Francis Barjot depuis le 30 octobre 2024, à savoir

«l’interdiction de tout exercice du ministère, interdiction de tout contact avec des personnes mineures, interdiction d’entrer en relation de quelque manière que ce soit avec les personnes parties aux procédures civile et canonique ouvertes contre lui.»

Enfin, le diocèse de Paris rappelle que

«l’abbé Francis Barjot est présumé innocent et il est demandé à chacun de respecter la sérénité du travail de la justice civile et canonique».

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