Hautes-Alpes | Viols, emprise et contrats BDSM

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Choisis celle que tu veux ou laquelle tu veux, je ne sais plus trop
Pendant plusieurs années dans un collège près de Briançon, un professeur de français aurait ciblé des élèves de 12 à 15 ans, nouant avec elles des relations marquées par l’emprise et les violences sexuelles. Des alertes (dès 2017) ont dans un premier temps été ignorées……

À certaines jeunes filles, il faisait signer un contrat à la manière du film 50 Nuances de Grey, leur imposant de faire du sport, d’avoir les cheveux longs, de manger équilibré, mais aussi de s’épiler intégralement. Dans les Hautes-Alpes, un professeur de français est accusé de viols ou agressions sexuelles sur au moins dix collégiennes, révèle Le Figaro.

D’autres adolescentes, âgées de 12 à 14 ans, affirment avoir été victimes d’attouchements ou de propos obscènes durant les cours, dans un collège d’une commune au sud de Briançon. L’homme, âgé d’une trentaine d’années au moment des faits, a fait l’objet d’une première plainte en 2017, avant que l’affaire ne soit classée, puis rouverte l’année suivante à la suite de nouvelles accusations.

Le mis en cause a continué d’enseigner dans d’autres établissements jusqu’en 2019, avant de devenir éducateur auprès de personnes en situation de handicap.

«Esclave sexuelle»

Au collège Les Giraudes à l’Argentière-la-Bessée, dans la vallée des Écrins, la première alerte est venue d’Héloïse*, une élève de cinquième, en juin 2017. «Sans elle, peut-être enseignerait-il encore», observe une source proche du dossier. Ce professeur, un certain Mickaël M. lui a «caressé les fesses» et «donné des coups de fesse» alors qu’elle était à son casier.

Elle se confie à ses parents, et sa mère, déléguée de parents d’élèves, comprend que les comportements déplacés seraient monnaie courante chez cet homme : des «tirages de bretelles de soutien-gorge», des «massages aux épaules», des «attouchements sur les fesses». L’enseignant serait un adepte des déclarations indécentes – «tu as un joli cul» .

Des bruits de couloir rapportent qu’il aurait déjà offert des peluches à des élèves, se serait montré tactile ou aurait pris des photos avec certaines, avant de les poster sur son compte Facebook, accompagné d’un message à destination d’un ami:

«Choisis celle que tu veux ou laquelle tu veux, je ne sais plus trop».

La direction du collège effectue un signalement à la gendarmerie, tandis que la mère d’Héloïse porte plainte. Mais le professeur jure ne faire que «des câlins collectifs pour remercier ses élèves» et on en reste là. Il continue d’enseigner dans le même établissement jusqu’en février 2018, où une nouvelle plainte met en lumière un tout autre niveau de prédation.

Face aux gendarmes, Élise* âgée de 13 ans, révèle que, sur l’heure du déjeuner, le professeur M. lui aurait demandé de venir en salle de classe puis l’aurait coincée contre un mur, avant de la violer. Son moral s’est ensuite brusquement dégradé, sombrant dans la dépression, l’automutilation jusqu’à tenter de se suicider. 

Élise n’est pas la seule à avoir été piégée par ce prédateur. Juliette* aurait été contrainte de pratiquer des fellations au professeur M. dans l’enceinte du collège, dès 2015. Elle souffre depuis d’envies suicidaires et d’anorexie mentale, ne pesant plus que 41 kilos – contre 56 kilos auparavant -.

Lors de son audition, elle confie avoir noué une «complicité intellectuelle» puis une relation «hors du commun» pendant près d’un an avec cet homme de 17 ans son aîné.

Elle s’est rendue à de nombreuses reprises chez lui et lors de ces rendez-vous, elle était attachée aux mains et aux pieds avant d’être abusée. Aujourd’hui, elle est rongée par la honte d’avoir été son «esclave sexuelle». 

En réalité, cette relation n’a rien d’«hors du commun» pour Mickaël M.. Il reproduit le même stratagème avec d’autres collégiennes, comme Sophie*, qui se confie dans une lettre adressée aux enquêteurs en 2019:

«J’étais en 4e, il m’a dit de venir chez lui (…) Il avait une grosse emprise sur moi, il m’a déshabillée malgré mon refus et m’a attaché au lit par les poignets. Il m’a pénétrée, il a fini par me faire un câlin et m’a détachée.» 

Salomé* aussi a entretenu une «relation» avec son professeur quand elle avait 14 ans, avec des rapports imposés, parfois ultraviolents dans le parking de la gare, dans sa voiture, mais aussi en salle des professeurs. Elle confie avoir été contrainte de prendre la pilule du lendemain une quinzaine de fois.

Comme les autres, elle est tombée dans l’anorexie après avoir signé ce fameux contrat à la 50 Nuances de Grey, lui imposant une hygiène de vie stricte.

Les récits se succèdent et se ressemblent comme si les adolescentes étaient interchangeables pour Mickaël M., de véritables objets.

D’anciennes petites amies auditionnées ont confirmé avoir dû signer «une sorte de contrat, où elles étaient dominées et lui dominant». Un kit «d’attachage» a été découvert lors de la perquisition du domicile du suspect, tandis que du contenu pornographique avec «de très jeunes filles» a été exhumé sur son ordinateur.

Enfin, des messages explicites avec un ami ont été retrouvés sur son téléphone portable: «La 6e a un cul et une personnalité d’enfer». 

Une «amourette»

Mickaël M. a finalement été placé en garde à vue, puis mis en examen en février 2019, soit plus d’un an et demi après l’alerte d’Héloïse. Devant les gendarmes, puis le magistrat instructeur, l’intéressé n’a eu de cesse de se retrancher derrière le «consentement» des adolescentes, feignant de ne pas voir l’emprise qu’il avait pu imposer, de par son âge et son statut de professeur. 

Contacté, son avocat n’a pas souhaité faire de communication. 

Dans l’entourage de l’enseignant, plusieurs proches ont reconnu qu’il avait une attirance pour les «filles beaucoup plus jeunes». Son père lui avait conseillé d’aller consulter un psychologue après qu’il lui a confié avoir une «amourette» avec une élève.

Avant d’arriver dans la région, ce professeur de français a enseigné un an dans un collège d’Orange.

À la suite de sa mise en examen, il a été placé sous contrôle judiciaire et a continué de travailler comme «moniteur éducateur» dans un établissement de l’Isère accueillant «des adultes handicapés et exceptionnellement des mineurs», est-il indiqué dans l’ordonnance de mise en accusation consultée par Le Figaro.

L’homme est pourtant inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijaisv) depuis 2022. Neuf ans après la première alerte, il doit comparaître devant la cour criminelle des Hautes-Alpes à partir du 22 juin.

Dix jeunes filles se sont constituées parties civiles et d’autres devraient se constituer à l’audience, selon nos informations. Me Marie Buisson, avocate au barreau de Lyon, sera l’une des avocates des victimes durant les débats. Elle n’a pas souhaité faire de déclaration en amont du procès. 

Aux yeux des différentes sources proches du dossier interrogées, cette affaire est une nouvelle illustration, dramatique, d’une «dérive de notre système judiciaire» qui ne sait pas écouter la parole de l’enfant. Du côté des familles, on déplore que la direction de l’établissement n’ait pas pris l’alerte au sérieux plus tôt, dénonçant une «omerta au sein de l’Éducation nationale», affirme une source proche du dossier. 

Du côté des familles, on fustige la passivité de la direction de l’établissement. Dès 2015, le directeur avait donné l’ordre au professeur de ne pas se retrouver seul dans une salle de cours avec une élève.

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