Poupées à caractère pédopornographique : un acheteur sur deux, passe à l’acte sur des enfants

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Le pédocriminel, comme un drogué, ne va plus se satisfaire d’un objet
Les alertes se multiplient pour demander des sanctions et un suivi plus important pour les vendeurs et détenteurs de ces objets pédocriminels.

Selon Véronique Béchu, l’achat de tels objets “n’est pas un garde‑fou” :

“Le pédocriminel, comme un drogué, ne va plus se satisfaire d’un objet inerte et va vouloir passer à l’acte sur de vrais enfants”,

affirme‑t‑elle auprès de l’agence de vérification de Radio France.

Un consommateur sur deux de contenus et d’objets pédopornographiques passe à l’acte sur de vrais enfants“,

selon Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire e‑Enfance/3018, ancienne commandante de police et enquêtrice à l’Office des mineurs (OFMIN).

Ce chiffre est confirmé par Florence Thibaut, psychiatre spécialiste de pédophilie à l’hôpital Cochin (Paris).

L’exemple le plus cité est celui de Joël Le Scouarnec. Le chirurgien a été condamné en mai à 20 ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur plus de 300 victimes, dont une majorité d’enfants. Or il détenait chez lui des dizaines de poupées sexuelles enfantines. Mais il est loin d’être le seul.

“Pas une priorité en France”

La psychiatre Florence Thibaut estime elle aussi qu’“environ un consommateur sur deux de contenus pédopornographiques, comme les poupées et/ou les images, passe à l’acte ensuite”, tout en soulignant la difficulté de documenter ce risque faute d’études suffisantes en France.

Elle plaide pour un renforcement des peines visant les détenteurs de tels objets, afin de prévenir tout risque d’agressions sexuelles.

Le risque de passage à l’acte est bien réel mais il n’est souvent pas suffisamment pris en compte, selon Florence Thibaut.

“Une telle consommation de pédopornographie n’est malheureusement pas assez considérée comme un facteur de risque. Il reste difficile, par exemple, de faire des études chiffrées sur le sujet, car ce n’est pas une priorité en France”, déplore-t-elle.

Selon elle, les peines prononcées à l’encontre des détenteurs d’objets pédopornographiques sont trop faibles, alors que “lorsque l’on découvre une telle consommation, cela devrait être l’occasion de les punir plus durement afin qu’ils ne passent pas à l’acte par la suite”.

Le rôle décisif des plateformes

Les représentants de Shein sont convoqués le 26 novembre devant la mission parlementaire d’information sur les contrôles des produits importés en France, après la découverte d’annonces pour des poupées sexuelles enfantines sur la plateforme chinoise de vente en ligne.

Les représentants de Shein en France ont refusé une première convocation. En cas de nouveaux refus, Shein s’expose à une amende 7 500 euros. Shein maintient qu’”il ne serait pas approprié” de participer “pour le moment” aux travaux de la mission.

Des poupées sexuelles, extrêmement réalistes et nettement mineures en apparence sont toujours disponibles sur les plateformes, mais aussi sur des sites pornographiques spécialisés dans les poupées sexuelles, sur l’américain eBay ou encore sur des sites de vente aux enchères.

Les descriptions sont très détaillées et sans équivoque. Pour échapper aux enquêteurs, les poupées sont habillées mais uniquement sur la page d’accueil. Un simple clic sur l’annonce permet d’accéder aux poupées dans une version entièrement nue, souvent sans seins et à l’appareil génital d’enfants ou de préadolescentes, c’est-à-dire sans pilosité.

Selon Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, “les plateformes ont aujourd’hui des responsabilités légales”. Invitée sur franceinfo lundi, elle a rappelé qu’elle avait saisi la justice au sujet des objets pédopornographiques vendus par Shein, AliExpress, car “des enfants sont potentiellement en danger”.

L’achat ou la détention de ces objets interdits sont passibles de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Par ailleurs, les vendeurs peuvent également être poursuivis. Le Code pénal prévoit jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende lorsque l’on diffuse des images de représentations mineures à destination du public via un réseau de communication électronique.

Quand ces images sont suggestives, sexualisées et commises en bande organisée, les sanctions peuvent aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 500 000 euros d’amende.

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