France | Le scandale des enfants nés sous X dans le Nord
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 21/01/2026
- 03:20
La naissance sous X est un sujet peu couvert par les médias.
C’est un sujet tabou, car il résulte toujours de situations dramatiques pour les mères, qui décident ou sont forcées d’accoucher anonymement : misère sociale, grossesses désignées comme honteuses ou non désirées, parfois issues d’incestes ou de viols…
La loi qui encadre l’accouchement sous le secret date de 1941.
Elle énonce la possibilité pour une femme de laisser son nouveau-né aux soins de l’État et le droit de rester anonyme.
Elle a été promulguée sous le gouvernement collaborationniste de Vichy et avait pour objet de lutter contre les accouchements clandestins, les abandons de nouveau-nés et même les infanticides, qui avaient lieu notamment dans les cas d’enfants nés d’une mère française et d’un père soldat allemand.
Il s’agissait alors de protéger les enfants et les mères.
Mais le principe de la loi a été dévoyé et a conduit à des dérives, via un réseau d’adoptions clandestin, qui a perduré pendant plus de quarante ans, concentré dans les Flandres, mettant en jeu des échanges hors-la-loi entre la France et la Belgique.
Des jeunes Belges, pour cacher une grossesse honteuse ou le fruit d’un viol, ont été l’objet d’une vaste manipulation
Un système marchand s’est mis en place, corrompant médecins, gynécologues et sages-femmes, qui profitaient d’une part de la détresse de jeunes femmes enceintes précocement et hors mariage — ce qui était considéré comme une infamie à l’époque — et qui satisfaisait d’autre part les attentes de familles aisées qui ne parvenaient pas à avoir d’enfants.
Les bébés étaient arrachés à leurs jeunes mères, qui se voyaient forcées d’abandonner leur enfant, contre leur gré.
Selon l’association belge Mater Matuta, il y aurait eu environ 30 000 enfants adoptés ainsi, durant quatre décennies, jusqu’aux années 1980.
L’Église catholique belge aurait été impliquée dans cette organisation frauduleuse, qui a conduit à vendre dans la clandestinité (pour des montants très élevés) des bébés nés anonymement.
On nait sous X et on vit sous X toute sa vie tant qu’on n’a pas retrouvé ses origines.
Et si on ne les retrouve pas, on meurt sous X.
Et donc, c’est une vie qui est remplie de X, de questions, de points d’interrogation.
Christophe, né sous X
Christophe, 65 ans, est né sous X dans une clinique privée à Malo-les-Bains, d’une mère probablement belge, et a été adopté à l’âge de trois jours, dans une famille issue de la petite noblesse liégeoise, via l’œuvre d’adoption Thérèse Wante, hors de tout cadre légal, sans contrôle administratif ni accompagnement social ou même psychologique.
La clinique participait à une organisation secrète, liant politiques locaux et médecins corrompus, avec la complicité de magistrats français, qui ont établi des faux jugements de tutelle permettant de recueillir des enfants abandonnés.
Aucun des documents qu’il a récupérés au décès de son père, en 2022, ne lui permet aujourd’hui d’avoir des traces sur ses origines.
Il a décidé de porter plainte contre l’État français pour non-respect du délai légal de rétractation de sa mère biologique après sa naissance.
La frontière franco-belge, épicentre d’un trafic d’enfants nés sous X
Monique, 87 ans, a accouché sous X le 9 février 1959, à Lille, chez une sage-femme.
Elle a été contrainte d’abandonner son bébé, issu d’une liaison avec un homme qui n’a pas voulu s’engager.
À 18 ans, elle ignorait que la loi lui permettait de réclamer son enfant.
Plus tard, elle a eu deux autres filles, nées en 1962 et 1969.
C’est avec l’une d’elles qu’elle a mené l’enquête pour retrouver sa première fille, en allant aux archives départementales et via des recherches en ligne.
En 2010, elle a écrit une lettre au Conseil général du Nord, adressée à sa fille, qui débute ainsi :
“Ma chère enfant, à ta naissance, ma mère et la sage-femme m’ont obligée à t’abandonner. Chose que je n’aurais pu imaginer les neuf mois pendant lesquels je t’ai portée, car je t’ai attendue dans l’amour”.
Monique sait désormais qui est sa fille, âgée aujourd’hui de 66 ans.
Celle-ci ne sait peut-être même pas qu’elle a été abandonnée, mais au moins, Monique est satisfaite de savoir ce que cette enfant qu’elle a été forcée d’abandonner est devenue, qu’elle a fondé une famille.
“Ma mère m’a choisie comme on choisit un chiot dans un chenil”
Laetitia, 50 ans, est née sous X en 1974 à Lille.
Elle a posé des questions très jeune à ses parents adoptifs, avant l’adolescence, avant leur divorce, en 1982.
Mais ils ne lui ont rien dit.
C’est par Jeannette Reynaert, sage-femme, qui organisait des adoptions clandestines dans son cabinet privé à Lille, qu’elle a été adoptée, via l’entremise d’un médecin, connaissance de son père adoptif.
Sa mère biologique, Marie-Christine, décédée en 2011 à l’âge de 56 ans, avait sombré dans l’alcool, après l’abandon forcé par son mari de l’enfant qui n’était pas de lui. C’est Fabienne, la sœur de Marie-Christine — et donc la tante de Laetitia, désormais seul lien familial — qui le lui a raconté, après leurs récentes retrouvailles.
Il y aurait environ 400 000 personnes nées sous X vivant en France.
Et chaque année, il y a encore entre 400 et 500 naissances sous le secret.
“Nés sous X, des enfants sans histoires”
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