Grenoble | Jacques Leveugle criminel sexuel soupçonné de 89 victimes mineures sur cinq continents

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J. Leveugle a consigné ses hauts faits en quinze tomes sur clé USB
Un homme de 79 ans écroué en 2024 pour des viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs a également reconnu les meurtres de sa mère et sa tante, a annoncé ce mardi 10 février le procureur de Grenoble. Il a aussi lancé un appel à témoins pour que d’autres victimes se manifestent.

Actualisation du 19 février 2026

De Vizille au Maroc, sur les traces d’un homme suspecté de pédocriminalité.

«Libération» a pu s’entretenir avec des connaissances du septuagénaire en Isère, où il a été arrêté chez son frère, et au Maroc, où il vivait depuis le début des années 2000. La plupart ne trouvent que des qualités à cet homme mis en examen pour des dizaines de viols sur mineurs.

Sous la pluie, il aura fallu insister un peu, mais la porte de l’immeuble s’ouvre rue du Moulin, à Vizille en Isère.

Voilà, au troisième étage, l’appartement qui relie cette localité de 7 500 habitants, au goût prononcé pour la Révolution française, à l’enquête monumentale visant Jacques Leveugle, mis en examen pour des faits d’agressions sexuelles et de viols aggravés sur près de 90 adolescents dans neuf pays dont la France, sur une période de près de soixante ans.

Dans cet appartement vit son frère Olivier, 77 ans, chez qui Jacques Leveugle venait se reposer quand il passait en France, lui qui vivait au Maroc avant de se faire arrêter en 2024.

Mais, ce mercredi 11 février, Olivier n’est pas là ou en tout cas, il ne répond pas. C’est son voisin du dessous, qui souhaite rester anonyme, qui nous a ouvert. Hésitant, il finit par accepter de nous parler des deux frères.

Olivier, le discret, passionné de marche en montagne. Jacques, l’érudit, peut-être un peu imbu de sa personne. L’histoire retiendra que la chute de Leveugle se sera jouée alors qu’il randonnait avec son frère.

Auriol, neveu soupçonneux, profita alors de l’absence des deux frères pour fouiller dans les affaires de son oncle et trouver une clé USB avec des «mémoires» qui font désormais office d’aveux.

Aujourd’hui, selon le procureur de la République de Grenoble, Jacques Leveugle en veut beaucoup à Auriol.

Aider de «pauvres gens»

Remontons légèrement le temps, il y a trois semaines. Notre voisin ouvreur de porte, un entrepreneur local, est alors entendu par les gendarmes dans le cadre d’une enquête qui ne porte pas encore le nom d’«affaire Leveugle».

«Ils m’ont demandé si je le connaissais, ce que je pouvais dire de lui.»

Jacques Leveugle passe dans le coin depuis la fin des années 2000, souvent pour refaire son visa marocain. Parfois, il mange à la table de l’entrepreneur de l’étage en dessous.

Tous les deux aiment aider leur prochain et Leveugle lui demande de l’argent, 150 euros par-ci par-là, pour aider de «pauvres gens» de l’Atlas marocain.

«C’était pour qu’ils aient des livres de classe, ce genre de choses.»

Parfois, le voisin donne. D’abord parce qu’il a confiance. Aussi, parce que, selon une multitude de sources plus ou moins proches du mis en cause, Leveugle dégageait «quelque chose».

Cultivé, sûr de lui, il était de nature douce, nous dit-on. Le mot reviendra.

A Vizille, on croit savoir que le septuagénaire aimait emprunter des classiques à la médiathèque locale. Albert Camus notamment.

Selon ses «mémoires», largement décortiqués mardi par le procureur de la République à la faveur d’un appel à témoins pour retrouver toutes les victimes, l’ancien professeur à domicile ou éducateur spécialisé a fait de sa personnalité une arme efficace pour se rapprocher des jeunes garçons qui l’attiraient.

