La Brède | Un collège privé visé par une enquète pour violences physiques et sexuelles
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- 18/02/2026
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Le collège Rambaud est situé au milieu des vignes, à La Brède dans le sud Gironde.
“Tout était prétexte à nous frapper” commence Pierre Debacq, un élégant sexagénaire passé par le collège girondin Rambaud, à La Brède, et son internat, dans les années soixante-dix.
Son histoire, comme celles d’autres victimes, a été révélée par nos confrères de Rue 89. Il nous livre ici son témoignage “pour que cela se sache, pour en finir avec l’omerta, pour leur rappeler qu’ils ont fait beaucoup de mal. C’étaient des ordures”.
“Il fallait juste s’écraser, courber l’échine”
“La première fois, je me souviens très bien, je parlais de ma communion à venir avec un camarade au petit-déjeuner, le surveillant m’a demandé pourquoi je parlais, car c’était interdit, et il m’a frappé.
C’était ma première gifle et le début d’une longue série”, détaille l’ancien pensionnaire. Il explique qu’à chaque correction, les élèves devaient se lever, mettre les mains derrière leur dos et se laisser gifler.
“Pour des gamins de 10 ou 11 ans, c’était très violent”, souffle l’homme.
Il fallait être, en somme, l’enfant parfait, calme, silencieux, bon élève se souvient Pierre Debacq, sinon, à la remise du carnet de notes et de discipline chaque fin de semaine, c’était la correction assurée.
“On prenait une, deux, trois baffes et si on regardait avec défiance, si on était arrogant, par simple amour-propre en fait, on en prenait deux ou trois de plus”, se souvient-il.
” Parfois on était appelés dans le bureau du directeur qui pouvait devenir hystérique, et là, ce n’était plus des baffes, c’étaient des coups de poing, des coups de pied. “
Le sexagénaire admet avoir fait quelques “conneries”, “on était plein d’énergie, plein de vitalité, on était des gosses, moi j’avais la langue bien pendue oui, j’étais un peu provocateur, mais on ne se prenait pas juste quelques claques. On nous frappait tous les jours, il fallait juste s’écraser et courber l’échine”.
“Pour un enfant, subir ces humiliations c’est un monde qui s’écroule” explique l’ancien de Rambaud qui regrette que ses parents n’aient jamais voulu le croire, “ils me disaient que c’était pour mon bien “.
Il se rappelle être devenu mauvais élève, comme beaucoup d’autres, “vous n’êtes plus en mesure de travailler quand la moindre faute est sanctionnée, vous perdez vos repères, vous perdez confiance en vous”.
Et il se souvient de son meilleur ami, Philippe, qui a mal tourné.
“Il est mort d’excès de substances” confie-t-il les larmes aux yeux.
“Lui, il se prenait les coups des pions et du directeur mais aussi de son père qui était prévenu par l’école. Je le revois encore lui courir après pour le frapper”.
“C’était une violence institutionnalisée qui a cassé des projets, qui a cassé des petits garçons”, abonde-t-il.
” C’était peut-être une façon de faire dans les années 70 mais ça a détruit des vies.”
Violé pendant une année scolaire
Arnaud Fusté Lambezat, un autre ancien élève aujourd’hui sexagénaire, a lui aussi décidé de témoigner auprès de Rue 89 et de déposer plainte contre d’anciens surveillants, l’institution et le diocèse “qui n’a pas répondu à son devoir de protection d’enfants innocents que nous étions à 10, 11, 12, 13 et 14 ans”.
Pensionnaire entre 1974 et 1979, il accuse le directeur de l’époque, d’avoir institutionnalisé un fonctionnement où “tout était basé sur l’obéissance et la punition”.
Il affirme également avoir subi des viols et agressions sexuelles.
“L’odieux pervers sous directeur m’a agressé sexuellement et violé pendant quasiment une année scolaire, ma dernière année”, se remémore.
” Il profitait de mes heures d’étude pour me faire venir dans son bureau ou dans l’église et abuser de moi. Il me disait que le bon Dieu me punirait si je ne faisais pas ce qu’il voulait. “
Arnaud Fusté Lambezat réserve les détails au procureur.
“Lui seul saura ce qu’il s’est passé, et ce n’est vraiment pas joli”.
Ce père de cinq “merveilleux enfants” dit s’en être sorti grâce à la musique et à une professeur de français qui lui amenait des livres chaque semaine.
“Elle m’a sauvé la vie”.
S’il témoigne aujourd’hui c’est pour que la honte change de camp.
