Montreuil | Libre, ce couple auteur de violences sexuelles sur des nourrissons
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Pédocriminel En liberté
- 30/01/2026
- 22:43
La spirale perverse d’un couple, de l’«emprise» à «l’interdit absolu».
Selon de nombreux documents auxquels «Libération» a eu accès, les mises en examen de Juliette S. et de Redwan E. en août, notamment pour «agressions sexuelles sur mineurs» et «complicité», ont été le point final d’une relation violente et toxique entre les deux mis en cause.
Il est 20h41 ce mercredi 30 juillet 2025. Juliette S. envoie un message à sa mère. La jeune femme est sortie du travail depuis une heure, elle ne peut pas parler au téléphone. C’est urgent, mais elle ne veut pas dire pourquoi.
Danièle R. rejoint sa fille, elle la trouve décomposée : «Est-ce qu’il y a mort d’homme ?» «C’est très grave», répond Juliette S.
Depuis deux jours, des rumeurs circulent sur les réseaux sociaux. Une vidéo TikTok a atteint les 2 millions de vues.
Des internautes accusent «Redwan et Leïla» d’avoir agressé sexuellement des nourrissons à la maternité de l’hôpital André-Grégoire de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Celui où Juliette S. exerce comme infirmière au service de réanimation néonatale depuis 2022.
Sur les images qui circulent, Juliette S. reconnaît tout de suite le visage de Redwan E., son ex. Il n’a aucun lien avec l’hôpital. Elle réalise aussi très vite que la jeune femme présentée comme Leïla n’a rien à voir avec cette histoire sordide.
L’enquête démontrera qu’il s’agit d’une ancienne compagne de Redwan E, accusée à tort sur les réseaux sociaux.
Surtout, Juliette S. est familière avec plusieurs captures d’écran de messages qui accompagnent les publications. Ce sont ses mots à elle. Des fragments de discussions qu’elle a entretenues avec Redwan E.
Face à l’ampleur de ce que lui révèle sa fille, Danièle R. la convainc de se rendre au commissariat. A 21 h 25, elles arrivent à celui de Clichy-sous-Bois, et Juliette déballe presque tout : elle est l’infirmière qui s’en est prise aux bébés de l’hôpital de Montreuil. Elle dit avoir agi sous l’influence de Redwan E.
Après avoir consulté de nombreux documents judiciaires, Libération est en mesure de retracer la relation entretenue par Juliette S. et Redwan E., qui a mené à leur mise en examen le 2 août.
Notamment pour des faits d’«agressions sexuelles» sur des nourrissons et «complicité», ainsi que pour transmission d’images à caractère pédocriminel.
Ils restent tous les deux présumés innocents.
Une affaire qui a créé la psychose chez les familles de prématurés soignés à l’hôpital de Montreuil et exacerbé les tensions communautaires dans le département.
Et mis la lumière sur un impensé : les violences sexuelles sur les tout-petits.
«Coup de foudre»
Les deux mis en cause se rencontrent en septembre 2024. Juliette S. sort d’un mariage court mais pénible. Elle accusera plus tard son ex-mari de viols conjugaux.
Redwan E., lui, est marié, mais garde le secret. Les deux futurs amants habitent dans le même immeuble et, dans la boucle WhatsApp des voisins, il écrit vouloir vendre un meuble Ikea blanc. Il déménage. Juliette S. est intéressée. Ils se rencontrent lorsqu’elle récupère l’objet.
«J’ai eu un coup de foudre, déclare-t-elle devant les enquêteurs. D’ailleurs, j’ai envoyé un message à mes copines quand il est parti, en disant que j’étais tombée amoureuse de mon voisin. C’était pour rire, mais je l’avais tellement apprécié physiquement…»
Le meuble est cassé, c’est une aubaine : elle peut inviter Redwan E. chez elle le lendemain pour qu’il vienne le réparer. Il donne un coup dessus, pas plus, et reste pour le thé. Ils discutent un moment, en restent là pour cette fois.
Il veut savoir ce qu’elle aime et réclame très vite des photos explicites, dans des positions parfois dégradantes. Elle s’exécute.
Juliette S. et Redwan E. vont se voir peu mais beaucoup s’écrire. Elle exerce un métier passion et veut «faire du bien aux autres».
Lui est assistant aux personnes en situation de handicap à l’aéroport Charles-de-Gaulle, en intérim. Il aimerait travailler à plein temps.
C’est au troisième rendez-vous qu’ils ont leur premier rapport sexuel.