Des adolescents pubères, entre 13 et 15 ans, qu’il côtoyait, agressait et violait parfois durant plusieurs années, avant de passer à de nouvelles cibles lorsqu’ils devenaient trop vieux à son goût.

«J’avais compris qu’il portait un bracelet électronique…»

Ceux qui l’ont connu ont toujours du mal à croire à ce récit pourtant assumé et même justifié par l’intéressé devant les enquêteurs.

Libération a retrouvé plusieurs personnes se présentant comme des proches de Leveugle au Maroc. Toutes sont absolument dithyrambiques.

«Nous discutions beaucoup, c’était une personne cultivée.»

«Une personne fiable, instruite et investie.»

«Un homme responsable et intègre, et je n’arrive pas à imaginer qu’il pourrait commettre de tels actes.»

Rue du Moulin à Vizille, au deuxième étage, le voisin aussi est tombé des nues, mardi, quand l’affaire a éclaté. Mais depuis, il a un peu recollé les morceaux.

«C’est vrai qu’il y a deux ans à peu près, il m’avait dit qu’il devait vite rentrer chez lui, j’avais compris qu’il portait un bracelet électronique…»

Des dates qui correspondent à nos informations : d’abord placé en détention provisoire, Jacques Leveugle a pu sortir de prison sous le régime d’un contrôle judiciaire strict. Le septuagénaire n’ayant pas respecté les modalités de ce contrôle, il a de nouveau été incarcéré en région grenobloise.

Dans les rues de Vizille, à la mairie – qui garde le silence –, à la boulangerie, au café ou chez la fleuriste, on préfère rester prudent.

D’abord parce que «les gens ont tendance à dire n’importe quoi pour passer à la télé». Ça, c’est la dame du café la Révo qui nous le dit.

Mais aussi, probablement surtout, parce que «les faits se sont déroulés partout sauf ici». C’est une des nombreuses contradictions de l’affaire Leveugle : un dossier isérois dans lequel rien ne se passe en Isère.

Un dossier hors-norme qui devra être jugé rapidement, tant que l’accusé de 79 ans est en état de donner les réponses qu’il doit aux victimes et à leurs familles. Des victimes qui sont nombreuses à avoir porté plainte mais dont très peu se sont, à cette heure, portées parties civiles.

ndlr : Je pose la question aux adeptes de la théorie du complot “Les élites sont toutes pédosataniques” : Jacques Leveugle, petit éducateur et globe-trotter est-il un membre de l’élite ? Clairement pas. Les Jacques Leveugle constituent 99,99% des pédos, des prédateurs sexuels plus largement. Une victime est une victime, peu importe le statut social de son bourreau.

Jacques Leveugle, l’homme qui se croyait au-dessus des lois

Jacques Leveugle n’est pas un membre de l’élite. Comme 99,99% des auteurs de violences sexuelles que ce soit sur des enfants ou des adultes. Le populisme ambiant commence sérieusement à me gonfler. Et certains surfent sur la vague pour faire du click et du fric.)

L’ex-éducateur, suspecté de violences sexuelles sur 89 mineurs et des meurtres de sa mère et sa tante, est mis en examen depuis 2024 et la découverte de ses «mémoires» sordides.

Une affaire colossale, les récits des crimes courant de 1967 à 2022, et dans plusieurs pays.

Une forme de toute-puissance. C’est peut-être ce qui ressort le plus de ce que l’on appelle désormais «l’affaire Leveugle», du nom de Jacques, un septuagénaire arrêté en 2024 pour des faits d’agressions sexuelles et de viols aggravés sur des mineurs, parfois de moins de 15 ans, durant près de six décennies.

Le tout dans neuf pays différents, dont la France. Lors d’un point presse organisé ce mardi 10 février au tribunal judiciaire de Grenoble, le procureur de la République Etienne Manteaux a diffusé un appel à témoins afin d’identifier de nouvelles potentielles victimes.

