France | Viols d’enfants en livestreaming : un fléau en augmentation

oui

Pédocriminel En liberté

300 Français sont soupçonnés d’avoir commandité des viols ou des agressions sexuelles d’enfants
Le livestreaming permet à des pédocriminels d’acheter des vidéos réalisées en direct à l’étranger pour quelques dizaines d’euros.

Un viol d’enfant commandé sur Internet et dirigé en direct derrière un écran : c’est le principe du “livestreaming“, aussi sommaire que sordide. Selon les informations de franceinfo, en date du lundi 6 décembre, 300 “cibles” sont traquées par les enquêteurs de l’Office central de la répression contre les violences aux personnes (OCRVP).

Ces 300 Français sont soupçonnés d’avoir commandité des viols ou des agressions sexuelles d’enfants à l’étranger.

Le phénomène inquiète de plus en plus les autorités françaises car il est en pleine expansion depuis le début de la crise sanitaire.

En effet, avec l’interdiction de voyager pendant le premier confinement, de nombreux pédocriminels ont remplacé le tourisme sexuel par le livestreaming.

La pratique est d’autant plus dangereuse qu’elle est à la portée de n’importe qui ou presque. Pour ces “clients” il suffit d’entrer en contact via Internet avec des intermédiaires, souvent sur des forums pornographiques pour adultes.

Ils décrivent ensuite la scène qu’ils souhaitent voir, déterminent le nombre d’enfants, leur âge, les actes désirés et la durée, entre trente minutes et une heure en général. Le coût est dérisoire, de 15 à 60 dollars en moyenne. Le viol est ensuite commis à l’étranger et retransmis en direct au “client”.

Le phénomène est apparu aux Philippines en 2012 : depuis, il ne cesse de se développer et de s’étendre à de nouveaux pays, comme le Laos ou l’Inde. Il arrive aussi en Europe de l’Est, notamment en Roumanie.

Dans un premier temps, les enfants étaient livrés par des réseaux “plutôt organisés” mais, actuellement, “cela se passe de plus en plus au niveau de la famille”, explique Katie Steel, cheffe adjointe du groupe mineurs à l’OCRVP.

“Ce sont des familles très pauvres, qui gagnent en une heure de session de livestreaming l’équivalent du salaire moyen mensuel.”

Ces enfants sont très jeunes : ils ont 5 ans en moyenne, parfois moins.

Tous sont livrés aux désirs du “client”, qui peut même donner des ordres en direct pendant le viol. Dans certaines vidéos, cela peut aller jusqu’à des actes de tortures et de barbarie réalisés en direct.

Les “clients” sont “à 100% des hommes”, détaille Sophie Gschwind, magistrate au parquet des mineurs de Paris, qui centralise depuis 2019 tous les dossiers de livestreaming en France. Leur profils sont variés.

“Il n’y a pas de profil type. Cela peut aller de l’individu isolé, à un individu inséré avec une vie de famille.”

Leurs profils psychiatriques ont en revanche des traits communs.

“Un ancrage assez important dans la pédopornographie, une absence de culpabilité ou d’empathie pour les victimes et surtout, une banalisation de ces faits, liste Sophie Gschwind, avec cette idée qu’à partir du moment où l’on est derrière l’écran, on ne participe pas à ce qui est commis.”

Comment remonter jusqu’aux commanditaires, quand tout se passe en direct sur Internet ?

“La difficulté est apparue quand on a commencé à traiter ces dossiers, se souvient Sophie Gschwind. Ce sont des vidéos enregistrées et produites au moment où l’interlocuteur est derrière son écran en train de donner des ordres. C’est comme une conversation classique qu’on peut avoir en visioconférence et qui n’est donc pas enregistrée.”

Cependant, depuis quelques mois, la magistrate explique :

“Les juridictions condamnent sans demander à ce que ces vidéos soient forcément produites au dossier”.

Les enquêteurs s’appuient notamment sur la coopération avec les autorités aux Philippines mais aussi sur les traces de transactions financières ou d’échanges par voie électronique. Ces preuves peuvent désormais suffire à prononcer des condamnations lourdes.

En effet, depuis janvier 2020, les juges peuvent condamner les “clients” de livestreaming pour complicité d’agressions sexuelles ou de viols, et non plus seulement pour détention d’images pédopornographiques.

Sophie Gschwind explique :

“En droit français, celui qui donne les instructions depuis la France se rend complice de l’infraction qui est commise et encourt donc la même peine que l’auteur. Quand ces faits concernent des mineurs de moins de 15 ans, il encourt vingt ans de réclusion criminelle devant une cour d’assises”.

En 2021, deux dossiers ont ainsi été jugés devant des tribunaux correctionnels pour complicité d’agression sexuelle. En 2022, pour la première fois, un homme sera jugé pour complicité de viol dans une affaire de livestreaming.

L’autre défi majeur pour les enquêteurs est l’identification des enfants victimes à l’autre bout du monde.

C’est l’une des missions de Ludivine Piron à l’ECPAT (End child prostitution, child pornography and trafficking of children for sexual purposes), une ONG qui milite contre l’exploitation sexuelle des enfants et collabore étroitement avec les enquêteurs de l’OCRVP sur ces dossiers.

“La difficulté dans le livestreaming est que les faits se déroulent chez monsieur et madame Tout-Le-Monde.”

Conséquence : les fonds visuels des vidéos ne montrent qu’une décoration banale ou, dans les bidonvilles, un mur avec un matelas.

Ludivine Piron explique :

“C’est donc très difficile d’avoir des éléments très concrets d’identification”.

“Notre rôle est de ramener les enfants au cœur de ces dossiers, qu’ils ne soient pas seulement des numéros de cote dans des dossiers, qu’on arrive à prononcer leur nom, que l’on sache ce qu’ils ont vécu, ce que cela implique, poursuit la membre d’ECPAT. C’est notre rôle de rappeler que, derrière des images, des enfants sont réellement agressés sexuellement ou violés. C’est très important de pouvoir le ramener au cœur de ces procès.”

Ces procès sont encore rares, même si plusieurs dossiers devraient bientôt être examinés par un tribunal. Au 6 décembre, le parquet de Paris mène douze enquêtes préliminaires et quatre informations judiciaires dans des affaires de livestreaming. Cependant, ces chiffres restent très faibles par rapport à la réalité du phénomène.

Le constat est d’ailleurs unanime : la justice et les forces de l’ordre manquent de moyens. Un chiffre résume bien la situation : en France, 17 enquêteurs spécialisés travaillent sur ces affaires. Ils sont 320 au Royaume-Uni et 150 aux Pays-Bas.

Source(s):