«Je voulais une relation sérieuse, et lui m’a dit qu’il pensait encore à son ex. J’ai su par la suite qu’il était marié [lorsque l’affaire éclate, Redwan E. s’apprête à devenir père, ndlr]», retrace Juliette S. au commissariat.
Ils se séparent, elle souffre, il la recontacte quelques jours plus tard. La relation change de nature, il ne lui parle presque plus que de sexe. Il veut savoir ce qu’elle aime et réclame très vite des photos explicites, dans des positions parfois dégradantes. Elle s’exécute.
La première transgression sera religieuse : des images de Juliette S. nue avec le voile qu’elle porte au quotidien.
Juliette S. s’est convertie à l’islam à 18 ans. Sa mère explique cet événement par un «besoin d’une image paternelle […]. Elle avait des amies musulmanes et la famille, chez eux, c’est le clan solide». Les psychiatres parlent, eux, de «tentative de structuration interne».
A 3 ans, la future infirmière a perdu son père d’un cancer dont il avait caché la gravité. Née avec un sein en moins et un bras sous-développé, elle sera l’objet de moqueries et de harcèlement jusqu’à la pose d’une prothèse mammaire à sa majorité.
Elle racontera lors de la procédure avoir été victime d’agressions sexuelles entre ses 7 et 10 ans par un adolescent dans l’entourage familial.
Toutes sortes de pratiques perverses
Comme elle le dira, elle continue de satisfaire les demandes de Redwan E., également de confession musulmane, «excitée par le fait de l’exciter lui». Plus tard, ils se tournent vers la pratique anale, que Juliette S. a pourtant toujours dit ne pas apprécier. Elle filme des petites vidéos qu’elle qualifie «d’anodines».
En réponse, Redwan E. envoie des images de lui qui se masturbe ou s’insère des objets dans l’anus. Leurs rares rapports sexuels seront presque toujours violents et basés sur l’humiliation.
Dans leur expertise concernant Juliette S., les psychiatres évoquent la «difficulté à poser des limites» et «à faire respecter son consentement».
Qu’a-t-elle fait sous la contrainte ? Certaines scènes décrites par Juliette S. auprès des enquêteurs pourraient être qualifiées de viols :
«Il donnait des grands coups, ça me projetait sur le dossier du canapé. Je lui disais que j’avais mal, je mettais même ma main sur lui pour qu’il arrête. Parfois il arrêtait et parfois non. Et ça ne le dérangeait pas de me faire mal.»
Afin qu’elle accepte ses délires de plus en plus extrêmes, Redwan E. insiste énormément, la culpabilise si elle refuse. Toutes sortes de pratiques perverses, que les experts nomment «paraphiliques», y passeront : scatophilie, urophilie, zoophilie, inceste, lorsqu’il affirme fantasmer sur sa sœur qui se masturbe et sa mère qui fait le ménage légèrement vêtue.
Et Redwan E. envoie des vidéos choquantes qu’il dit avoir trouvées sur Telegram. «Il me demandait toujours si j’aimais ça.
Des fois je répondais pas, des fois je lui répondais oui mais je ne le pensais pas, des fois j’éludais la question.»
Pas encore interrogé à ce jour par un juge d’instruction selon son avocat, Me Ouadie Elhamamouchi, Redwan E. l’a été par les mêmes experts psychiatriques que Juliette S., le 7 octobre.
Lui se décrit comme «empathique, naïf et parfois un peu impulsif».
Les experts parlent d’une
«Personnalité marquée par une dimension manipulatrice et un trouble paraphilique de type sadisme», à la recherche d’une «jouissance tirée de la soumission inconditionnelle de l’autre».
Selon les docteurs, l’homme est lancé dans une course effrénée à
«L’interdit absolu» via «une stratégie délibérée de transgression progressive, dans laquelle la victime adulte devient le vecteur d’une violence sexuelle envers des victimes qui, par leur âge et leur situation, incarnent la vulnérabilité absolue».
En garde à vue, Juliette S. raconte :
«Il m’a dit ce qui le faisait fantasmer : avoir des relations sexuelles avec sa sœur, sa mère nue, écouter ses voisins faire l’amour, la zoophilie, les enfants… les faire pleurer volontairement et les calmer par la suite avec des atteintes sexuelles. Il voulait mettre son sexe dans la bouche d’un enfant. Il m’a également dit : “J’aimerais te violer.”»
