Fermé depuis deux ans et cité dans 23 000 affaires pénales, le tchat Coco de retour
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 23/04/2026
- 11:52
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Alors que son fondateur est mis en examen pour diffusion d’images pédocriminelles et proxénétisme aggravé, ce site de discussions, aux caractéristiques techniques et visuelles parfaitement identiques, génère même des revenus publicitaires.
Il y a près de deux ans, la justice française saluait la fermeture de l’une des plateformes les plus dangereuses jamais tolérées sur internet. Coco.gg, site de tchat anonyme accessible sans inscription ni vérification d’identité, avait laissé des traces dans plus de 23 000 procédures pénales : agressions sexuelles sur mineurs, viols, trafics de stupéfiants, violences homophobes.
Dans l’affaire des viols de Mazan, c’est via cette plateforme que Dominique Pelicot avait recruté des dizaines d’hommes pour violer sa femme, à son insu, pendant dix ans.
L’histoire de Coco commence au début des années 2010.
Isaac Steidl, entrepreneur d’origine française, lance Coco.fr avec ses parents et 2 000 euros de capital. Une décennie plus tard, le site migre sous le nom Coco.gg, avec une adresse sur l’île de Guernesey, des serveurs en Allemagne, un hébergement en Bulgarie. I
saac Steidl, lui, quitte la France et renonce à sa nationalité française.
En juin 2024, les serveurs sont finalement saisis avec l’aide d’Eurojust, l’agence européenne de coopération judiciaire. En janvier 2025, à la suite des révélations de l’affaire Pelicot, Isaac Steidl est arrêté à Paris et mis en examen pour proxénétisme aggravé, diffusion d’images pédocriminelles et corruption de mineurs.
Cinq millions d’euros sont gelés sur des comptes répartis dans quatre pays. Coco était mort. Du moins, c’est ce que l’on croyait.
Même interface, même anonymat, même logique
Aujourd’hui, cocoland.cc est en ligne. Le site ne cherche même pas à dissimuler sa filiation : ses mentions légales indiquent explicitement que coco.gg était son ancien domaine. L’identité visuelle est identique.
Le fonctionnement aussi : gratuit, anonyme, sans inscription. L’utilisateur saisit un pseudonyme et un âge -invérifiable- et accède immédiatement aux salons de discussion.
Un spécialiste en cybersécurité, que nous avons consulté, va plus loin que le simple constat visuel. Il a décortiqué l’architecture du site.
« Ce n’est pas un clone, ni un site hommage créé par des tiers. L’architecture technique confirme la continuité opérationnelle : trois serveurs d’images distincts, un serveur vidéo dédié, un système de vérification par SMS, un sous-domaine de traitement des paiements, un environnement de développement et une intégration avec la plateforme Discord. »
Autrement dit : c’est techniquement la même infrastructure, déplacée vers un nouveau domaine.
Et elle est conçue pour durer.
« Le site est visiblement architecturé pour résister à une nouvelle fermeture »
, poursuit notre source.
Un domaine miroir, cocotchat.net, partage même une configuration de serveurs identique à cocoland.cc et est hébergé chez un prestataire ukrainien.
« C’est un dispositif que l’on retrouve chez les opérateurs habitués à fonctionner sous pression juridique. »
Google et une entreprise française associés
La plateforme génère des revenus publicitaires via Google AdSense. La régie diffuse des annonces commerciales sur un site dont le contexte judiciaire est pourtant public. Brevo, entreprise française de marketing basée à Paris et soumise au droit européen, y est également utilisée. Ni l’une ni l’autre ne peuvent longtemps ignorer la nature de la plateforme qu’elles servent.
La fermeture de coco.gg en 2024 avait été présentée comme un succès exemplaire de la coopération judiciaire européenne.
Sa résurrection en interroge la portée réelle. Et elle pose une question à laquelle la justice devra répondre : si le fondateur présumé est en examen à Paris, qui pilote l’infrastructure aujourd’hui ?
Le propriétaire du domaine a de toute évidence utilisé un service d’anonymisation basé à Rotterdam, le Whois Privacy Protection Fondation, bien connu de ceux qui veulent masquer leur identité.
Le Haut-commissariat à l’enfance réagit
Alerté par Ouest-France, le Haut-commissariat à l’enfance a décidé d’agir.
« Ce site reprend manifestement les mêmes codes et le même univers que des plateformes comme Coco ou Bounty (ndlr: un clone), reconnait l’institution dirigée par la Nantaise Sarah El Hairy. Il existe un risque réel d’y retrouver les mêmes dérives, notamment à caractère pédocriminel. »
Une veille a été immédiatement mise en place, avec l’appui de signaleurs de confiance, pour documenter et qualifier les infractions constatées. « Le moment venu, ces éléments permettront d’engager les procédures appropriées, qu’il s’agisse de signalements au titre de l’article 40, d’une saisine de PHAROS ou de l’Arcom », précise le Haut-commissariat, qui affirme avancer « avec méthode, rigueur et détermination pour toujours traquer les pédocriminels, là où ils se trouvent ».
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