A cette heure, une quarantaine ont été retrouvées. Si la plupart ont porté plainte, une majorité ne souhaite pas se porter partie civile pour le moment. Dans certains cas, les faits sont prescrits.

Pour d’autres, des prénoms ou des surnoms traînent dans les «mémoires» de Jacques Leveugle : des centaines et des centaines de pages dans lesquelles l’homme d’aujourd’hui 79 ans a décrit dans le détail comment il a su, toute sa vie, se rapprocher de garçons adolescents afin d’obtenir des faveurs sexuelles de leur part.

Le tout sur un fond d’intellectualisation fumeuse de la “pédophilie”, vue par l’intéressé comme une forme d’éducation à la sexualité.

Des garçons issus de milieux défavorisés

Jacques Leveugle est né à Annecy en juin 1946. Sur son enfance et son adolescence, sur son cadre familial, peu d’éléments ont été évoqués pour le moment, si ce n’est que sa vie étudiante et professionnelle est ponctuée d’échecs.

Il commence des études de khâgne-hypokhâgne, mais ne va pas au bout. Il souhaite devenir professeur, mais n’obtient pas le diplôme. Même chose pour la formation d’éducateur spécialisé. Mais la volonté d’être à proximité d’un public jeune transparaît déjà.

Selon Etienne Manteaux, Jacques Leveugle a parcouru le monde, donnant des cours particuliers ou encadrant des adolescents dans des sorties canyoning, avec pour objectif principal de cibler des garçons issus de milieux défavorisés.

Les premiers faits, des «émois», comme il l’écrit dans ses mémoires, datent de 1967. Il «caresse le sexe d’un mineur». Il a alors 21 ans. Jamais il ne dira être attiré par des adultes, femmes ou hommes. Il se dira même «dégoûté prodigieusement» par «l’idée de l’homosexualité».

Très tôt, Leveugle se définit comme «pédéraste» mais préfère le terme de «boy lover» car «c’est plus joli» : il dit ne vouloir avoir des rapports qu’avec des adolescents de 13 à 15 ans.

Jacques Leveugle estime d’ailleurs avoir lui-même la «sexualité d’un adolescent» : ne lui sont reprochés «que» des actes de masturbations et de fellations.

Au cours de sa vie, le mis en cause voyage énormément. Philippines, Colombie, Maroc… Il donne des cours de langue à domicile, s’engage dans des associations.

C’est par ce biais-là qu’il gagne la confiance des jeunes mais également de leurs familles. Celles-là voient d’un bon œil qu’un homme aussi bien éduqué s’intéresse à leur fils.

La «séduction», selon ses dires, se fait d’abord sur le plan intellectuel. Leveugle donne l’impression d’«élever» ses victimes. Il fait rêver avec ses connaissances en art, en architecture. Donne les clés pour faire de ses victimes de futurs transfuges de classe.

Cela, les hommes qui ont croisé le chemin du professeur le racontent, selon Etienne Manteaux mais également Serge Procédès, colonel de la section de recherche de la gendarmerie de l’Isère chargée de l’enquête.

L’emprise prenait tout son temps pour se mettre en place. Les relations duraient plusieurs années et semblaient n’impliquer aucun autre adulte. C’est peut-être pour cette raison que le mis en cause est passé inaperçu tout ce temps.

Et puis, quand les adolescents devenaient des hommes, il les «jetait», terme choisi par le procureur de la République auprès de Libération. Leveugle parle de «ruptures».

«Il dit le vivre comme cela mais, que les choses soient claires, je suis certain qu’il a parfaitement conscience des interdits. Il les dépasse, il les méprise.»

«Toute-puissance sur le destin de vie ou de morts de ses êtres chers»

Ce mépris-là sort même du cadre de cette affaire de pédocriminalité déjà hors-norme. Dans ses mémoires, Jacques Leveugle avoue les meurtres de deux femmes de sa famille qui, pourtant, semblent avoir énormément compté pour lui.