Puis, sur les accusations d’agressions sexuelles sur mineurs :
«Peu importe le sexe de l’enfant. Il m’a demandé de prendre en vidéo des bébés nus à mon travail et de lui envoyer. Il m’a [silence]… m’a demandé de mettre mon doigt dans la bouche d’un des bébés, de toucher le sexe d’un bébé puis m’a demandé de faire un va-et-vient. J’ai fait cela en deux vidéos. Je ne sais plus la date exactement, mais je lui ai envoyé ces deux vidéos et, le même jour, il m’avait envoyé des vidéos à caractère pédocriminel.»
Sollicitée, son avocate, Me Claire Heimendinger, n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire et sa cliente.
Plusieurs fois, Juliette S. tente d’éloigner Redwan E. Elle le bloque sur les réseaux sociaux, mais il revient à la charge. Il va jusqu’à créer de faux comptes ou se faire passer pour une femme pour la recontacter.
«Si tu me bloques, je te retrouverai, je vais t’écrire», lui aurait-il lancé.
L’intérimaire de Roissy écrit même à Danièle R. en se présentant comme «un jeune homme qui parlait avec Juliette mais qui n’a plus de nouvelle».
A chaque fois, l’infirmière cède à Redwan E. Devant les enquêteurs, elle explique avoir été «sous emprise», «prête à tout pour obtenir son attention». Elle a «tout donné» pour ne pas le perdre.
Jusqu’à commettre l’indicible.
Cette version de l’histoire, Redwan E. n’y souscrit pas. C’est même lui qui porte plainte le premier, au commissariat d’Aubervilliers le 28 juillet. Il affirme être victime de cyberharcèlement et la cible de menaces après la médiatisation de l’affaire sur TikTok.
Entendu le 1er août en garde à vue, il assure que Juliette S. n’a pas digéré leur séparation, qu’elle l’aurait menacé de «gâcher sa vie».
Quelques heures plus tard, les enquêteurs font monter la pression.
«Monsieur, on a tout. Absolument tout. Alors sérieusement, monsieur, vous allez rester sur ça ? Vous allez être papa ? Si vous restez sur cette ligne, vous n’êtes pas près de voir votre fils.»
Il craque. Il ne sait pas depuis quand il est attiré par les enfants et les bébés, mais il assure ne jamais être passé à l’acte.
«Vous êtes passé à l’acte via Juliette», lui fait remarquer l’enquêtrice.
«Si, je reconnais, on est partis très loin, je reconnais. Je l’ai fait une fois mais pas deux et je sais que je ne le referai jamais.»
Redwan E. dit regretter, assure qu’il ne pensait pas que Juliette S. lui obéirait.
Les experts psychiatres évalueront, eux, sa dangerosité criminologique comme «sévère».
Depuis que l’affaire a éclaté, Redwan E. a été laissé libre, sous contrôle judiciaire.
Il s’est établi en Normandie, où il télétravaille, loin de la Seine-Saint-Denis.
Sa co-mise en examen est restée en région parisienne. Elle est hospitalisée en psychiatrie depuis août. Réalisait-elle jusque-là la gravité de ses gestes ?
Elle, qui a expliqué ne pas s’être «dit» qu’elle était en train de «faire un acte pédophile», mais qui a également affirmé savoir que «faire ces vidéos, […] c’était de la folie», sans pour autant arrêter, a-t-elle simplement joué le rôle de bras armé d’un homme aux déviances sexuelles évidentes ? Ou essaie-t-elle de minimiser sa responsabilité ?
Devant les psychiatres, elle concède
Qu’elle n’avait «pas le gun [pistolet, ndlr] sur la tempe. Non. Donc, je ne vais pas non plus dire que tout est de sa faute».
Violences sexuelles sur des nourrissons – «On sait qu’il va y avoir un impact dans la vie et dans le corps du bébé»
Selon la psychothérapeute Hélène Romano, spécialisée dans le psychotraumatisme, les répercussions de tels actes sont à comprendre dans le temps.
Alors que quatre victimes ont été formellement identifiées par la justice dans l’affaire des agressions sexuelles de nourrissons à l’hôpital de Montreuil, Libération a interrogé Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans le psychotraumatisme et autrice de “Consoler nos enfants” , sur les conséquences que peuvent avoir les violences sexuelles sur les tout-petits et leurs parents.
Libération : Que va retenir un nourrisson d’une telle agression ?
Hélène Romano : Il existe encore un vrai déni sur la réalité de l’impact psychotraumatique chez les jeunes bébés. Les spécialistes cliniciens ne sont pas nombreux à travailler sur le sujet. On sait qu’il va y avoir un impact dans la vie et dans le corps du bébé, la trace traumatique va même être particulièrement importante chez les tout-petits. Le traumatisme est d’autant plus déstructurant dans la construction développementale de l’enfant qu’il n’a pas les ressources d’un plus grand pour y faire face. Il n’a pas la capacité de se défendre, de fuir ou d’appeler à l’aide. Il est totalement dépendant des adultes.
