Faye-l’Abbesse | Un sexagénaire condamné à onze ans de prison pour viols incestueux

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Seulement onze ans de prison pour ce père incestueux qui n’a pas reconnu les faits
L'accusé auprès de ses conseils lors de l'audience de la Cour Criminelle des Deux-Sèvres • © Jean-Marc Chauvet (France Télévisions)
Vendredi 6 mars, la cour criminelle des Deux-Sèvres a décidé de condamner Patrice E., 69 ans, à onze ans de réclusion criminelle. Les faits remontent à une trentaine d’années. Il était accusé par son fils et sa fille, désormais adultes, de viols incestueux perpétrés durant leur enfance.

Les cinq juges réunis à Niort pour examiner cette affaire ont rendu leur arrêt dans la soirée : aux onze ans de prison s’ajoutent sept ans de privation de droits civils, civiques et familiaux.

Aucun sursis n’a été prononcé : arrivé libre à son procès, le presque septuagénaire a été conduit en détention à l’issue de l’audience.

Il avait déjà effectué huit mois de prison de manière préventive.

L’avocate générale avait réclamé douze ans de réclusion criminelle avec mandat de dépôt, rappelant la constante des récits des victimes, qui n’ont jamais varié depuis leur révélation des faits.

Elle a également pointé le caractère inquiétant de ce père, toujours menaçant envers eux.

Ses avocates avaient plaidé l’acquittement.

Patrice E. a dix jours pour interjeter appel de cet arrêt.

Un homme à femmes

Au fil de ce procès, chacun avait été amené à se faire son idée de Patrice E., 69 ans, ancien maçon à Faye-l’Abesse, dans les Deux-Sèvres.

Le dossier le décrit comme un homme au comportement déviant, violent sous l’emprise de l’alcool, et aux multiples aventures sentimentales.

Lors de la première journée d’audience, ses anciennes compagnes ont défilé à la barre, évoquant, entre deux sanglots, la violence, des viols conjugaux, des beuveries, la perversité.

Des détails sordides.

Autant d’éléments niés plus tard lors de sa prise de parole par l’accusé.

Sa consommation d’alcool ?

“Euphorique, jamais au point de ne pas me souvenir”.

Les viols ?

“C’est vrai que j’ai pu être insistant”.

Et l’émotion de ces femmes ?

“Du cinéma”.

Mais ces faits ne sont pas le cœur du procès.

En ce mois de mars 2026, l’accusé comparaît pour viol sur ses enfants, Pierre et Anne, alors âgés de 6 et 9 ans.

Des actes commis au cours de ses week-ends de garde, après son divorce.

En 2019, leur père s’exhibe devant des personnes handicapées.

L’acte de trop qui ravive les souvenirs et libère leur parole sur cette enfance marquée par trois années de viols réguliers.

Appelée à témoigner à la barre à la fin de ce premier jour d’audience, sa fille aînée, Anne, a raconté les câlins de bonne nuit de son père qui dérapaient systématiquement en viols, les réveils de sieste, exigés par lui, qui connaissaient le même dénouement, son enfance et son adolescence détruites, saccagées.

Elle espère être enfin libérée de l’emprise de ce père.

Son frère lui aussi le réclame dans un souffle “Je veux vivre en paix”.

Devant la cour, Pierre raconte qu’il est un tout jeune écolier quand pour la première fois, son père glisse sa main dans son pyjama et lui impose une fellation.

Il a grandi dans la crainte permanente de son père, sous sa menace étouffante.

Une pression qui s’est poursuivie à l’âge adulte avec des menaces de mort, des coups.

Après une rupture de lien qui a duré une dizaine d’années, adulte, il est allé chercher la part d’humanité de son père.

Il a repris contact avec lui et tout de suite, il est retombé dans l’emprise…

Maître Lucie Violette, Avocate de Pierre

Aujourd’hui adultes, les victimes ont dû pour ce procès approcher de nouveau cette figure paternelle si redoutée.

Patrice E. comparaissait libre et n’était pas dans le box des accusés, mais sur une chaise à proximité de ses avocates.

Ses enfants ont témoigné à quelques mètres de lui, sentant son regard dans leur dos.

Ils ont eu beaucoup de mal à s’exprimer.

Se trouver si près de leur père pour témoigner a grandement déstabilisé les deux victimes.

Leur mère, âgée à présent de 67 ans, avait connu Patrice E. très jeune.

Elle s’est mariée avec lui à 18 ans.

Elle aussi a raconté un homme caractériel, profitant de son argent, cherchant à la rabaisser, usant du viol conjugal au quotidien.

Un jour, elle parvient à s’enfuir avec ses enfants, mais même divorcée, elle a continué à vivre dans la peur, la crainte.

C’est ce qui la pousse à l’époque à respecter le temps de garde paternel de ses enfants, ignorant tout des violences sexuelles qu’ils subissent.

Eux, hurlaient au moment de repartir en garde le week-end chez leur père.

Elle, soucieuse de respecter la loi, a mis leurs plaintes sur le compte de sa méchanceté habituelle envers eux et de sa radinerie.

Sa fille ne lui a révélé les faits que des années plus tard, au moment de sa grossesse.

Elle a alors encouragé ses enfants à déposer plainte contre leur père, mais tous deux disaient craindre d’être tués.

Au tribunal, elle a déclaré dans un sanglot :

“La culpabilité d’avoir forcé mes enfants à aller voir leur bourreau, je l’emporterai dans la tombe”.

“Pures inventions”…

L’accusé n’a pris la parole que lors de la dernière demi-journée de ce procès.

Une parole très attendue, et très décevante pour les victimes qui en espéraient des regrets, ou au moins une reconnaissance des viols.

Face à un feu de nourri de questions, des juges, des parties civiles, Patrice E. a fréquemment répété “Je ne sais pas”.

Il a surtout contesté les faits qui lui sont reprochés.

Ce sont de pures inventions, je ne sais pas pourquoi ils disent ça.

Patrice E., Accusé

Il ira même jusqu’à déclarer :

“Je ne vais pas avouer quelque chose que je n’ai pas fait. Pierre, il sait mentir, moi je ne sais pas”. Une remarque fort peu appréciée sur les bancs des parties civiles.

Patrice E. a aussi affirmé n’avoir jamais été violent avec ses enfants, les avoir aimés plus que tout.

Mais à la question “Comment se traduisait cet amour ?”, sa réponse est de nouveau “Je ne sais pas”……

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