“Il fallait que quelqu’un parle. Ces cinq années passées là-bas ont été atroces, on n’a pas le droit de faire des choses pareilles à des enfants”, fait-il valoir.
Le maire de La Brède, ancien pion, accusé de violences, se défend
“Oui des paires de tartes on en a donné” reconnaît Michel Dufranc.
L’ancien pion du collège, qui avait pris ce job pour payer ses études de droit, est aujourd’hui maire de La Brède, la commune où est installé l’établissement incriminé.
“Je n’ai pas quitté les lieux moi, je suis toujours là, je croise parfois des anciens élèves et personne ne m’a jamais reproché de violences systémiques”, avance l’édile.
Cet avocat, ancien bâtonnier du barreau de Bordeaux, veut remettre les évènements dans leur contexte.
“On était dans les années 60, 70, l’esprit 68 n’était pas encore passé, c’était l’autorité” dit-il rappelant les scènes du film Les Choristes de Christophe Baratier, “c’était le même type de discipline et d’encadrement, c’était ainsi. À l’école publique aussi on nous faisait mettre à genoux et on se faisait taper sur les doigts avec des règles.”
” C’était comme ça partout à l’époque. On n’aurait pas dû le faire sans doute, aujourd’hui on ne le fait pas, mais à l’époque, ça se faisait et c’était d’une rare banalité ” déclare Michel Dufranc ancien pion et actuel maire de la Brède
Il en est persuadé, ces accusations sont une “manœuvre politique”, affirmant qu’on cherche à le “déstabiliser en pleine campagne électorale” alors qu’il brigue un sixième mandat à la tête de sa commune.
Pierre Debacq, lui, se souvient d’un Michel Dufranc qui “faisait mal”, il y a cinquante-cinq ans.
“Il a été l’un des premiers à me frapper parce que j’avais dérobé une grappe de raisins dans la vigne d’à côté”.
Arnaud Fusté Lambezat évoque, lui, des humiliations permanentes de la part de ce jeune surveillant qui, par ailleurs, écoutait des chants nazis dans sa chambre.
“Il était fasciné par Hitler et le troisième Reich”.
Ce dont se défend fermement le maire de La Brède.
“J’avais des disques, c’étaient des collections historiques, c’était de la musique militaire et des chants de différentes périodes. Je les écoutais chez moi et pas dans le dortoir”, rétorque Michel Dufranc.
” On veut insinuer que j’étais d’extrême droite, c’est complètement faux “
“À 21 ou 22 ans je suis entré à l’UDR (Union des droites pour la République) puis au RPR (Rassemblement pour la République), j’ai rejoint Renaissance en 2018 justement parce que je n’appréciais pas ce discours trop à droite, ce glissement vers le RN. C’est lamentable, c’est un procès médiatique que l’on me fait, ce n’est pas par hasard que ça sorte maintenant”, persifle l’édile.
Des traumatismes aux conséquences dramatiques
Michel Wattebled de Ducla est le troisième ancien élève ayant porté plainte pour violences aggravées contre l’institution. Lui non plus n’a pas oublié les corrections sévères infligées par le directeur de l’époque, “une vraie brute” et les surveillants, dont Michel Dufranc.
“Ils avaient eux aussi subi ce genre de violences, ils trouvaient ça normal de faire la même chose. C’était comme ça, c’était normal de taper les mômes. On vivait tous dans la terreur permanente”, explique l’homme.
Ce qu’il souhaite aujourd’hui ? “Que les responsables dorment un peu moins bien, un peu moins tranquillement”.
Aujourd’hui, pédopsychiatre à Marseille, il est parfaitement conscient des conséquences des violences sur les enfants.
” Ce sont des traumatismes qui marquent profondément surtout quand ils sont répétés. Ça mène à des dépressions, des envies de suicide, des attitudes de psychopathe même parfois, ” déclare Michel Wattebled de DuclaPédopsychiatre, ancien élève de Rambaud,
Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête judiciaire sur cette affaire le 30 janvier 2026 bien que les faits soient prescrits.
“La direction diocésaine de l’enseignement catholique de Gironde nous a adressé un signalement évoquant des faits susceptibles de revêtir une qualification pénale” a-t-il indiqué.
Cédric Coureur, le directeur Diocésain de l’Enseignement Catholique de Gironde, n’a pas souhaité commenter une enquête en cours mais tient à exprimer sa “profonde considération” et son “empathie à l’égard de toute personne qui aurait pu être victime de faits de violence ou d’atteintes graves”.
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