Un bébé n’a pas la maturité neurocognitive pour mettre en mémoire une blessure psychique ou un trouble psychotraumatique. Que ce soit un viol, une exposition à des maltraitances, à un accident tragique ou à un contexte de guerre par exemple. C’est le corps qui va véritablement être le support à la blessure traumatique, qui va intégrer cette expérience du traumatisme. Et lorsqu’un bébé traumatisé manifeste sa détresse, c’est à travers son corps.
Comment un nourrisson peut-il différencier une agression sexuelle d’un geste médical, par exemple ?
Un bébé n’a pas la capacité neurocognitive de faire cette différenciation au moment où il subit l’agression. Ce qui est à l’œuvre, c’est la connotation sexuelle projetée par l’auteur et ce qui se transmet inconsciemment à travers les interactions entre l’agresseur et le bébé.
Son corps est stimulé à travers les projections pédophiliques de celui ou celle qui l’agresse.
L’enfant est dépossédé de son corps et réduit à l’état d’objet sexuel.
La dimension sensorielle du traumatisme est essentielle dans le vécu des victimes et plus encore pour les tout-petits, qui n’ont pas la parole pour tenter de s’exprimer.
Pour se réapproprier son corps et ses sensations, l’enfant agressé sexuellement va souvent présenter des troubles en lien avec ce qu’il a subi. Par exemple si sa bouche a été pénétrée avec un doigt qui a fait des mouvements de va-et-vient, il est possible qu’il développe des troubles spécifiques de l’oralité (au niveau de la succion ou de la déglutition).
Des bébés qui ont été masturbés peuvent avoir des conduites masturbatoires compulsives en grandissant, au point de se blesser. D’autres se positionnent en exposant leur sexe de façon totalement inadaptée. Les répercussions psychotraumatiques sont à comprendre dans le temps : il y a les troubles immédiats, mais aussi des troubles des mois, voire des années plus tard.
Quels signes peuvent être repérés pour savoir si un bébé a été victime ?
Les bébés traumatisés sont souvent très difficiles à consoler, à rassurer et à porter, ce qui est très déroutant pour les proches protecteurs. Ils peuvent par exemple être dans une telle hypervigilance qu’ils sont extrêmement tendus, sur la défensive, ou, au contraire, très hypotoniques, comme s’ils abandonnaient toute énergie vitale.
Les infirmières qui travaillent avec de tels bébés partagent régulièrement leurs difficultés pour s’en occuper. Ces manifestations corporelles-là, il faut savoir les repérer, les prendre en charge. Quand un bébé traumatisé grandit, l’enjeu est qu’il ne soit pas réduit à l’agression subie ; que son statut de victime ne devienne pas une identité. L’accompagnement des parents est indispensable.
Justement, comment réagissent les parents ?
Les parents sont eux-mêmes choqués et il peut leur être très difficile de rester disponibles psychiquement pour s’ajuster à leur bébé. Il est souvent constaté une atteinte des liens d’attachement : certains parents sont tellement angoissés qu’ils ne laissent aucun espace à leur enfant et développent une hypervigilance anticipatoire, avec la peur permanente que l’enfant soit de nouveau abusé.
D’autres vont totalement se détacher de leur enfant, voire le rejeter : l’enfant va devenir sale à leurs yeux, insupportable.
Le troisième type de réaction constaté est le déni, avec des parents qui fonctionnent comme si aucune agression n’avait eu lieu. Cette réaction peut être tenable un temps, mais lorsque l’enfant a des reviviscences traumatiques, le risque d’effondrement est majeur.
Faut-il dire à l’enfant qu’il a été agressé ?
Oui. Cette agression fait partie de sa vie, ne pas lui dire l’expose à toutes les répercussions déstructurantes des secrets. Quand on parle à un bébé traumatisé, il est évident qu’il ne comprend pas ce qu’on dit comme pourrait le comprendre un adolescent. Mais le fait de parler, de nommer ce qui s’est passé, permet à l’adulte protecteur qui s’occupe de lui de ne pas être dans le secret et de remobiliser cette dynamique intersubjective entre lui et l’enfant que le traumatisme avait mis à mal.
Ce qui est terrible, c’est d’attendre le bon moment, qui n’arrive généralement jamais.
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