Le premier, en 1974, lorsqu’il tue sa mère dans son sommeil avec un coussin. Celle-ci était en fin de vie, extrêmement malade et souffrante.

Le frère de Jacques, Olivier, dira aux enquêteurs qu’il était au courant et que, quelque part, il respectait cette décision. Ce frère, chez qui le mis en cause logeait en Isère, lorsqu’il ne vivait pas au Maroc, n’était en revanche pas au courant du meurtre de leur tante, en Suisse.

Celle-ci était certes âgée mais ne présentait pas de maladie particulière. Son seul tort, selon les premiers éléments de l’enquête, aurait été de demander à Jacques de rester plus longtemps auprès d’elle.

Nous sommes en 1992 et cette femme célibataire ayant consacré sa vie à ses neveux, elle aurait estimé qu’il lui devait bien quelque chose. Face à cet obstacle, Leveugle aurait décidé de la tuer, utilisant le même mode opératoire que sur sa mère.

Il écrit : «Il n’est pas raisonnable de me demander de rester.»

Ces faits sont prescrits mais ils donnent des indices sur la mentalité de Jacques Leveugle. Etienne Manteaux parle d’une «forme de toute-puissance très claire sur le corps de l’autre, sur la psyché de l’autre, sur la loi, sur la morale et même sur le destin de vie ou de mort de ces êtres chers».

Jacques Leveugle se sent-il aussi au-dessus de la justice, qu’il a fuie avec succès durant cinquante-cinq longues années ? Arrêté en 2024, il a été placé en détention provisoire avant de se voir aménager un contrôle judiciaire lui permettant de rester chez lui en attendant la suite des évènements.

«Il était sous surveillance électronique et devait respecter des horaires stricts de présence à son domicile, renseigne le procureur. De plus, son passeport lui avait été confisqué, ce qui empêchait tout risque de fuite à l’étranger.»

L’assignation à domicile ne sera pas respectée mais il a en plus cherché à s’investir de nouveau dans le monde associatif. «On a pris peur, on s’est dit que ce n’était pas possible…» Retour à la case prison.

Aujourd’hui, Jacques Leveugle est incarcéré dans la région grenobloise. Les enquêteurs espèrent pouvoir clôturer l’information judiciaire en 2026 afin qu’un procès soit organisé «le plus rapidement possible».

Le petit frère de Jacques Leveugle livre son récit à «Libération»

Après la mise en examen de son frère aîné pour des agressions sexuelles et viols sur près de 90 mineurs dans neuf pays, Olivier Leveugle a accepté d’échanger par écrit avec notre journaliste. Sans minimiser la gravité des faits, il décrit le cadre familial, la personnalité et le parcours du mis en cause.

Stressé, il se dit «harcelé» par la presse, au téléphone ou chez lui à Vizille, en Isère, mais il a accepté d’échanger par mails avec Libération.

Olivier Leveugle, 78 ans, est le petit frère de Jacques Leveugle, que le public connaît depuis mardi dernier comme le personnage principal d’une affaire de pédocriminalité d’ampleur, dont les ramifications dépassent largement les frontières de la France.

Cet homme de 79 ans, est mis en examen pour des agressions sexuelles et viols aggravés sur au moins 89 victimes mineures. Les faits reprochés à cet ancien éducateur spécialisé et professeur particulier s’étendent de 1967 à 2022, dans neuf pays.

Ce vendredi 13 février, Olivier Leveugle, passionné de marche en montagne et décrit par des Vizillois comme plus discret que son aîné, se dit «encore sous le coup» des dernières révélations.

«Sans doute a-t-il commis des actes répréhensibles…» reconnaît le cadet.

C’est dans son appartement, au troisième étage d’un petit immeuble du centre ville de Vizille, que son fils a découvert les «mémoires» de Jacques fin 2023 sur une clé USB, où sont longuement documentés les noms des victimes, les lieux et les dates de ces violences sexuelles.

Des écrits pleinement assumés devant les enquêteurs depuis son arrestation en 2024.

L’équivalent de plusieurs centaines de pages, «particulièrement pénibles à décortiquer pour les gendarmes», rapporte le procureur.

Depuis le début des années 2000, Leveugle vivait au Maroc, où une enquête est ouverte d’après le parquet de Grenoble.

Selon plusieurs témoins joints par Libération, Jacques Leveugle était engagé dans le milieu associatif de la région de Khénifra, dans l’Atlas. Là-bas, il ne donnait pas toujours sa réelle identité.

«Mon frère vivait à l’étranger et avait une adresse postale chez moi pour des raisons administratives. Voilà pourquoi toute cette affaire est rattachée à Vizille !», explique Olivier, selon qui Jacques «venait de temps en temps en France pour régler ses affaires et reprendre contact avec l’Europe».

Lorsque le petit frère n’hébergeait pas son aîné, Jacques et Olivier correspondaient «par mails ou WhatsApp».

«Mais nous n’échangions que des nouvelles générales ou culturelles, se souvient Olivier Leveugle. Nous n’avons jamais abordé de questions très personnelles.»

Avec ses proches, Jacques a beaucoup parlé de «l’aide qu’il apportait à des familles du tiers-monde, dont les enfants n’auraient eu aucune chance de faire des études et de sortir d’une condition sans avenir, assure Olivier. Et il dépensait pour eux jusqu’à son dernier centime.»

Des dires largement confirmés par un voisin de l’immeuble des Leveugle à Vizille, avec qui Libération a également pu échanger.

Selon Olivier, plusieurs de ces jeunes ont «fait leur chemin» après leur rencontre avec Jacques Leveugle :

«Un géophysicien marocain en France, un ingénieur agronome resté au Maroc, un chauffeur de poids lourd à travers l’Europe (qui était berger dans l’Atlas), un patron d’une petite entreprise de taxis à Bogota, et j’en oublie.»

Au prix de sévices que Jacques Leveugle, érudit, polyglotte et bon pianiste, a commis en faisant usage de son charisme et de sa culture afin de se rapprocher d’adolescents issus de milieux défavorisés.

C’est cette ambiguïté-là qui colore un dossier à la fois lourd et complexe, où de nombreuses victimes refusent de se porter partie civile.

«Le temps que Leveugle a consacré à ces jeunes les amène à avoir un regard compliqué sur ce qui leur est arrivé», résumait Etienne Manteaux, le procureur de Grenoble, mardi 10 février.

«Je pense que ce côté de sa personnalité, complexe, avec de grandes qualités mais des côtés plus sombres, sera évoqué au moment du procès, même si cela n’excuse rien», estime de son côté Olivier.

«Famille protestante pratiquante»

Durant sa vie, Jacques Leveugle a «entamé beaucoup de choses» mais semble s’être souvent lassé. D’abord, des «études supérieures en langues anciennes à Condorcet où il obtient deux certificats de grec et d’hébreu», se souvient son frère.

Une formation d’éducateur spécialisé, puis d’infirmier dans la banlieue parisienne. Touche à tout, il a même entamé un cursus pour devenir pasteur à Strasbourg :

«Nous sommes d’une famille protestante très pratiquante, avec des valeurs fortes», souligne Olivier Leveugle.

Jacques a profité de ses capacités à parler l’anglais, l’espagnol et l’arabe pour enseigner dans tous les pays où il est passé.

Le septuagénaire est actuellement incarcéré dans la région grenobloise en attendant la fin de l’information judiciaire, que les autorités veulent clôturer au plus vite, tant que l’accusé est en capacité de répondre aux questions qui lui seront posées.

Olivier Leveugle, lui, espère que «cette lamentable affaire trouvera son issue dans pas trop longtemps».

 

Article du 13 février 2026

Un homme de 79 ans a été mis en examen et écroué en 2024 pour des viols et agressions sexuelles aggravés commis sur 89 mineurs entre 1967 et 2022, a annoncé ce mardi 10 février le procureur de Grenoble.

Le suspect, un personnage particulièrement complexe, aimait à se présenter comme un «boy-lover», terme qu’il jugeait plus joli que pédéraste.

Le nombre de victimes a été établi à partir d’écrits compilés dans une clé USB par le septuagénaire qui évoque des rapports sexuels sur des mineurs âgés de 13 à 17 ans, a précisé le procureur Étienne Manteaux lors d’un point presse.

Les faits auraient été commis en Allemagne, Suisse, Maroc, Niger, Algérie, Philippines, Inde, Colombie et Kanaky-Nouvelle-Calédonie, où il était éducateur, a-t-il détaillé.

La clé USB sur laquelle des documents écrits ont été enregistrés par le septuagénaire a été découverte par son neveu qui se questionnait sur la vie affective et sexuelle de son oncle, a ajouté Étienne Manteaux.

Il s’agit d’un document de « 15 tomes, une matière très dense », a-t-il précisé, de mémoires dans lesquels il apparaît que l’homme s’était livré pendant des décennies à des rapports sexuels avec des garçons mineurs.

Le mis en cause, «cultivé et charismatique», prenait ces jeunes sous son aile et procédait par «séduction intellectuelle du mineur et (pour le) côté sexuel, l’approche se faisait ensuite par le rire».

Il se voyait «comme un Grec antique formant de jeunes éphèbes», rapporte Etienne Manteaux.

«Il n’y a jamais eu de violence commise. On est vraiment sur des contraintes morales», a renchéri le colonel Serge Procédès.

Le magistrat a indiqué que le nom de Jacques Leveugle, né en 1946 à Annecy, «doit être connu parce que l’objectif est de permettre à d’éventuelles victimes de se manifester».

L’homme a aussi reconnu deux meurtres

Dans ses mémoires, l’homme, mis en examen en février 2024 pour des viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs, écrit avoir volontairement donné la mort à deux personnes, a indiqué le procureur.

L’homme a reconnu au cours de l’enquête avoir étouffé à l’aide d’un coussin sa mère cancéreuse en phase terminale dans les années 1970, puis sa tante, âgée de 92 ans, dans les années 1990, de la même manière, a précisé Étienne Manteaux.

Concernant sa tante, « parce qu’il devait repartir dans les Cévennes et qu’elle le suppliait de ne pas partir, il a fait le choix de lui donner la mort également et donc profitant de son sommeil a pris un coussin et l’a étouffée », a relaté le procureur.

Une enquête distincte de celle sur les viols et agressions sexuelles a été ouverte pour ces deux faits  là aussi tout à fait reconnus et admis par le prévenu qui

«Légitime son passage à l’acte en considérant qu’il aimerait bien qu’on lui fasse la même chose s’il se trouvait dans cette situation de fin de vie », a indiqué cette même source.

Le temps presse

Dans le dossier des viols et agressions, à ce jour environ 150 personnes ont été entendues et l’appel à témoins vise à consolider le parcours de vie de Jacques Leveugle.

Il sert aussi à aller chercher les victimes non identifiées, qui n’apparaissent pour certaines que par leur nom ou prénom, notamment les faits qui ont été commis en Nouvelle-Calédonie entre 1983 et 1985, a expliqué le colonel Procédès.

Car de fait, le temps presse, a souligné le procureur, évoquant l’âge du mis en cause mais aussi les questions de prescription pour les crimes sexuels dont il est soupçonné (20 ans après la majorité jusqu’en 2018 et 30 ans depuis) et qui excluraient ainsi a priori les faits commis avant 1993.

«Si des victimes souhaitent se manifester, qu’elles le fassent maintenant, parce qu’il faudra, dans l’année 2026, clôturer cette information judiciaire si on veut effectivement pouvoir juger dans des délais raisonnables», a conclu Etienne Manteaux.

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